Un livre pour expliquer le féminisme à votre père

Crédit : Tim Mossholder / Unsplash
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Dans son livre Tu ne vas pas sortir comme ça. Le féminisme expliqué à mon père, publié aux éditions Leduc, Fanny Anseaume déconstruit le sexisme du quotidien avec pédagogie et humour. L’autrice de 30 ans, qui a repris des études de sociologie pour explorer le genre, aborde le combat féministe post-metoo comme une quête de liberté des femmes. Entretien.

Harcèlement sexuel, agression sexuelle, viol, depuis #metoo, la parole des femmes se libère sur ces situations. Quelle idée ce mouvement a-t-il bousculée ?

L’idée que le corps des femmes était à disposition des hommes, au travail, dans la rue, au sein du couple. Les femmes ne sont pas un self-service où les hommes peuvent prendre ce qui leur fait plaisir. Une femme qui porte un décolleté ne cherche pas forcément à séduire, mais pour certains hommes, c’est un signal suffisant pour légitimer des comportements intrusifs. Le mouvement #metoo nous a fait prendre conscience des relations abusives. Bien sûr, il existe une différence cadrée par la loi entre un baiser non consenti et un viol. Mais si on tire le fil, le mécanisme est identique : l’homme prend, sans demander. Il embrasse de force, ou viole, parce qu’il en a envie. Cela revient à nier le désir féminin, car seul compte le désir masculin. Un désir conquérant, qui naît dans une dynamique de pouvoir. Aujourd’hui, ces mécanismes sont mis en lumière par le combat féministe post-metoo, et cela permet aux femmes comme aux hommes de se repositionner en conscience. On a commencé aussi à parler davantage de la “zone grise” du consentement. Une femme sur six déclare que son premier rapport n’était pas consenti. La zone grise pourrait être sans danger, s’il y avait une réelle égalité et une relation de confiance entre les sexes. Ce n’est pas encore le cas, comme l’évoque Marie Daurieussecq, écrivaine et psychanalyste dans le reportage Le sexe sans consentement.

Les femmes ont été très longtemps considérées comme les propriétés des hommes

Que dire à ceux qui pensent que depuis #metoo, “on ne peut plus rien dire” ?

Si on ne peut plus mettre mal à l’aise des femmes dans le milieu professionnel, par exemple, en les ramenant toujours à leur corps, alors je suis d’accord pour le “on ne peut plus rien dire”. Il y a des cadres qui définissent les limites, et ce qui relève d’une blague lancée par un ami ne prend pas le même sens quand c’est son patron qui la prononce au bureau. Le harcèlement au travail me semble toujours être un rappel à l’ordre des femmes, pour leur rappeler qu’elles n’ont pas leur place. C’est ce qu’explique Muriel Salmona dans son Le harcèlement sexuel, publié aux Presses Universitaires de France. Les femmes ont été très longtemps considérées comme les propriétés des hommes. Depuis le code Napoléon jusqu’au années 60, les femmes ne pouvaient rien faire sans l’accord d’un homme, père ou mari : ouvrir un compte bancaire, travailler, suivre des études… L’émancipation des femmes est plus récente que celle des hommes et c’est bon de le rappeler, car même si la loi a introduit l’égalité, dans la vie quotidienne, elle est loin d’être ancrée.

L’égalité est certes inscrite dans la loi, mais pas encore dans notre culture

Que souhaitez-vous pour l’avenir des femmes ?

La liberté ! La liberté de jouir de leur corps, de leurs compétences, de leurs envies, de leurs idées, de leur pouvoir personnel. La liberté d’être en colère sans être traitée d’hystérique, parce que cette colère dérange. Que les femmes puissent être qui elles veulent, au-delà des normes de leur genre. Il est temps de nourrir de nouveaux récits pour sortir des stéréotypes, et permettre aux individus hommes ou femmes de s’épanouir dans ce qu’ils sont. Cela demande du temps pour déconstruire des mécanismes et des schémas basés sur les rapports de domination. L’égalité est certes inscrite dans la loi, mais pas encore dans notre culture. Nous vivons une époque passionnante, car les cadres de référence sont en train de changer et tout est à réinventer.

À lire : Le féminisme expliqué à mon père. Fanny Anseaume. Editions Leduc.


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