Quand le rap sort de sa bulle est né à la fac. Entre 2000 et 2007, Denis-Constant Martin enseigne la « Sociologie des musiques populaires modernes » au département de musique de Paris 8 – Saint-Denis. Vu le succès de l'album de Diam's, il propose à ses étudiants d’en faire un sujet de recherche. «L’idée était de mettre en application des méthodes d’analyse qui combine sociologie et musicologie. Ce livre est le fruit d’un travail commun !»
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Tous les étudiants se mettent à décortiquer l’œuvre de la rappeuse. Paroles, notes, rythmes… tout y passe. Le prof gère la partie historique du rap, analyse ses valeurs et celle de Diam’s. Objectifs : démontrer que cette musique est autant digne d’étude qu’une symphonie de Bach et lutter contre les idées reçues. Dans son livre, l’auteur insiste : «il faut abandonner le cliché musique-des-cités qui lui colle au flow».
Alors, quelle définition du rap aujourd’hui? «Une musique populaire contemporaine qui trouve son public dans tous les milieux sociaux ! Pour dépasser le cliché, nous proposons une analyse musicale qui montre comment se construit le rap.» Très détaillée, elle peut décourager les non-initiés (surtout si vous ne savez pas lire une partition) mais les explications vous aideront à suivre.
Les fans de Diam’s seront ravis de lire que cette artiste mérite son succès. Selon Denis-Constant Martin, tout s’explique par « sa musique très soignée, la qualité de son écriture et de son flow. Implicitement, sans grandes prêches, cette rappeuse a porté dans le débat public le changement de valeurs en train de s’opérer dans la société. Des valeurs opposées, qui fonctionnent : individualisme et solidarité, tolérance en matière de mœurs sexuelles mais respect et importance de la famille… »
Tout n’est pourtant pas rose dans le monde du rap. L’explosion de Dans ma bulle ne doit pas faire oublier que ce style de musique est « d’abord écouté par des jeunes voire des très jeunes ». Son audience est minoritaire. Pour info, il ne représente que « 3% du marché du disque entre 1990 et 1996, un peu plus de 7% de 1997 à 2002 et environ 5% depuis ». Cela dit, le jazz ne fait pas mieux, dixit le spécialiste.
Après un rapide historique, l’analyse musicologique et les valeurs véhiculées par le milieu et par Diam’s, on referme le livre sur une sorte d’éloge à Dans ma bulle, considéré comme « un document significatif sur la France du XXIe siècle commençant ». Explications du chercheur : « cet album aborde des phénomènes en train de se produire et qui concernent les 15-25 ans. Leurs inquiétudes, leur ambivalence face à l’avenir, à une société dans laquelle ils ne trouvent pas leur place… A travers une jeune femme qui relate ses expériences personnelles sous une forme esthétique, on perçoit les incertitudes de toute une jeunesse. Notamment à propos du rôle de l’école, du travail, du vote. Cet album décrit une France qui change, qui se cherche. » Diam’s ou la porte-parole d’une génération ? Génération non-non…
Quand le rap sort de sa bulle de Denis-Constant Martin, Editions Seteun - Irma






















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