Dessin animé : il était une fois la diversité…

 
Alors que les films d’animation affichent plus de diversité sur grand écran, qu’en est-il des dessins animés télévisés ? Les héros de nos enfants reflètent-ils vraiment la société dans son ensemble ? Avant tout des divertissements, les programmes jeunesse peuvent aussi être utilisés comme outils pédagogiques en faveur de la différence et de la tolérance. Encore faut-il en faire la démarche… 

Samedi matin. Le réflexe pour un enfant est souvent celui d’allumer la télé. Sur l’écran, apparaissent des héros tous plus rigolos et attachants les uns que les autres. Quand j’ai demandé à mes nièces, âgées de cinq et sept ans, lesquels elles préféraient, elles m’ont répondu Peppa Pig, Pyjamasques, Les Triplés et Totally Spies. En somme, les aventures d’une famille de gentils cochons, de trois enfants qui, le soir venu, se transforment en super héros, d’une fratrie de petits blonds qui adorent faire des bêtises et de trois super nanas. Si deux des héros de Pyjamasques sont de couleur, les autres ne font pas vraiment dans la diversité. « Mais, le but premier d’un dessin animé n’est pas de sensibiliser directement un enfant à tel ou tel sujet, c’est avant tout de le divertir », précise Geneviève Djénati, auteur de l’essai à succès Psychanalyse des dessins animés (les Éditions de l’Archipel).

Ce que l’enfant veut devant son programme jeunesse, c’est avant tout s’amuser. D’autant que les petits ne ressentent pas encore la différence. « Dans le monde réel, leurs copains qui sont blonds, noirs, métisses ou en fauteuil roulant, ce sont juste leurs copains. C’est plus tard, vers 8-10 ans, qu’ils se poseront la question : “Qui je suis moi par rapport aux autres ? ” La nécessité d’avoir des quotas, c’est plus dans la tête des adultes », observe la psychothérapeute. Si le film d’animation français Kirikou et la Sorcière a été plébiscité par les grands, c’est notamment grâce à son héros noir, une première. Mais auprès du jeune public, ce sont surtout les péripéties et les valeurs véhiculées par le petit mais vaillant Kirikou qui ont fait son succès. « Même si le héros ne leur ressemble pas physiquement, ce qu’il incarne et sa vision du monde, c’est ce qui parle avant tout aux enfants », affirme Nicolas Sciavi, journaliste télé et animateur d’un ciné-club pour enfants à Lyon.

Le pouvoir de l’animation

Mais ne nous y trompons pas. « Si le dessin animé a une réputation de divertissement anodin. Elle est fausse, déclare Michel Ocelot, dans la préface du livre de Geneviève Djénati. Cette industrie a pris des proportions colossales. Elle a investi la vie quotidienne des enfants, qu’elle forme désormais, en bien et en mal. Aussi est-il important de considérer de quoi est fait ce “bombardement “, que l’on soit parent, éducateur, réalisateur, programmateur ou spectateur. » Ce n’est donc pas parce que l’enfant apporte peu d’importance à la couleur de peau d’un personnage, qu’il faut laisser le rôle principal aux héros blancs et en parfaite santé. La France n’est pas composée que de « chères petites têtes blondes »…

Parler de diversité dans les programmes jeunesse est devenue « une évidence » pour les acteurs de l’animation, constate Nicolas Schiavi, également scénariste sur différentes séries pour enfants. Aujourd’hui, des dessins animés abordent explicitement le droit à la différence. La preuve avec Le Monde de Nina, une production américaine diffusée depuis 2016 sur Tiji. La famille de Nina est d’origine hispanique et vit dans un quartier multiculturel. Petite fille curieuse, elle peut compter sur ses voisins pour en apprendre un peu plus chaque jour sur leur vie, leurs habitudes et leurs traditions. Tous ces gens si différents montrent que l’on peut vivre ensemble de la plus belle des manières.

De même, l’une des dernières séries animées de Tfou Et si c’était moi… véhicule des valeurs de respect à travers le regard de deux enfants, Cécile et Kévin. Chaque épisode (Si c’était moi… la sourde ?, Si c’était moi… qui ne parlais pas français ?, Si c’était moi… le gros ?) met en scène l’un des deux héros dans une situation de la vie quotidienne où il fait preuve d’intolérance à cause de préjugés ou de naïveté. Son camarade le lui fait remarquer et l’incite à réfléchir sur son comportement. Il se projette dans la peau de « sa victime » et comprend alors son erreur.

« Commercialement, ce n’est pas le chemin le plus simple »

En novembre 2016, les enfants ont également pu assister sur France 3 à l’arrivée du premier héros de dessin animé handicapé. « Will est un garçon de 9 ans tout à fait normal à la seule différence près qu’il utilise un fauteuil roulant, décrit son producteur, Jérôme Nougarolis. C’est inédit en France. » Selon le baromètre de la diversité réalisé par le CSA en 2015, la représentation du handicap concerne seulement 0,4% des individus qui apparaissent à l’écran, alors que 12 millions de Français sont touchés. « En comblant ce vide, Will a remporté un franc succès tant au niveau national qu’international », se réjouit-il. Un élan positif porté, selon lui, par le triomphe du film Intouchables. « Le film a libéré le sujet. Il a fait comprendre qu’on ne devait pas forcément être gêné quand on parle de handicap, qu’on pouvait même en rire sans pour autant être blessant. »

Imposer sur le petit écran un héros tel que Will ne s’est pas fait sans prise de risque. « Commercialement, ce n’est pas le chemin le plus simple, il y en a des plus rapides », reconnaît Jérôme Nougarolis. Car si les créateurs ont parfois l’envie de montrer des choses plus variées dans leur forme, ils doivent aussi convaincre les producteurs et les diffuseurs souvent plus enclins à miser sur des valeurs sûres. « En rachetant les droits de Titeuf, par exemple, vous avez plus de chance de vendre l’adaptation animée qu’en rachetant les droits de Will, lui-même adapté d’une bande dessinée de Zidrou. »

Pour rendre crédible sa série, l’équipe de Cross River Productions a collaboré avec des jeunes en situation de handicap. « Ils nous ont raconté leur quotidien. Nous avons abordé plein de thèmes avec eux. Le regard des autres, de quelle manière ils arrivent à se déplacer en fauteuil roulant ? Mais aussi que feriez-vous faire à ce héros ? Avec eux, nous avons vécu des moments forts et cela nous a d’ailleurs beaucoup motivés pour mettre en place ce projet. » Will aura finalement vu le jour au bout de quatre ans et demi, au lieu de trois habituellement.

Une expérience partagée

Pour accompagner la série, Cross River Productions a également réalisé des supports numériques et plus pointus pour permettre aux éducateurs – parents et enseignants – de faire réfléchir les enfants sur la question du handicap. Un web-documentaire sur des adolescents handicapés vivant leur passion, des fiches pédagogiques sur l’histoire politique du handicap, sont ainsi disponibles sur le site de France Télévisions. « Le dessin animé n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas à lui d’éduquer les enfants, insiste Geneviève Djénati. La communication autour de ce que l’enfant a vu est donc primordiale. C’est important d’en discuter avec lui pour l’amener à réfléchir sur des valeurs qui, nous adultes, nous importent. Ce n’est pas à la télévision de formater l’esprit des jeunes. »

D’autant que tous les dessins animés ne sont pas forcément destinés aux enfants. Récemment, le film d’animation Sausage Party a d’ailleurs été accusé de « corrompre la jeunesse » par deux associations catholiques. Une question de point de vue. Quoi qu’il en soit, les jeunes n’ont jamais autant regardé la télévision qu’aujourd’hui. Selon une étude Ipsos pour Gulli, les enfants âgés entre 4 et 14 ans passent en moyenne trois jours par semaine devant le petit écran. D’où l’importance de surveiller ce qu’ils regardent. « La télé peut avoir un effet pervers si on laisse l’enfant seul et qu’on s’en va. Elle ne doit pas jouer le rôle de baby-sitter, préconise Nicolas Schiavi. En visionnant son dessin animé préféré, vous serez en mesure de l’amener vers une lecture que lui n’aurait peut-être pas faite, cela peut être sur la question du vivre ensemble. Quand on peut le faire, son divertissement prend alors un tout autre sens. »

Écrit par Louise Pluyaud

 

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