La téléréalité n’est pas aussi bête que l’on croit…

 
Dégradante, humiliante, affligeante… Bête et méchante la téléréalité ? Pas si simple que ça. Si la grande majorité des médias adore détester ce genre, il continue d’atteindre une audience considérable. On pourrait même se demander si ces programmes ne ressemblent pas plus « aux gens », comparé aux autres programmes. Avis de la sociologue, de l’infiltrée et de la téléspectatrice.
 
 

Pourquoi la téléréalité est-elle autant décriée ?
Il y a plusieurs raisons. La première remonte à l’histoire de l’innovation dans les médias. La seconde remonte à Loft Story. Elles sont liées. Lorsque le Loft a débarqué en France, le mot qui figurait dans le dossier de presse, c’était « fiction réelle interactive ». Tout le monde s’est demandé ce que ça voulait dire ! Comme on ne comprenait pas, il y avait une incapacité à imaginer, donc on a supposé le pire avant même le lancement de l’émission.

Pourquoi a-t-on supposé le pire ? Et c’est là que l’histoire des médias entre en compte. A chaque fois que vous avez une innovation, en termes de média, immédiatement on a peur d’une forme de destruction du lien social, et de mise en danger des personnes les plus fragiles. Avant, c’était les femmes et les enfants. Par exemple, quand les feuilletons radiophoniques sont arrivés, on disait « ah c’est très mauvais pour les femmes, ça va leur mettre de mauvaises idées dans la tête ! » Par la suite, on a fini par arrêter de considérer la femme ainsi, mais l’inquiétude pour les plus jeunes est restée.

Puis, les producteurs eux-mêmes ont incorporé les critiques à leur format. Ça se fait en deux temps. Dans un premier temps, dans la période 2001-2011, avant l’arrivée sur les écrans des Anges de la téléréalité. Par exemple, pour le Loft, on a notamment dit « on laisse les téléspectateurs satisfaire leurs pulsions sadiques et de voyeurisme à loisir ». Après, en 2004, on sort la Ferme célébrités. Le but : on prend des petites célébrités, on les met dans une ferme version XIXème siècle sans eau, ni électricité, avec des conditions de vie compliquées pour n’importe qui aujourd’hui… Et donc on va voir ces personnes-là, quelque part, souffrir. Évidemment, on ne les torture pas non plus ! On prend plaisir, on rit de leurs réactions. Mais on dit « oui ils souffrent, mais vous pouvez rire parce que c’est pour la bonne cause ! » Plus elles restent, plus elles engrangent de l’argent pour des associations humanitaires. On leur présente ça ainsi : ce sont des gens qui ont des privilèges dans la vie courante, donc pas de culpabilité pour le téléspectateur.

Une évolution du genre ?
A partir de 2011, vous avez l’arrivée des Anges de la téléréalité, et c’est aussi le déclin de ces programmes sur les grandes chaînes généralistes, peu à peu. Ce qu’on fait, on commence à avoir des candidats non professionnels, mais au moins récurrents. Là, la téléréalité va plutôt assumer sa mauvaise image. Oui, ce sont des conflits. Oui, ce sont des personnes qui font ça pour être connus et monnayer leur notoriété. Oui, c’est vrai, ça fonctionne comme ça. Le but du jeu, c’est de faire du buzz pour le monnayer dans des bookings, chaînes YouTube, faire du placement de produits sur les réseaux sociaux …

Vous avez aussi des programmes qui ont changé d’étiquette. Par exemple, Koh-Lanta. En 2001, quand c’est arrivé sur nos écrans, c’était étiqueté téléréalité, on le présentait dans les médias comme plus dur à regarder que le Loft. Aujourd’hui, c’est un jeu d’aventure et c’est la mise à l’épreuve de la volonté… mais pas de la téléréalité. Le changement d’étiquette fonctionne aussi dans la tête des téléspectateurs.

Pourtant, est-ce qu’on peut dire que la téléréalité permet aussi de voir une vraie diversité culturelle et sexuelle sur les chaînes ?
Il y a une sorte de travail, ambiguë, pour l’acceptation de la différence quelque part. Sur Secret story, lors de la première saison, on avait Erwann avec le secret « je veux changer de sexe ». Biologiquement, c’était une fille mais qui se sentait homme. Je me souviens très bien de la révélation du secret et il avait dit « si je fais cette émission, c’est pour montrer qu’on n’est pas des fous, ni des malades, on est comme tout le monde et on a les mêmes délires que tout le monde ». Et effectivement, c’est un côté qui est intéressant par rapport au travail sur la différence. Puis il y a eu Nathalie et Samantha, qui étaient lesbiennes, et ça continue dans d’autres. Je pense aussi à Eddy, dans la saison 6, qui fait son coming-out. Actuellement, il est passé dans la saison de la Villa des cœurs brisés, et représente quelque part la relation amoureuse gay, et sans avoir à culpabiliser. De la même façon, vous avez Nathalie Andreani. Elle a 45 ans, et a fait Secret story 8 en arrivant en couple avec un jeune qui avait à peu près 20 ans de moins qu’elle. Elle est également dans la dernière saison de la Villa des cœurs brisés. On tient le même discours envers elle qu’envers Eddy. C’est-à-dire finalement, c’est une forme de relation amoureuse, et s’ils sont épanouis, quelque part, on n’a pas le droit de juger. C’est un appel à la tolérance paradoxalement.

Après, ce qui rend le phénomène ambigu, ce n’est pas le côté caricatural, mais il faut aussi qu’on les reconnaisse. Nathalie a un côté séductrice très assumé, et elle considère que c’est une forme de liberté de la femme, mais d’un autre ça dépend du niveau de lecture du téléspectateur. On va avoir d’un côté ceux qui vont dire « c’est une forme d’émancipation et de liberté », et d’autres qui diront « ah oui quand même c’est une femme facile ». il y a les deux lectures. Ça répond aux deux niveaux d’attente.

Comment êtes-vous arrivée dans le milieu de la téléréalité ?
Avant la télé, je travaillais dans un salon de coiffure. On m’a proposé plusieurs fois de me lancer, mais j’aimais ce que je faisais. Après, je me suis un peu ennuyée donc j’y suis allée ! Maintenant, je suis toujours à Marseille, et je fais modèle à côté. Je ne regardais pas trop la téléréalité avant de tenter l’aventure. Je pensais à m’amuser, à voyager… Je ne regrette pas du tout.
Au final, la téléréalité peut être une porte de secours pour ceux qui n’ont pas vraiment fait d’études. Et puis, c’est un peu comme une colonie de vacances ! Après oui, on se dispute, on a des histoires… Mais c’est comme dans la vie de tous les jours, sauf que c’est filmé. A Marseille, vous savez, on a le sang chaud. Ça monte vite mais on n’est pas rancuniers.

Est-ce que les gens font la différence entre vous au petit écran et vous dans votre quotidien ?
Non, mais ça ne me dérange pas puisque que je suis vraiment moi-même à la télé. Les gens ont l’impression de nous connaître au quotidien. C’est vrai que ça peut sembler étrange mais ça n’est pas un problème pour moi. Au contraire, ça me fait plaisir ! Sur le penchant négatif, on pourrait citer les critiques, mais ça ne m’atteint pas. Certaines personnes peuvent nous juger sans nous connaître, mais ça fait partie du jeu.
Cette expérience a changé ma vie. C’est s’amuser tout en ayant un contrat de travail. Ça me permet de pouvoir me consacrer qu’aux Marseillais. Personne ne peut connaître ce qu’on vit. On est en larmes à chaque fin de tournage. C’est énorme. C’est vraiment une seconde famille. Surtout que même s’il y a des nouveaux, le noyau dur est toujours là.

Que pensez-vous de la mauvaise image de la téléréalité ?
Je ne trouve pas que la téléréalité soit quelque chose de négatif. Il y a toujours des personnes qui veulent faire du buzz. Après, je pense donner une bonne image. C’est important parce que l’impact est énorme sur les jeunes, donc il faut faire attention.

Et les critiques des médias ?
Traiter les filles qui font de la téléréalité de prostituées, c’est ridicule ! J’ai eu deux garçons dans ma vie, donc on n’est pas trop dans la définition ! Nous traiter comme ça, c’est vraiment ridicule. On oublie les caméras, donc oui on peut dire des bêtises… Au point qu’on ne parle que de ça, on a un peu l’impression d’être des souffre-douleurs. C’est dommage… Après, je ne mets pas tout le monde dans le même panier.

Tu regardes quoi comme programme de téléréalité ?
Les Princes de l’amour, les Anges de la téléréalité, les Marseillais, et Secret Story.

Quel est ton préféré ?
J’en ai deux… J’aime beaucoup les Anges parce qu’ils y vont pour leur projet professionnel et ça permet de voir un peu leur évolution après, s’ils tiennent leurs objectifs ou pas. Après les Marseillais, c’est nous ! (rires) C’est le Sud, la rigolade et la bonne humeur !

Est-ce que tu te souviens de Loft Story ?
Oui, je m’en souviens, mais il y a une grande différence avec la télé-réalité d’aujourd’hui. Maintenant les personnages partent parfois loin, et puis, j’ai l’impression que les producteurs se basent un peu plus sur des personnalités. C’est plus qu’un jeu et un chèque. Les candidats cherchent à montrer ce qu’ils savent faire, à se vendre et atteindre une certaine notoriété.
Par exemple, Julien des Marseillais a créé une marque, et fait dj. Ils monnaient leurs apparitions dans les clubs…

Est-ce que tu penses qu’il y a une différence entre leurs personnages et eux dans la vie quotidienne ?
Je pense que c’est bien « eux » à la télévision, mais de manière exagérée, et aussi selon les envies des producteurs. Il y a beaucoup de rumeurs sur ce dernier aspect. Et puis, certains candidats n’ont aucune limite.

Comprends-tu l’aversion des médias, qui parlent de « télé-poubelle » ?
Je comprends l’avis des médias. Beaucoup disent que ce genre de télévision, c’est pour les débiles… D’accord, on n’apprend rien, mais on regarde ça seulement pour se divertir. Il y a de l’amour, du clash…

Mais est-ce un modèle pour autant ?
Franchement, ça l’a été pour Secret Story. Je me suis déjà dit que j’avais envie de le faire, parce que j’étais jeune et immature. Après, je me suis rendue compte que ce n’est pas dans mes valeurs. Et puis, l’étiquette qu’on vous colle après est flippante ! Certains peuvent bien s’en sortir, mais il y a aussi l’exemple de Loana. Donc je ne pense pas que ce soit un modèle, par contre, il ne faut pas que les jeunes pensent que la télé n’apporte que du positif.
Il y a le langage aussi. Je sais que je n’aime pas que mon petit frère regarde ces programmes, rien qu’à cause des gros mots et la manière de parler. C’est quand même violent parfois !

Justement, parmi tes programmes préférés, il y a Les Princes de l’Amour… Que peux-tu en dire ?
Les filles qui vont dans ce programme sont très différentes, et il y a bien sûr celles qui vont trop loin qui donnent une mauvaise image d’elles. D’autres comme Elsa, c’est top ! Ivy, par contre, je trouve qu’elle dénigre l’image de la femme. Après, c’est normal que la production veuille réunir tous les types.
Adrien, cherche plutôt à s’amuser, il tombe dans le cliché de « l’homme en chaleur ». Après, c’est un jeu. Les filles passent un peu pour des soumises, mais ça passe si le mec est respectueux.

Une chose à modifier dans ces téléréalités ?
Ce que j’aimerais voir, c'est moins d’histoires de couple ou pas couple. Que la production intervienne moins, et qu’ils laissent donc plus de liberté aux candidats. Enfin, ce serait bien de voir plus d’humanitaire. Ça me plairait plus.

Est-ce que les candidats représentent les personnes lambda pour toi ?
Oui, totalement. Ils reflètent quand même bien la société française. Certains me font penser à moi ou à quelqu’un de mon entourage. Par exemple, mon meilleur ami me fait penser à Adrien ! (rires)

 

Propos recueillis par Roxanne d’Arco

 

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