Le mois de mai marque le vrai démarrage du potager.
Alors que tout le monde s’active à planter tomates, courgettes et haricots, pourquoi ne pas sortir des sentiers battus?
Les légumes oubliés, ces variétés anciennes délaissées par l’agriculture intensive, méritent amplement leur place dans nos jardins.
Ils apportent diversité, saveurs inédites et souvent une meilleure résistance aux maladies.
Voici 5 légumes anciens parfaits à semer en mai, pour un potager différent et des assiettes qui surprendront vos convives.
Le cerfeuil tubéreux, la délicatesse méconnue
Le cerfeuil tubéreux (Chaerophyllum bulbosum) est un légume-racine qui produit de petits tubercules à la saveur délicate, entre la châtaigne et la pomme de terre.
Contrairement à ce que son nom suggère, il n’a pas grand-chose à voir avec le cerfeuil aromatique que nous connaissons tous. C’est un légume qui demande de la patience, mais qui récompense généreusement le jardinier curieux.
Comment le semer en mai
Le cerfeuil tubéreux a une particularité : ses graines ont besoin de froid pour germer. Si vous n’avez pas pensé à les stratifier (exposer au froid) durant l’hiver, mai est votre dernière chance pour les semer directement.
- Choisissez un emplacement mi-ombragé
- Préparez un sol léger et bien drainé
- Semez à la volée ou en lignes espacées de 20 cm
- Recouvrez légèrement les graines (1 cm maximum)
- Maintenez le sol humide jusqu’à la levée
La germination peut prendre 3 à 4 semaines. Ne vous découragez pas! Une fois levé, le cerfeuil tubéreux demande peu d’entretien. La récolte se fera en novembre, après les premières gelées qui attendrissent les tubercules.
Utilisation en cuisine
Les tubercules du cerfeuil se consomment cuits, à la manière des pommes de terre. Leur saveur subtile se marie parfaitement avec les volailles et le gibier. Vous pouvez les préparer:
- En purée avec un peu de crème
- Rôtis au four avec un filet d’huile d’olive
- En gratin, mélangés à d’autres légumes-racines
Le panais, le légume-racine au goût sucré
Le panais (Pastinaca sativa) était un légume de base dans nos assiettes avant l’arrivée de la pomme de terre. Ce légume-racine à la chair blanche et douce mérite amplement son retour en grâce.
Résistant au froid et très nutritif, le panais apporte une saveur sucrée et légèrement épicée qui change des légumes habituels. Sa culture est simple et gratifiante.
Technique de semis en mai
Mai est un excellent moment pour semer le panais directement en place:
- Choisissez un emplacement ensoleillé
- Travaillez profondément le sol (30 cm) pour éviter les racines fourchues
- Éliminez les cailloux qui pourraient déformer les racines
- Tracez des sillons espacés de 30 à 40 cm
- Semez clair (une graine tous les 5 cm)
- Recouvrez de 1 à 2 cm de terre fine
- Tassez légèrement et arrosez en pluie fine
Attention, la germination du panais est lente (2 à 3 semaines). Une fois les plants levés, éclaircissez à 15 cm entre chaque plant pour permettre le développement des racines.
Récolte et conservation
Le panais se récolte de l’automne jusqu’au début du printemps suivant. Les premières gelées améliorent même sa saveur en transformant l’amidon en sucre. Vous pouvez laisser les racines en terre et les récolter au fur et à mesure de vos besoins.
Pour la conservation, le panais se garde:
- En terre durant tout l’hiver (méthode idéale)
- En cave fraîche, dans du sable
- Au réfrigérateur pendant 2 à 3 semaines
Le rutabaga, légume de résilience à redécouvrir
Le rutabaga (Brassica napobrassica) a mauvaise réputation, souvent associé aux privations des guerres mondiales. Pourtant, ce croisement entre le chou et le navet mérite d’être redécouvert pour ses qualités gustatives et nutritionnelles.
Riche en vitamine C et en minéraux, le rutabaga offre une chair jaune orangée au goût doux légèrement sucré. Bien préparé, il n’a rien à voir avec les souvenirs amers que certains en gardent.
Semis de mai pour une récolte automnale
Le mois de mai est parfait pour semer le rutabaga:
- Choisissez un emplacement ensoleillé
- Préparez un sol riche mais pas trop frais
- Semez en lignes espacées de 40 cm
- Recouvrez légèrement les graines
- Maintenez le sol humide jusqu’à la levée (environ 1 semaine)
Quand les plants atteignent 10 cm de haut, éclaircissez-les en laissant 25 à 30 cm entre chaque plant. Les plants retirés peuvent être repiqués ailleurs.
Astuces de culture
Le rutabaga est facile à cultiver mais voici quelques conseils pour optimiser sa croissance:
- Binez régulièrement pour éliminer les mauvaises herbes
- Arrosez en période de sécheresse pour éviter que les racines ne deviennent fibreuses
- Surveillez les attaques d’altises et de piérides (papillons blancs du chou)
- Buttez légèrement les plants pour protéger le collet
La récolte se fait à l’automne, quand les racines atteignent 10 à 15 cm de diamètre. Comme le panais, le rutabaga supporte bien les gelées et sa saveur s’améliore même après les premiers froids.
Le salsifis, l’asperge du pauvre aux multiples vertus
Le salsifis (Tragopogon porrifolius) est un légume-racine à la saveur délicate qui rappelle l’artichaut ou l’asperge. Longtemps surnommé « l’asperge du pauvre », il mérite une place de choix dans nos potagers pour ses qualités gustatives et sa richesse en fibres.
Sa culture demande un peu de patience, mais le résultat en vaut la peine pour les amateurs de saveurs subtiles.
Semis de mai pour une réussite assurée
Le salsifis se sème idéalement en mai, quand la terre s’est réchauffée:
- Choisissez un sol profond, meuble et sans cailloux
- Évitez les terrains récemment fumés qui provoquent des racines fourchues
- Tracez des sillons de 2 cm de profondeur espacés de 25 cm
- Semez clair, une graine tous les 2-3 cm
- Recouvrez de terre fine et tassez légèrement
- Arrosez en pluie fine
La germination prend environ 2 semaines. Quand les plants atteignent 5-6 cm, éclaircissez en laissant 10 cm entre chaque plant.
Entretien et récolte
Le salsifis demande peu d’entretien:
- Arrosez régulièrement en été pour éviter que les racines ne deviennent fibreuses
- Binez pour éliminer les mauvaises herbes
- Évitez tout apport d’engrais après le semis
La récolte se fait d’octobre à mars, selon vos besoins. Pour faciliter l’arrachage, bêchez profondément à côté du rang. Attention à ne pas casser les racines qui sont fragiles et peuvent atteindre 30 cm de long.
Le salsifis noircit rapidement après épluchage. Pour éviter ce phénomène, plongez-le dans de l’eau citronnée avant la cuisson.
Le topinambour, le tubercule rustique au goût d’artichaut
Le topinambour (Helianthus tuberosus) est un légume-tubercule de la famille du tournesol. Facile à cultiver, presque trop (il peut devenir envahissant!), il produit des tubercules à la saveur proche de l’artichaut.
Injustement associé aux restrictions des guerres, le topinambour revient en force dans nos assiettes pour ses qualités nutritionnelles et sa culture sans effort.
Plantation en mai pour une récolte abondante
Contrairement aux autres légumes de cette liste, le topinambour ne se sème pas mais se plante à partir de tubercules:
- Choisissez un emplacement ensoleillé, si possible isolé du reste du potager
- Préparez un sol ordinaire, même pauvre (il s’adapte à tout)
- Plantez les tubercules entiers ou coupés (avec au moins un œil) à 10 cm de profondeur
- Espacez les plants de 50 à 60 cm en tous sens
- Arrosez après la plantation
Les tiges peuvent atteindre 2 à 3 mètres de haut. Vous pouvez les tuteurer ou les laisser se soutenir mutuellement.
Culture et précautions
Le topinambour est si facile à cultiver qu’il peut devenir envahissant. Quelques précautions s’imposent:
- Installez-le dans un coin isolé du potager
- Récoltez soigneusement tous les tubercules (le moindre oublié donnera une nouvelle plante)
- Entourez la plantation d’une barrière anti-rhizome si vous craignez sa propagation
La récolte commence après les premières gelées, d’octobre à mars. Les tubercules gagnent en douceur après exposition au froid. Arrachez-les au fur et à mesure de vos besoins, car ils se conservent mal une fois sortis de terre.
Astuces pour apprécier le topinambour
Le topinambour a la réputation de provoquer des flatulences, ce qui a contribué à son déclin. Voici quelques astuces pour limiter cet inconvénient:
- Faites-le tremper dans de l’eau citronnée avant cuisson
- Ajoutez du cumin ou du carvi à la cuisson
- Commencez par de petites portions pour habituer votre système digestif
En cuisine, le topinambour se prépare comme la pomme de terre: en purée, en gratin, en soupe ou simplement rôti au four avec un filet d’huile d’olive et des herbes.
Conseils généraux pour réussir vos semis de légumes oubliés
Pour maximiser vos chances de réussite avec ces légumes anciens, voici quelques recommandations:
Préparation du sol
La plupart des légumes-racines demandent un sol travaillé en profondeur:
- Bêchez à au moins 30 cm de profondeur
- Éliminez soigneusement cailloux et racines
- Affinez la terre en surface pour les semis
- Évitez les apports de fumier frais qui provoquent des racines fourchues
Arrosage adapté
L’eau est cruciale pour le développement des légumes-racines:
- Maintenez une humidité constante jusqu’à la levée
- Arrosez régulièrement mais sans excès pendant la croissance
- Réduisez les arrosages en fin de saison pour favoriser le développement des saveurs
Protection contre les ravageurs
Ces légumes anciens sont généralement plus résistants que les variétés modernes, mais restent vulnérables à certains ravageurs:
- Surveillez les attaques d’altises sur les jeunes plants (surtout pour le rutabaga)
- Protégez les semis avec un voile anti-insectes si nécessaire
- Pratiquez la rotation des cultures pour éviter les maladies
En redécouvrant ces 5 légumes oubliés à semer en mai, vous enrichirez non seulement votre potager mais aussi votre palette gustative. Ces variétés anciennes, plus rustiques et souvent plus savoureuses que leurs cousines modernes, vous offriront des récoltes originales tout en participant à la préservation de notre patrimoine végétal. Alors, prêt à sortir des sentiers battus pour des saveurs d’antan?


