France coloniale, inégalités, banlieues. Les thématiques de "Libérez la bête" sont dans la lignée de ton premier album...
Ce sont mes préoccupations. Je préfère aborder les enfermements, les dysfonctionnements, les difficultés à être différent, à se positionner dans une société, que parler des deux doigts dans mes narines. Dès lors que tu écris, tu ne fais que choisir. D’instinct, je vais vers ce que je connais, vois, côtoie, ressens. Beaucoup de mes textes se rapportent à l’être. Et à sa connerie aussi.
Tout comme tes collègues de La Rumeur, tu revendiques un « rap de fils d’immigrés »...
C’était une formule, à un moment donné, provocante et ironique, pour dire qu’en France, l’immigration semble être une tare génétique. Certains feront peut-être du rap de petits-fils d’immigrés. Apparemment, ce n’est pas une notion qui se dissout avec le temps !
Le rap a-t-il une fonction ?
Non. Au même titre qu’un boulanger n’en a pas, mais nourrit son peuple. Si le rap suscite des débats, tant mieux. Mais j’espère qu’il n’a pas l’audace de prétendre le faire. Mes titres n’ont pas vocation à éduquer. J’écris de ma propre initiative et responsabilité. C’est ma réflexion. Je me sers de mon propre média pour mettre en avant ce que les « officiels » ignorent.
Certains sujets que tu abordes sont très présents dans le reggae. Casey sur du roots ou du dancehall, c’est envisageable ?
Tout dépend des rencontres. Faut venir me taper sur l’épaule, et encore, souvent, je traîne les pieds ! Mais, bien sûr, j’écoute du reggae, musique des Caraïbes par excellence. Si ces populations sont autant attachées à parler d’esclavage et d’identité, du fait d’être noir, ce n’est pas un hasard. Elles sont nées de la déportation, d’une rencontre avec le colon blanc, pour faire vivre une industrie, sucrer les fraises du roi. L’arrivée sur des terres inconnues et hostiles. Puis, en 400 ans, la redéfinition d’une culture et d’une langue nouvelles. On retrouve ces thèmes dans toutes les musiques caribéennes: nos origines, ce qu’on est, et comment on s’est réinventé avec ça.
L’identité est un de tes sujets récurrents. tu te sens quoi ?
Rien. Je me sens ce que je veux, quand je veux, et c’est ça que je kiffe ! Avoir des identités multiples, ça permet la contradiction. Je viens des Antilles, je suis née à Rouen, en Normandie. Je vis en banlieue, en même temps, je peux aussi apprécier des choses, soi-disant « pas très quartier ». C’est ce que j’aime dans la créolité : pas besoin de se définir. Je sais que je suis noire, des Antilles. Mais si tu me définis seulement comme ça, on ne va pas être d’accord. Si tu me le refuses, on ne va pas être d’accord non plus.
Ton album est sorti le 8 mars dernier, Journée de la femme...
Un pur hasard ! Je m’en fous de la journée des chromosomes, de l’utérus, des trompes de Fallope et compagnie !
T’écoutes quoi, posée, chez toi ?
Reggae, dancehall. Du zouk, des fois. Du rock. Plein de choses en fait.
Si tu n’avais pas fait de rap, t’aurais fait quoi ?
Je ne sais vraiment pas, mais c’était pas bien engagé !
Pessimiste ou positive pour l’avenir ?
Pessimiste ! Un pessimisme de chialeuse: je voudrais que les choses se passent bien mais je suis tout le temps déçue. En fait, je suis fataliste. Dans la fatalité, t’as la notion d’espoir déçu. Je ne m’en remets pas à la capacité des hommes à arrêter d’être des cons. C’est inhérent à notre nature.
Tu te vois où dans 10 ans ?
J’espère que je pourrai continuer à faire de la musique et à écrire.
Un bouquin peut-être ?
Pour l’instant, non. 400 pages, c’est trop balèze ! Écrire des textes, 16 mesures, tranquille, ça me va bien.
CASEY EN 5 DATES
- 1975 Naissance à Rouen, Normandie
- 1987 Achat du premier « Challenger » (de chez Adidas). « Une grande émotion d’avoir ce jogging. Pour ceux qui savent ! »
- 1997 Première apparition sur la compilation L432
- 2006 Sort son premier album, Tragédie d’une trajectoire
- 2010 Revient avec un second opus : Libérez la bête
*** CASEY @ BATACLAN - TEASER ***
Casey (+ guests) en concert au Bataclan (Paris) le 14 décembre prochain à 19h - Première partie: Georges Sound
Tarif : 22 euros - Bataclan: 50 bd Voltaire 75011 Paris / Métro: Oberkampf
Photos: François Pinel























