Les quotas sont-ils vraiment au service de l’égalité homme-femme ?

Crédit : Klaus Vedfelt / Getty Images
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30 % de femmes au sein des comités de direction des grandes entreprises d’ici 2027, et 40 % en 2030. Voilà l’objectif fixé par la proposition de la loi de la députée LREM de l’Essonne Marie-Pierre Rixain, votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale, le 12 mai 2021. Le quota au service de l’égalité est-il réellement un levier de changement ? Décryptage.

À partir de 2030, les entreprises qui ne compteront pas 40 % de femmes cadres dirigeantes dans leurs effectifs seront exposées à des pénalités financières, si la loi est définitivement adoptée par le Sénat. Depuis 2011, et le vote de la loi Copé-Zimmermann, les quotas ont déjà obligé les conseils d’administration des entreprises à faire de la place aux femmes. Il y a 10 ans, elles représentaient moins de 10 % des conseils d’administration des grandes entreprises privées françaises, aujourd’hui, elles sont 43 %, ce qui place la France au premier rang mondial de la féminisation des conseils d’​administration, devant la Norvège et l’Islande. Le recours aux quotas ne s’est pas fait sans résistance, comme l’a rappelé la députée Marie-Jo Zimmermann dans le quotidien Le Monde : ” Nombre de dirigeants de grands groupes affirmaient qu’ils ne trouveraient pas suffisamment de femmes pour ces mandats. Je leur répondais que les femmes compétentes existent au sein des réseaux féminins des grandes écoles, par exemple.” La députée s’était, à l’époque, inspirée de la Norvège, pays pionnier de l’égalité homme-femme, qui avait instauré dès 2003 une règle de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des entreprises.

La culture de l’égalité, le nouveau combat

L’instauration de quotas a-t-elle permis pour autant d’accroître l’influence des femmes au sein des organisations ? Même si les qualités communément attribuées aux femmes font consensus, les résultats des études empiriques concernant l’effet de leur présence dans les conseils d’administration sur la performance restent contradictoires. Tout dépend du contexte socioculturel et de la place de l’égalité homme-femme dans la société. ” En Suède, la nomination d’une femme de plus au conseil d’administration s’accompagne d’une augmentation des performances économique et boursière correspondant à quatre fois celle des pays où l’égalité des sexes se situe au niveau médian (la France et l’Australie). En Chine, au Japon, en Thaïlande et en Inde, où l’égalité des sexes est faible, l’impact est inexistant ou négatif “, analyse Samia Belaounia, professeure associée en finances à Neoma Business School, dans un article publié dans The conversation.

En 2019, en France, on comptait 18 % de femmes dans les comités de direction et les comités exécutifs du CAC 40 et 7 % en 2009, soit une progression d’à peine plus de 10 points, là encore en l’absence de quotas. ” L’effet d’entraînement attendu des instances de gouvernance vers les instances de direction n’a pas eu lieu “, précise un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, publié en décembre 2019. Un constat qui a motivé la création d’une loi pour faire bouger les lignes.

La diversité, un vecteur de performance économique

Ce n’est que si les femmes ne sont pas seules à assumer les obligations familiales, grâce par exemple au congé paternité, qu’elles pourront construire un réseau social afin de jouir d’une crédibilité comparable à celle de leurs collègues masculins, essentielle pour peser sur les décisions“, poursuit Samia Belaounia. Les femmes doivent faire entendre leur voix singulière au plus haut niveau pour qu’un changement puisse être amorcé en profondeur et être nommées à des postes-clés. La chercheuse explique que de nombreuses études démontrent que la présence de femmes dans les conseils d’administration est un gage d’une meilleure transparence financière et d’une prise de risque plus mesurée, une fiabilité qui rassure actionnaires et investisseurs motivés par une performance économique durable. Au-delà des quotas, le prochain combat sera psychologique. Il s’agit aujourd’hui de déconstruire les mécanismes inconscients encore à l’œuvre au sein de nos sociétés patriarcales, qui privent encore les femmes de leur pouvoir d’action dans le monde.


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