Poignée de main. Présentation. Et pan ! La vanne tombe. On ne se refait pas. Chau est un humoriste. Sourire large. Regard franc, direct. Bavard mais réfléchi. Frédéric anticipe les questions attendues par l’autodérision qu’il manie volontiers. « Je suis ‘‘le Chinois’’ du Jamel Comedy Club ! ».
Oui, Chau est le seul Asiatique de la célèbre bande de francs-tireurs du rire. « Le profil est rare, c’est son signe particulier », raille un de ses camarades. Faut-il en rire ? « Je me sens seul », sourit Frédéric. Sa jeune carrière est déjà pavée de malentendus. « Nous cherchons un Chinois pour jouer un Chinois », lui lance-t-on souvent. « À plusieurs reprises, j’ai lu des scénarii où l’auteur indiquait juste ‘‘le Chinois’’… Sans même prendre la peine de lui trouver un prénom. Alors créer un personnage, n’en parlons pas ! Je suis frustré dans mon métier. Au moment où une poignée d’acteurs noirs, et surtout maghrébins, défonce quelques fenêtres, fracasse les portes entrouvertes pour exister, braconnent, à l'occasion des rôles importants, un acteur d’origine asiatique reste, en France, la dernière roue du carrosse. Pourtant le cinéma
asiatique, lui, prend une dimension mondiale. »
Enfant de l’exil
1977. Phnom Pen, Cambodge. Les Khmers rouges massacrent des civils. La famille Chau fuit le génocide. La mère, enceinte de Frédéric, marche deux mois pour arriver à Saïgon. De la capitale vietnamienne, les Chau rejoignent la France. Bonjour Paris ! Les voilà à quinze dans un F3 de Marx- Dormoy ( 18e). Le père fait trois boulots à la fois : ménage aux aurores, manutention le jour, gardien le soir. Très vite, destination le 93 (banlieue parisienne). Et dans sa tour, le quart-monde. Pourtant, le souvenir est heureux. « C’était une chance. J’ai vécu avec des Portuguais, Marocains, Algériens… Je ne me suis pas senti différent, ni étranger. » Joyeux luron mais premier de la
classe…Les parents, obsédés par la réussite du fils, veillent et l’emmènent dans un lycée parisien, loin de la zone d’éducation prioritairement sinistrée. ► Retrouvez l'article dans son intégralité dans le nouveau Respect Mag, en kiosque dès mardi 21 juin.























