Respect mag https://www.respectmag.com La parole à la différence Wed, 25 Nov 2020 13:35:37 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.3 https://www.respectmag.com/wp-content/uploads/2018/06/cropped-respect-favicon-32x32.jpg Respect mag https://www.respectmag.com 32 32 Pour mettre fin aux violences conjugales, la société civile se mobilise https://www.respectmag.com/34219-pour-mettre-fin-aux-violences-conjugales-la-societe-civile-se-mobilise https://www.respectmag.com/34219-pour-mettre-fin-aux-violences-conjugales-la-societe-civile-se-mobilise#respond Wed, 25 Nov 2020 09:54:13 +0000 https://www.respectmag.com/?p=34219 Alors que la crise sanitaire et les confinements ont accentué le phénomène des violences faites au femmes, des citoyens, associations et fondations n’ont pas attendu pour s’emparer de ce problème...

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Alors que la crise sanitaire et les confinements ont accentué le phénomène des violences faites au femmes, des citoyens, associations et fondations n’ont pas attendu pour s’emparer de ce problème et mettre en oeuvre des solutions. Voici lesquelles.

En novembre 2017, la plateforme citoyenne Make.org lançait une grande consultation citoyenne auprès des associations référentes dans la lutte contre les violences faites aux femmes, des grandes entreprises et fondations, des start-up, des institutions et des médias pour mettre fin aux violentes conjugales. Autour de la question « Comment lutter contre les violences faites aux femmes ? », cette consultation a réuni 400 000 participants, 1,25 million de votes et 4 300 propositions. Les idées plébiscitées par les citoyens ont ensuite été transformées, lors d’ateliers collaboratifs, en actions concrètes. Trois ans plus tard, quatre actions inspirées de cette grande réflexion collective ont été ou vont être déployées sur le terrain. Ces dispositifs viennent d’être présentées au ministre de la Justice et à la ministre déléguée en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances, le 23 novembre 2020.

Accompagner les victimes de violence

Lutte contre le sexisme dès le plus âge, sensibilisation des policiers, augmentation de de des places d’hébergement d’urgence pour les femmes victimes figurent parmi les axes d’action proposés qui ont pris la forme de 4 projets très concrets :

Une plateforme pour accompagner les victimes

La plateforme numérique Mémo de vie  , portée par l’association France Victimes, permet aux femmes victimes de violences conjugales et sexuelles, d’initier une première étape pour constituer un historique, de manière complètement confidentielle et sécurisée, avec les dates, les lieux, les situations et les blessures subies (grâce à des photos). Le service sera mis à la disposition de toutes les associations d’accompagnement des victimes et des victimes elles-mêmes.

Sensibiliser les policiers qui reçoivent les plaintes

Le programme Comprendre pour mieux agir conçu par le Collectif féministe contre le viol, en partenariat avec la Police Nationale, va mener une action de sensibilisation à destination des agents de la Police nationale pour améliorer la prise en charge, par les services de police, des femmes victimes de violences, en complément des formations déjà existantes.

Aider les femmes à quitter leur conjoint violent

Le service Abri d’Urgence permettra de mettre à disposition des associations engagées dans la lutte contre les violences faites aux femmes, jusqu’à 50 000 nuitées par an de trois à sept jours, complémentaires au 115 et aux dispositifs existants, pour les femmes victimes de violences et leurs enfants. Le numéro d’écoute 3919 avec les associations locales spécialisées proposeront un accompagnement hors ou en hébergement.

Lutter contre les stéréotypes sexistes dès l’enfance

Chouette, pas chouette ” est un programme de dessins animés qui a pour vocation de sensibiliser les enfants de 4 à 6 ans à la lutte contre le sexisme ordinaire. Il sera diffusé par toutes les grandes chaînes de télévision à partir de janvier 2021 et sera décliné en livrets pédagogiques pour les enseignants. 

Le confinement, un révélateur d’un problème de société

Le nombre d’appels reçus par les services d’écoute des victimes de violences conjugales a bondi d’environ 400 % entre mars et mai 2020. La crise sanitaire a donc révélé un malaise très profond dans la société française, obligeant les pouvoirs publics à réagir. À la demande du ministère de la Justice et du secrétariat d’État à l’Égalité femmes hommes, le Groupe SOS, l’un des acteurs majeurs de la solidarité en France, a mis en place une plateforme permettant d’héberger le conjoint faisant l’objet d’une procédure d’éviction, pour protéger les femmes et les enfants victimes, et leur permettre de rester à domicile. 160 conjoints violents ont ainsi été éloignés de leurs foyers et hébergés ailleurs.

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Confinement : quand la culture se délocalise https://www.respectmag.com/34202-confinement-quand-la-culture-se-delocalise https://www.respectmag.com/34202-confinement-quand-la-culture-se-delocalise#respond Wed, 18 Nov 2020 12:01:19 +0000 https://www.respectmag.com/?p=34202 Fermée à cause de la crise sanitaire, l’exposition “Trop classe!”, qui a pour thème la transmission des savoirs, organisée par le Maif Social Club  à Paris, continue à vivre de...

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Fermée à cause de la crise sanitaire, l’exposition “Trop classe!”, qui a pour thème la transmission des savoirs, organisée par le Maif Social Club  à Paris, continue à vivre de façon itinérante durant le confinement.

Certaines des œuvres de l’exposition qui a ouvert ses portes le 26 septembre dernier partent actuellement à la rencontre des publics les plus touchés par la fracture numérique. De nombreux ateliers mobiles sont proposés en particulier dans deux centres d’hébergement d’urgence à Paris jusqu’à la mi-décembre.

Des œuvres interactives

Le Mobilab est un fablab créé par Victor Bois capable d’être déplacé pour être en immersion avec ses publics et continuer son activité. Canela, fabmanageuse, initie ainsi le public à la pratique de la découpeuse laser, de la brodeuse numérique ou de l’imprimante 3D.

13 applications numériques, oscillant entre poésie, humour et connaissance, sélectionnées par la Souris Grise seront mises à disposition des publics pour éveiller leur curiosité et leur envie d’apprendre.

Le Sign System conçu par le studio smarin, est un jeu où le langage peut devenir dessin et vice versa. Composé de 7 signes autonomes, sans règle préconçue, il permet de créer un abécédaire, un mot, des phrases.

Une série de 4 vidéos réalisées par Mohamed El Khatib et Valérie Mréjen, sera également visible dans les lieux de l’itinérance. Des enfants, de 3, 8 et 14 ans, s’expriment par leur parole brute face à la caméra. Ils interrogent, commentent et questionnent le monde et leurs envies face à ce monde qui est à reconstruire.

Quand et où ?

  • Du 16 au 29 novembre : Centre d’hébergement d’urgence “Les Cinq Toits” géré par l’association Aurore à Paris 16ème
  • Du 30 novembre au 13 décembre : Centre d’hébergement d’urgence “La Boulangerire” géré par ADOMA à Paris 12ème

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Le Handitech Trophy vous embarque en digital pendant toute la SEEPH2020 avec la #TechInclusiveHour ! https://www.respectmag.com/34065-le-handitech-trophy-vous-embarque-en-digital-pendant-toute-la-seeph2020-avec-la-techinclusivehour https://www.respectmag.com/34065-le-handitech-trophy-vous-embarque-en-digital-pendant-toute-la-seeph2020-avec-la-techinclusivehour#respond Fri, 13 Nov 2020 11:30:22 +0000 https://www.respectmag.com/?p=34065 Du 16 au 19 novembre, lors de la Semaine Européenne pour l’Emploi des Personnes Handicapées, rendez-vous chaque jour pour une dose quotidienne d’inspiration positive avec la #TechInclusiveHour de 11h00 à 12h00. Une...

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Du 16 au 19 novembre, lors de la Semaine Européenne pour l’Emploi des Personnes Handicapées, rendez-vous chaque jour pour une dose quotidienne d’inspiration positive avec la #TechInclusiveHour de 11h00 à 12h00. Une opportunité de découvrir des porteurs de projets innovants qui apportent des solutions technologiques concrètes pour améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap et favoriser l’autonomie.

Au programme
Lundi 16 novembre > Grand Opening !
Mardi 17 novembre > Remise des prix Health & Care – Education & Family – Student Project
Mercredi 18 novembre > Remise des prix Mobility Solutions – Sport & Leisure – Employment
Jeudi 19 novembre > Remise des prix Communication & Digital Accessibility – Prix coup de cœur Bpifrance

Découvrez le programme détaillé et inscrivez vous ici

A propos des Handitech Trophy :
Le HandiTech Trophy récompense les start-up, les étudiants, les associations, et les laboratoires de recherche qui développent des technologies inclusives destinées à compenser le handicap ou la perte d’autonomie.

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Lutte contre les violences faites aux enfants : “Chacun peut jouer un rôle” https://www.respectmag.com/34051-lutte-contre-les-violences-faites-aux-enfants-chacun-peut-jouer-un-role https://www.respectmag.com/34051-lutte-contre-les-violences-faites-aux-enfants-chacun-peut-jouer-un-role#respond Thu, 12 Nov 2020 14:10:00 +0000 https://www.respectmag.com/?p=34051 En novembre, la France est confinée, et notamment les enfants victimes de violence ou de maltraitance. Depuis près de trente ans, l’association L’Enfant bleu vient en aide à ces jeunes...

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En novembre, la France est confinée, et notamment les enfants victimes de violence ou de maltraitance. Depuis près de trente ans, l’association L’Enfant bleu vient en aide à ces jeunes en détresse. Comment les aider quand les contacts avec les adultes sont réduits ? On a interrogé Laura Morin, directrice de cette association d’aide, qui a lancé, au printemps dernier, un partenariat avec le jeu vidéo populaire Fortnite. Une “première mondiale“.

En quoi les confinements sont-ils des temps difficiles pour les enfants maltraités…

Ce sont en effet des moments particuliers car les enfants n’ont plus (ou moins) de contacts avec les personnes ressources qu’ils croisent en général au quotidien. Précisons tout de même que les écoles et les crèches sont restées ouvertes. Ainsi, les interactions avec les équipes pédagogiques se sont poursuivies. Mais il est vrai qu’en cette période, il y a moins de possibilité d’alerter sur des cas de maltraitance ou de violence.

Qui sont les adultes dits protecteurs ?

Ce sont tous les citoyens qui peuvent protéger les jeunes à l’instar des parents, des copains, des membres de la famille élargie, des personnels soignants, ainsi que des voisins qui peuvent voir certaines choses, entendre certains cris…

Pour faire face à une hausse des signalements, à laquelle on s’attend en ce mois de confinement, j’ai renforcé les équipes

Concrètement, comment cela se passe, une fois l’alerte donnée ?

Une personne repère un cas de maltraitance, appelle le 01 56 56 62 62. C’est notre cellule d’écoute. Des écoutants prendront en charge le dossier. Leur rôle : écouter, pour comprendre la situation. Ensuite, on organise des réunions pluridisciplinaires, en compagnie de psychothérapeutes et de juristes, pour proposer l’accompagnement le plus adapté comme, par exemple, le lancement du parcours juridique, qui démarre avec un dépôt de plainte et les auditions.

Qui est concerné par les actes de maltraitance, de violence et de négligence graves ?  

Tous les milieux sociaux sont concernés, les enfants de tous les âges sont touchés par ce fléau.

Avez-vous constaté une hausse des signalements lors du premier confinement ?

On a reçu de nombreux appels, Trois fois plus qu’en temps « normal ». Comme au printemps dernier, pour faire face à une hausse des signalements, à laquelle on s’attend en ce mois de confinement, j’ai renforcé les équipes. Par exemple, à la cellule francilienne, on a trois écoutants par jour, 15 personnes par semaine.

On a créé un personnage au look spécifique, puis monté une opération de communication avec les gamers et autres influenceurs pour que les jeunes soient mis au courant, dans le plus grand secret

Quels sont les signes des maltraitances ?

Il y en a plusieurs. Des voisins qui entendent certains cris, ou des bruits inquiétants. Au niveau du comportement du jeune également. L’enfant qui devient agité alors qui était calme habituellement ou inversement… Cela peut-être un signe. Les stigmates physiques, aussi, forcément. Par ailleurs, les dessins sombres peuvent inquiéter. Ces derniers ne sont pas systématiquement le signe d’une maltraitance, mais ils peuvent constituer un appel à l’aide. Au moindre doute, il convient d’appeler notre numéro (01 56 56 62 62) ou le 119.

Vous avez développé, en avril, un partenariat avec le jeu vidéo populaire Fortnite, pouvez-vous nous en dire plus ?

Cela a bien marché. Cela a été une belle aventure, pour une première mondiale. L’Enfant bleu a investi ce jeu populaire pour permettre aux jeunes d’alerter de manière discrète, étant donné que 80 % des maltraitances ont lieu dans la famille proche (et, pour le reste, à l’extérieur, à l’école, dans la rue…). On a créé un personnage au look spécifique, puis monté une opération de communication avec les gamers et autres influenceurs pour que les jeunes soient mis au courant, dans le plus grand secret. Il fallait éviter que ce partenariat soit diffusé dans les grands médias.

Cela s’est passé comment ?

Quand l’enfant choisit ledit personnage dans son équipe, cela envoyait une notification automatique aux bénévoles dont le mission est d’engager une discussion au sein du jeu. Il y a eu 1 200 ajouts du personnage en un mois, et cela a abouti, pour 30 % des cas, à une discussion à l’abri des regards des membres de la famille.

Cela continue ?

Le partenariat s’est arrêté à l’issue du confinement. Cela commençait à être médiatisé et cela n’avait plus la même portée. Mais on a décidé de lancer un groupe de travail afin de réfléchir à une solution pérenne, toujours pour favoriser la prise de contact avec les enfants victimes de maltraitance.

En agissant ensemble, on peut y arriver, ce n’est pas une fatalité

Une grande consultation sur le sujet a été lancée sur la plateforme Make.org, qu’en retenez-vous ?

C’est une bonne chose, on parle beaucoup des femmes, en oubliant souvent les enfants. De nombreuses associations se sont engagées dans cette initiative. L’idée : les citoyens font des propositions afin d’aider les enfants, et celles-ci sont soumises au vote populaire. La consultation a été prolongée jusqu’au 22 novembre. Pour le moment, plus de 45 000 personnes ont participé et 4 000 propositions ont été formulées, notamment sur le thème de la formation, de l’harmonisation de pratiques pour le repérage, ainsi que la prise en charge des enfants.

Est-ce que cette maltraitance est encore taboue ?

Oui, car cela concerne l’intime. Les cas de maltraitance, physiques et sexuelles, on ne veut pas les voir. C’est dur de penser à la souffrance de ces enfants…

Comment y remédier ?

Parler, car la sensibilisation est importante. Selon nous, il ne sert à rien de choquer avec des images terribles, mais il faut expliquer que chacun peut jouer un rôle. En agissant ensemble, on peut y arriver, ce n’est pas une fatalité. L’Enfant bleu fait de la prévention dans les écoles, dans le but d’aider les plus jeunes. On adapte les discours en fonction de l’âge. Aux enfants en maternelle on parle des droits des enfants, on leur apprend à identifier les personnes ressources ; on évoque l’intimité. On essaye de sensibiliser par des jeux. Certains petits ne se rendent pas compte de ce qu’ils vivent au quotidien, il faut leur expliquer que la violence ou l’inceste ne sont pas des actes normaux.

Et pour les plus âgés ?

Plus ils grandissent, plus on peut parler précisément de maltraitance (et de toutes ses variantes, physiques, psychologiques, sexuelles, et les négligences graves). On est accompagnés par des juristes, qui peuvent répondre aux questions précises.

Pour signaler tout abus, vous pouvez contacter le 119 ou L’Enfant bleu au 01 56 56 62 62, sur le site et les réseaux sociaux.

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Elle lutte contre le sexisme grâce à la photographie https://www.respectmag.com/33912-elle-lutte-contre-le-sexisme-grace-a-la-photographie https://www.respectmag.com/33912-elle-lutte-contre-le-sexisme-grace-a-la-photographie#respond Thu, 12 Nov 2020 11:22:14 +0000 https://www.respectmag.com/?p=33912 Eva Marquet est photographe professionnelle et diplômée d’un Master en histoire de l’art contemporain. Inspirée par l’esthétique d’Alain Delorme, photographe et créateur de : Little Dolls (2004-2006), qui regroupe des...

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Eva Marquet est photographe professionnelle et diplômée d’un Master en histoire de l’art contemporain. Inspirée par l’esthétique d’Alain Delorme, photographe et créateur de : Little Dolls (2004-2006), qui regroupe des photographies de petites filles prises devant leur gâteau d’anniversaire, l’artiste a eu envie d’aller plus loin avec son projet “Les dolls ont grandi”. Elle a lancé son projet sur la plateforme kisskissbankbank pour le financer.

“Je me suis demandée, si ces petites filles étaient réelles, seraient-elles devenues des femmes et, dans ce cas, seraient-elles encore dans un rôle pré-déterminé, stéréotypé, contrôlé ?” Dans son projet photographique, Eva Marquet, prend la suite du travail d’Alain Delorme et photographie 20 femmes devant des fonds colorés et de manière frontale. Les gâteaux d’anniversaire ont été remplacés par des médicaments, des magazines féminins, des bébés, des plantes. L’objectif est d’interroger le spectateur sur les questions des identités féminines et des stéréotypes ancrés dans nos inconscients.

Son objectif est de financer le tirage de 100 exemplaires de ces photos et de proposer un livre à un prix tout doux. Pour soutenir ce projet c’est par ici.

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À bout de souffles – Chapitre II https://www.respectmag.com/33938-a-bout-de-souffles-chapitre-2 https://www.respectmag.com/33938-a-bout-de-souffles-chapitre-2#respond Thu, 12 Nov 2020 09:27:29 +0000 https://www.respectmag.com/?p=33938 D’ordinaire, Paul Barsoum pose des stents et débouche des artères. La crise du Covid est venue bousculer la routine de ce jeune cardiologue interventionnel, resté sur le pont à l’hôpital...

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– Un mois et des poussières –

D’ordinaire, Paul Barsoum pose des stents et débouche des artères. La crise du Covid est venue bousculer la routine de ce jeune cardiologue interventionnel, resté sur le pont à l’hôpital Robert Ballanger durant cinq semaines. Pour le pire, le meilleur, et l’honneur d’une vocation confortée par l’épreuve.

À vif. K.-O. Sur les rotules. Quand Paul Barsoum arrive sur le quai de la gare de Lyon ce vendredi 17 avril, pour accueillir sa femme et ses trois enfants partis à Bandole à l’annonce du confinement, il est au bout du rouleau. Le cardiologue interventionnel, titulaire d’un poste de praticien hospitalier (PH) à l’hôpital Robert Ballanger depuis cinq ans, sort tout juste des cinq semaines les plus éprouvantes de sa carrière. Plus d’un mois d’engagement total, obsessionnel, au cours duquel il a « vécu Covid, mangé Covid, dormi Covid ». Alors quand sa femme, elle aussi médecin, lui fait une réflexion sur son retard, il manque de s’étrangler. Mais il encaisse, et verrouille ses mâchoires.

« Je ne voulais pas parler de la crise avec lui, je voulais juste m’allonger sur un transat »

Le cadenas va sauter deux jours plus tard, alors qu’il accompagne ses « deux grands » de 5 et 6 ans chez ses parents. « L’élément déclencheur, ça a vraiment été ma dispute avec mon père. », rembobine-t-il à l’ombre du soleil de juin, sur la banquette d’un bar de la rue des Dames, à deux pas de la place de Clichy. « Je ne voulais pas parler de la crise avec lui, je voulais juste m’allonger sur un transat. On n’était pas d’accord, il ne m’écoutait pas, et me donnait sa vision des choses. Mon père a travaillé chez Air France comme agent au sol… » Abrasé par les vétilles, corrodé par la fatigue, le cardiologue sent se rompre le fil ténu qui le relie à la normalité. Ses nerfs lâchent. « D’habitude je suis quelqu’un de calme, qui prend beaucoup sur lui. Mais là j’ai pété un câble, pour des broutilles. À peine arrivé, j’ai failli repartir avec mes enfants », se remémore-t-il. Finalement, il s’en retourne seul chez lui. Vaincu par « l’incompréhension totale de sa famille » et conscient qu’il perd pied.

La chute est brutale. Elle va durer des semaines. « Je n’avais plus envie de rien. Difficile de se lever, difficile de se coucher, mon sommeil était hyper agité, énumère le cardiologue. Je me rappelle m’être réveillé un soir, au beau milieu de la nuit, en me disant : “Demain, il faut que je commence ce traitement avec Mme Untel.’’ Je ne pensais qu’à ça, malgré la lassitude et le fait que ça commençait à refluer à l’hôpital. » Même si, une fois sa blouse enfilée, il fait bonne figure, le trentenaire peine à surnager dans l’écume de la vague épidémique qui a englouti Robert Ballanger pendant deux mois. « Je suis allé trop loin dans l’investissement, mais je ne pouvais pas faire autrement », estime-t-il. L’intensité du contrecoup est à la hauteur de celle qui l’a maintenu « concentré à 100% » de la fin de l’hiver au début du printemps.

Alors que celui-ci vient de s’achever, et que les terrasses parisiennes vibrent de l’écho des voix libérées des contraintes du confinement, le cardiologue ressuscite celles qui résonnent encore dans sa mémoire. « Paul, ça pousse à mort, il faut que tu ouvres dès aujourd’hui. » Nous sommes le jeudi 19 mars, et face à l’afflux de patients, Laurence Martino, la cheffe du service des urgences de l’hôpital, n’a d’autre choix que d’enjoindre le PH d’accueillir les malades dans le service de soins intensifs de cardiologie – converti depuis peu en unité de soins intensifs Covid -, un jour avant la date prévue.

« On n’ouvrira pas l’unité sans masque »

Quand un cadre de l’administration de l’hôpital lui explique qu’il n’y aura pas de masques FFP2 pour lui et les membres de son équipe, Paul Barsoum se montre inflexible. « Hors de question. On va recevoir les malades les plus graves. L’aérosolisation du virus est énorme, on va forcément être mis en contact avec lui. On n’ouvrira pas l’unité sans masque », menace-t-il. Un coup de fil à l’administrateur de garde plus tard, les FFP2 arrivent. Au compte-goutte : un par soignant et par vacation, pas plus.

Pas de quoi rassurer les membres de l’équipe du cardiologue, qui voient débarquer leurs cinq premiers « patients Covid ». Conscient de la peur qui étreint ses internes, Paul ravale sa propre appréhension et entame les visites. La première porte s’ouvre sur une femme de 52 ans, suffocante. « Quand je suis entré dans la chambre, je n’en menais pas large, se souvient-il. La patiente était sous 15 litres d’oxygène, elle ‘’crachait’’ de la Covid partout. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que j’allais forcément l’attraper. Mais je me rassurais, en me disant : ‘’T’es jeune, t’es en forme, ça va aller.’’ » La largeur d’épaules de ce féru d’escalade ne l’empêchera pas d’être contaminé. « Mais je ne l’ai su que bien plus tard. À ce moment-là, les tests étaient réservés aux patients et aux soignants qui présentaient de forts symptômes. » Lui s’en tirera avec une légère fièvre et une fatigue chronique, dont il ne connaîtra l’origine qu’après avoir pratiqué une sérologie au début du mois de juin.

« T’es jeune, t’es en forme, ça va aller »

Pour l’heure, le cardiologue fait face à une patiente dont il comprend très vite qu’elle doit aller en réanimation. Trois heures plus tard, juste avant de franchir le sas qui la sépare d’un inévitable coma artificiel, la quinquagénaire lui glisse cette phrase : « C’est bon, c’est le dernier voyage. » L’estomac retourné, Paul Barsoum la rassure, sans savoir si les mots de sa patiente seront eux  aussi les derniers. Fort heureusement, d’autres, éraillés, meurtris, sortiront péniblement de sa gorge, quand elle rouvrira les yeux un mois plus tard.

Une éternité au cours de laquelle l’ordonnancement du monde du cardiologue, fait de gestes sûrs et maîtrisés, a été bouleversé. Lui qui pose d’ordinaire stents et valves cardiaques avec la régularité d’un métronome a vu sa routine balayée à mesure que les détresses respiratoires s’invitaient dans les 32 lits de son unité. « La montée en charge du nombre de patients et de la gravité des cas nous a poussés dans nos retranchements. La remise en question était permanente », analyse-t-il aujourd’hui, entre deux gorgées de Perrier.

Mais loin de le tétaniser, la tourmente le galvanise. Tout comme l’ensemble du personnel soignant chargé des unités Covid. « L’équipe de médecine interne, les réanimateurs et mon équipe, nous avons vraiment travaillé main dans la main. Brainstormings, mises en place de protocoles, prise en charge des malades, on a bossé comme des dingues. Comme l’équipe paramédicale, qui a aussi effectué un boulot remarquable. » Le cardiologue dévale d’ailleurs volontiers la pente des premiers succès engrangés après plus de trois semaines passées à naviguer à vue, face à un virus méconnu.

« Deux de mes patients sont partis en torche, je me suis dit qu’il fallait tenter quelque chose »

Des réussites qui portent le nom de molécules, comme le tocilizumab ou la dexamethasone, et sont parfois frappées du sceau de la débrouille. « Un vendredi soir – ce genre de choses se passe toujours un vendredi soir – je faisais la contre-visite avec un interne de garde, illustre le cardiologue. Deux de nos patients sont partis en torche. Je me suis dit qu’il fallait tenter quelque chose. J’ai décidé de tester un masque de concentration de 30 litres, alors qu’on allait pas au-delà de 15 litres jusqu’ici. Il a fallu qu’on détourne un système à pression positive pour créer un dispositif de débit de 30 litres. Normalement, cela ne se fait pas, mais là… » Cette médecine de survie, cette médecine de bidouillage, a sans doute épargné deux souffles ce soir-là.

D’autres se sont interrompus. Quoique relativement préservé du pire par sa position de « plaque tournante » entre la salle (où travaillaient les infectiologues), et le service de réanimation, Paul Barsoum a, comme nombre des membres du personnel soignant de l’hôpital, vu partir des patients. Des départs marquants, des parts manquantes, que l’on devine dans le silence que leur évocation suscite. « Dur ». « Difficile ». « Pas simple » : des adjectifs compacts, secs, émergent peu à peu de l’eau sombre de ses souvenirs, jusqu’à ce que se dessine le visage d’un homme de 40 ans, hospitalisé fin mars dans une chambre voisine de celle de sa mère. « Je revois ce fils, sortir au bout d’un mois d’hospitalisation en fauteuil roulant, accompagné de sa famille, en train de demander à l’un de ses proches : “ Tu sais où est ma mère ?’’ Il a fondu en larmes au beau milieu du service. », conclut le cardiologue dans un murmure, avant de concéder : « Se replonger dans tout ça, c’est… pas simple.»

« On a pratiqué une médecine d’urgence vitale, on a exercé notre art au maximum de nos possibilités »

Si tout était à refaire, pourtant, le cardiologue recommencerait. « Attention, je ne dis pas que cela me manque, tempère-t-il. Mais maintenant que je l’ai vécu, je ne pourrais plus ne pas le vivre. Pendant plus d’un mois, on a pratiqué une médecine d’urgence vitale, on a exercé notre art au maximum de nos possibilités. C’est quelque chose d’incroyablement fort. » Les nuits sans sommeil, l’épuisement, les douleurs intimes, la solidarité entre soignants, l’intensité de ces cinq semaines où l’hôpital public a tenu bon, Paul ne les échangerait contre aucun des ponts d’or que lui proposent régulièrement les cliniques. « La crise de la Covid m’a conforté dans l’idée que je fais vraiment ce que j’aime. Je l’ai vécue comme la continuité de mon engagement. J’étais épanoui dans mon rôle de médecin hospitalier, j’avais la sensation d’être dans le vrai. Jamais je n’aurais vécu cela si j’avais été cardiologue dans le privé. »

Depuis un an toutefois, il consacre 20 % de son temps à une activité libérale au sein de l’hôpital, « en restant conventionné secteur 1 », précise-t-il. Sans cela, il reconnaît sans peine qu’il ne serait peut-être pas resté. Lui qui, en cinq années passées à Robert Ballanger, a vu défiler les internes sans qu’un seul devienne titulaire, ne se fait d’ailleurs pas beaucoup d’illusion sur l’attrait de la carrière hospitalière : « Pour un jeune cardiologue, entre une astreinte payée 260 € où il doit se lever à 2h du matin pour gérer des cas critiques, et les 10 000 € nets qu’il peut gagner dans le privé pour pratiquer la cardiologie en chaussons, il n’y a pas photo… »

« En déficit de médecins, de personnel paramédical, de moyens, de tout »

Sans surprise, Paul Barsoum plaide comme tous les membres du personnel soignant pour une revalorisation de la fonction publique hospitalière, dans sa globalité. « Les politiques doivent nous soutenir. Il y a tout une dynamique à recréer, et pour cela, il faut sortir de la logique de la limitation », martèle-t-il. Une logique qui ne se cantonne d’ailleurs pas aux salaires, et qui frappe plus durement qu’ailleurs son CHI. « Il faut dire ce qui est : dans le 93 à Ballanger, on est clairement les parents pauvres de la médecine en France, lâche-t-il dans un soupir teinté d’indignation. On n’est peut-être pas au niveau de Mayotte, mais on s’en rapproche. On est en déficit de médecins, de personnel paramédical, de moyens, de tout. »

En dépit des pénuries, de l’isolement, des heures jamais comptées qui n’ont pas attendu que le temps s’en mêle pour moucheter de gris son épaisse chevelure noire, le cardiologue se voit faire toute sa carrière à Robert Ballanger. Un « beau centre, à taille humaine », où il a le sentiment d’avoir trouvé « une deuxième famille ». Le buste droit et le sourire aux lèvres, il en parle avec une une fierté d’ancien combattant.

« Moi, je la prends volontiers cette médaille »

Sensible aux symboles, le cardiologue ne méprise pas la médaille promise par le gouvernement, qui a attisé l’ironie des commentateurs et suscité le dédain d’une partie de ses collègues. « Eh bien, moi, je la prends volontiers cette médaille. Mais pas un truc de pacotille, non, une vraie distinction. Quelque chose que je pourrai montrer un jour à mes petits-enfants, pour leur expliquer ce qui s’est passé. » Alors que le Ségur de la santé s’approche de son épilogue en cette fin de mois de juin, la crainte de l’oubli est déjà palpable au sein du personnel médical.

Les pages du calendrier ont défilé à vive allure depuis la fin du confinement. La presse a retrouvé une partie de son vocabulaire courant, fait de chômage, de manifestations, et de points de PIB perdus. D’autres thèmes ont envahi le présent continu de l’actualité, estompant peu à peu le souvenir pourtant pas si lointain des épreuves passées. La mémoire du cardiologue, elle, est intacte. Les dates, les chiffres, les noms, les vivants et les morts, tous ces points de repère qui ont scandé ses jours et ses nuits cinq semaines durant, ponctuent encore son discours avec une précision millimétrique. Il ne les oubliera sans doute jamais. Ils seront toujours là. À vif.


Chapitre I

Les jours les plus longs

Sommaire

À bout de souffles

Chapitre III

À bout portant

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– Les jours les plus longs –

La Covid-19 l’a d’abord assommé, chez lui, avant de le tenir éveillé pendant des semaines. Comme des milliers d’autres membres du personnel soignant, le docteur Benjamin Rossi, infectiologue au CHI d’Aulnay-sous-Bois, vit au rythme de l’épidémie depuis le début du mois de mars. Une épidémie que lui et ses collègues de l’hôpital Robert Ballanger ont combattu en utilisant le tocilizumab, une molécule dont les effets s’avèrent aujourd’hui prometteurs. Récit d’un cauchemar, à travers les yeux d’un médecin resté en « première ligne ».

Le verdict est tombé le mardi 10 mars au réveil, comme une évidence : positif à la Covid-19. Le docteur Benjamin Rossi, 36 ans, n’est pas surpris. La veille, il s’était rendu à l’hôpital Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où il travaille depuis trois ans, pour y faire un test de dépistage. Dans la masse sombre qui se déversait dans les boyaux de la gare du Nord, on ne voyait que lui : pas encore une denrée rare, le masque était alors une incongruité dans l’espace public. En raccrochant le téléphone ce matin, l’infectiologue devient officiellement l’un des 1412 cas diagnostiqués en France depuis le 24 janvier, date de l’apparition du virus sur le sol national.

Il n’est d’ailleurs pas le seul au sein de son service. Le premier « patient Covid » qu’a accueilli l’hôpital Robert Ballanger – un homme revenu du Pakistan le 27 février dernier -, a contaminé plusieurs membres du personnel soignant. Myalgie, lymphocytes en berne, fièvre : l’homme présentait tous les symptômes du coronavirus. Mais comment les distinguer de ceux d’une grippe saisonnière ? Surtout qu’à l’époque, les tests PCR utilisés pour la détection de la Covid-19, limités en nombres et réservés aux voyageurs en provenance de Lombardie et du Wuhan, n’étaient pas disponibles à Robert Ballanger. Le virus a eu tôt fait de s’engouffrer, à pas de loup, dans la brèche creusée par la pénurie.

C’est d’abord dans ses voies aériennes supérieures que le docteur Rossi l’a senti s’insinuer. Une toux sèche, pas ordinaire, signe d’une irritation de la plèvre, relayée les jours passant par une fièvre intense. Dès l’annonce du diagnostic, il décide de prendre de l’hydroxichloroquine, un antipaludique qui a fait l’objet de plusieurs études de la part du professeur Didier Raoult, un infectiologue réputé de Marseille, dont le nom commence à circuler dans les médias. La molécule, appelée à envahir le vocabulaire courant et à enflammer le débat public, a fait ses preuves sur d’autres membres de la famille des coronavirus. Peut-être peut-elle produire des effets sur la Covid-19 ? Difficile d’en juger. Pour l’heure, tous les spécialistes tâtonnent face à cet agent pathogène inconnu.

En attendant, la fatigue écrase l’infectiologue. Lui qui s’est habitué aux courtes nuits depuis le début de sa carrière est désormais cloué au lit 16 heures par jour. Et pendant que le temps se dilate dans son petit appartement du 18e arrondissement de Paris, le monde entier s’enfonce dans la spirale de la contamination en l’espace de quelques jours. Le 10 mars, la place Saint-Pierre à Rome se vide, et l’Italie se calfeutre derrière ses volets; le 11, l’OMS déclare que la propagation de la Covid-19 a atteint le niveau pandémique; le 12, la Bourse de Paris s’effondre à son plus bas niveau depuis 2008, pendant que Donald Trump ferme les frontières des États-Unis aux ressortissants de l’espace Schengen pour se protéger du « virus chinois ». Les rouages de la catastrophe, dont les adeptes de la collapsologie n’ont pas attendu l’épidémie pour esquisser les contours, s’engrènent inexorablement.

Au matin du 15 mars, la propagation du virus interrompt le cours du roman national pour lui donner des allures de récit d’anticipation. Les Français s’éveillent dans un pays verrouillé à double tour. Établissements scolaires, bars, restaurants, salles de spectacle : l’heure est à la fermeture générale, et aux gestes barrières. Sauf pour les citoyens, appelés à accomplir leur devoir électoral à l’occasion du premier tour des municipales. Une situation dont le docteur Rossi aurait sans doute savouré le caractère paradoxal s’il n’avait pas perdu le sens du goût. Et celui de l’odorat.

Pour l’heure, c’est le cadet de ses soucis. Douleurs thoraciques, essoufflement, épuisement : au moment où une poignée d’édiles refont le match sur les plateaux télé, lui se débat avec un pic de dégradation alarmant. Pour la première fois, il panique. Certes, il connaît la faible létalité du virus. Mais il fume (parfois un peu trop), et sent bien que ses poumons souffrent. Pour en avoir le cœur net, il se rend dans l’après-midi dans une pharmacie, pour y acheter un saturomètre, un capteur mesurant la saturation en oxygène de l’hémoglobine. Vendu en temps normal 14 €, son prix a été multiplié par six…

Gravir les six étages qui le séparent de son appartement, sans toucher à la rampe de son escalier, prend des allures d’ascension alpine. À l’arrivée, sa saturation est sans surprise descendue à un niveau inquiétant : 94 %. Un état qui lui vaudrait une assistance respiratoire d’un litre d’oxygène s’il se rendait aujourd’hui aux urgences. L’absence de données fiables et le manque de recul que l’on a alors sur l’évolution du virus le poussent finalement à rester chez lui.

« Je suis stressé, je ne me sens pas bien. Mais je ne crois pas que ce soit la Covid, ça doit être de l’angoisse »

Il ne s’ouvre de la situation qu’à sa compagne, dans une brève conversation téléphonique : « Je suis stressé, je ne me sens pas bien. Mais je ne crois pas que ce soit la Covid, ça doit être de l’angoisse », tempère-t-il. Aux amis avec lesquels il partage d’ordinaire des messages sur une discussion opportunément baptisée « Les lacs du Coronamara », il s’excuse presque de son absence. « Désolé les gars, mon téléphone déconne en ce moment. » Et à ceux qui s’inquiètent de son état de santé, il se contente d’un banal « Ça va ».

Depuis le début de ses années d’internat, il a de toute façon pris l’habitude de se montrer économe de ses maux. Autant il peut être intarissable sur la vie de l’hôpital, autant la mécanique de son débit mitraillette s’enraye dès lors qu’il s’agit d’évoquer ses états d’âme. Il n’a craqué qu’une seule fois, en plus de 10 ans d’exercice. C’était en 2015, sur la terrasse d’un petit café parisien, après plus de 36 heures passées à l’hôpital. Trop de derniers sourires, trop de derniers soupirs, trop de désespoir planté dans les bras nécrosés des toxicomanes. Après trois cafés avalés en un quart d’heure, quatre cigarettes allumées avec le mégot des précédentes, et à la fin d’un monologue chaotique, il avait jeté l’éponge : « J’arrête médecine, j’en peux plus. » Le surlendemain, il était de nouveau en blanc, ses cheveux bouclés en bataille. En vrac, mais bien là. Alors oui les gars, « ça va ».

La discussion du groupe WhatsApp du Collectif intra-Ballanger l’éloigne de toute façon de la bataille intime qui l’oppose au virus. Si le pays est en guerre, comme l’a affirmé le chef de l’État dans sa deuxième allocution télévisée du 16 mars, alors le front est clairement à l’Est. Un mail partagé sur la discussion par l’un de ses collègues témoigne du calvaire des médecins d’un hôpital de Mulhouse. Les praticiens rapportent : « On est à 20 morts par jour. Aucun des patients que l’on intube ne survit, on ne réussit pas à sortir les gens de réanimation. » Le docteur Rossi comprend alors que l’hôpital public dans son ensemble va faire face dans les prochaines semaines à un tsunami auquel il n’est pas préparé.

« Aucun des patients que l’on intube ne survit, on ne réussit pas à sortir les gens de réanimation »

Le jeudi 19 mars, toujours alité bien que son état s’améliore, il s’attaque à la littérature médicale consacrée au virus. Laquelle confirme que la poussée inflammatoire qu’il a expérimentée huit jours après l’arrivée des premiers symptômes, est fréquente à ce stade. Une publication chinoise, pas encore éditée sur PubMed (le principal moteur de recherche de données bibliographiques médicales), mais disponible en preview sur Google, retient particulièrement son attention.

Pas de groupe contrôle, faible cohorte de malades, degrés de sévérité des cas hétérogènes : l’étude est lacunaire. Elle fait néanmoins état d’un potentiel effet du tocilizumab sur des patients atteints de formes sévères de la Covid-19. Utilisée à l’origine pour son action immunosuppressive dans la polyarthrite rhumatoïde, la molécule fait par ailleurs l’objet d’essais cliniques en Italie et en Chine, où l’on teste ses vertus anti-inflammatoires sur le virus. Les corticoïdes étant alors encore contre-indiqués par l’OMS – cela changera dans les semaines suivantes -, cet « anti-IL6 » présente des qualités prometteuses. Le docteur Rossi y voit une piste qu’il songe à explorer à son retour à l’hôpital.

Quand il sort de chez lui, au matin du 23 mars, le monde n’est plus tout à fait le même. Pas un chat dans les rues, rendues à l’état de rivières à sec. Pas un bruit non plus. L’onde de choc du virus a éteint jusqu’à la respiration sourde qui annonce d’ordinaire le réveil de Paris. La ville ne dort pas d’ailleurs : elle est plongée dans le coma. Le temps paraît loin, où l’exécutif encourageait la population à ne rien céder de ses habitudes de sorties. C’était il y a deux semaines pourtant.

L’infectiologue lui-même est méconnaissable. La Covid l’a délesté de 10 kilos, et de deux de ses sens. Pour ce bon vivant, qui n’aime rien tant que goûter aux plats des uns et des autres au restaurant, la pilule est amère. D’autant plus que pour le moment, rien ne prouve que son anosmie et son agueusie vont s’estomper. Pour le reste, tout est en état de marche. À commencer par cette agilité d’esprit qui lui a valu l’admiration de ses professeurs de lycée, bien avant celle de ses internes. Pas toujours facile à suivre, le docteur Rossi. Surtout quand la parole prend le relai de l’esprit, et que chaque mot semble être aboli par anticipation du suivant. Sur le trajet qui le conduit à l’hôpital Rober Ballanger, il n’en prononce pas un seul. Dans les couloirs de la gare du Nord, il fuit les regards inquiets qui se braquent sur lui lorsqu’il tousse derrière son masque, et se met en boule, les mains sous les aisselles, une fois entré dans le train. Figé, il ne pense à rien d’autre qu’à rester immobile. Ce qui l’attend à l’autre bout du RER B est de toute façon inimaginable.

Ce n’est pas une vague, comme l’avaient prédit les autorités sanitaires, qui s’abat sur l’hôpital Robert Ballanger dans la semaine du 23 mars, mais un raz-de-marée. Submergé, le CHI (Centre hospitalier intercommunal) a dû se réinventer dans l’urgence pour y faire face une semaine auparavant. Une réorganisation diligentée en grande partie par Hélène et Marie-Anne, deux collègues du docteur Rossi.

Dès son arrivée dans le service d’infectiologie, Marie-Anne le happe à la sortie de l’ascenseur pour lui en détailler le nouveau fonctionnement. La quadragénaire a perdu du poids, et ses yeux noisette cernés, seuls éléments visibles de son visage couvert d’un masque FFP2, trahissent la fatigue accumulée ces derniers jours. Mais elle fait front, habitée par cette nervosité qui prend souvent en pareille circonstance le relai de l’épuisement. Le lendemain, dans un élan de découragement partagé par plusieurs de ses collègues, elle lui confiera toutefois : « Je reste jusqu’au bout de la crise, et après je change de métier. »

En attendant, elle le conduit au 2e étage. Une unité désaffectée a été rouverte pour pouvoir accueillir les malades atteints de la Covid-19. Pour le moment, elle est constituée de 18 chambres simples. Elle en comptera 24 le lendemain, très vite converties en chambres doubles. Diabétologie, pneumologie, ORL : en une semaine, le virus va prendre possession de tous les étages. Jusqu’aux « portes » des urgences, ces chambres normalement dévolues aux pré-hospitalisations de moins de 24h. Seuls les services de maternité, de neurologie et de cardiologie seront sanctuarisés.

L’hôpital Robert Ballanger est devenu en l’espace de quelques jours l’un des plus encombrés d’Île-de-France. Plus de 200 lits sur les 400 que compte l’établissement sont désormais dévolus aux patients Covid. Le CHI n’est malheureusement pas équipé pour affronter une telle situation. Il manque de tout. De masques, d’écouvillons pour pratiquer les tests de dépistages PCR, de respirateurs, de personnel. Le coronavirus jette une lumière crue sur ces carences. Bientôt, on s’inquiètera même du niveau des stocks d’hypnovel, utilisé pour la sédation profonde des patients en fin de vie. Comment pourrait-il en être autrement ? Il y a deux mois, dans le service d’infectiologie, on luttait pour alimenter l’imprimante en cartouches d’encre.

Coincé entre le marteau de la saturation et l’enclume de la pénurie, le personnel soignant de Robert Ballanger se serre les coudes. Et s’adapte. Louis, l’un des trois pharmaciens de l’hôpital, déploie des trésors d’habileté pour mettre au point des montages permettant de doubler la capacité en oxygène des respirateurs. Un chirurgien plasticien, venu en renfort, utilise une imprimante 3D reçue en cadeau d’anniversaire pour fabriquer des embouts compatibles avec des masques de plongée Décathlon. Il devra s’y reprendre à deux fois pour que les patients le tolèrent. Qu’importe, dès lors qu’ils respirent.

Pyjama de bloc, blouse, surblouse, gants, lunettes, charlotte, masque chirurgical. Quelques minutes après son arrivée, le docteur Rossi enfile la tenue réglementaire. Après avoir fait le tour des chambres et rassuré les patients les plus angoissés, il se replonge dans la bibliographie consacrée au virus, et met de l’ordre dans ses pensées. Une infection est le fruit de la rencontre entre un agent pathogène et un système immunitaire. Si chaque cas est unique, une constante se dégage malgré tout chez les patients les plus graves frappés par la Covid-19 : tous développent une vive réaction inflammatoire. C’est cette réponse immunitaire qui les tue, et qu’il est donc crucial de limiter. Le tocilizumab, la molécule qui a fait l’objet de l’étude chinoise dont il a pris connaissance lors de sa convalescence, pourrait bien y parvenir. Encore faut-il la tester.

L’occasion lui en est donnée quelques heures après son retour à l’hôpital. Un patient de 74 ans vient tout juste d’être admis en soins intensifs dans un état grave. Jamais, en temps normal, le docteur Rossi ne se serait aventuré à tester un traitement sans validation préalable. Les prescriptions médicales obéissent à des règles strictes, il en a conscience. Mais l’urgence est trop grande. Avec l’irruption du virus, la médecine qu’il connaît, cette médecine du confort optimal qui suit les chemins balisés des protocoles admis, a volé en éclat. La Covid-19 a contraint l’ensemble du personnel soignant à adapter son logiciel. Dans tous les hôpitaux de France, d’ailleurs, on cherche, on tâtonne, on tente : quand l’alternative se résume à essayer, ou laisser mourir, le choix est vite fait. Alors, pourquoi ne pas donner une chance à un homme âgé dont les jours sont de toute façon comptés ? Dans l’après-midi du 23 mars, le docteur Rossi décide de lui administrer 400 milligrammes de tocilizumab en « traitement compassionnel ». Commence alors l’attente, anxieuse, qui aura raison de son sommeil la nuit venue.

Le lendemain matin, un timide sourire se dessine sur le visage de l’infectiologue en sortant de la chambre du septuagénaire. Quoique toujours placé sous 15 litres d’oxygène, sa saturation est remontée de 80 à 97 %, un niveau encourageant. Le traitement semble produire ses premiers effets. Il contacte sans tarder la pharmacie de l’hôpital pour faire le plein de tocilizumab. Véronique et Areski, deux des trois membres de l’équipe, accueillent avec enthousiasme la nouvelle. Elles se font rares ces derniers temps. Pour justifier leur commande – laquelle doit être validée scientifiquement, comme toutes les commandes de médicaments prescrits hors protocole d’autorisation de mise sur le marché (A.M.M) -, ils l’accompagnent de l’étude chinoise dont s’est inspiré le docteur Rossi. Et tant pis si celle-ci ne fait pas la Une du Lancet : l’heure est aux soins vitaux, pas au prestige. Pour encadrer la prescription de la molécule, une organisation locale regroupant tous les médecins des unités Covid est immédiatement mise en place au retour du congé maladie de la cheffe du service d’infectiologie. Dans les jours qui suivront, Robert Ballanger deviendra le plus gros prescripteur de tocilizumab de la région parisienne.

Dans un premier temps toutefois, c’est la déception qui l’emporte. En fin d’après-midi, l’état du patient ayant bénéficié du traitement se dégrade. Placé en balance avec un autre malade pour une rare place en réanimation, ses chances de guérison semblent s’éloigner. La décision doit aller à celui qui pourra en tirer le plus grand bénéfice. Moment difficile pour les médecins réanimateurs, contraints sous la pression des événements à insulter l’espoir, quoi qu’ils décident. Moment bref aussi : face à l’afflux quotidien de dilemmes, les regrets sont vite ensevelis sous le nombre.

Pour l’heure, évaluation faite, le choix des soignants se porte sur le patient du docteur Rossi. Il sera extubé deux semaines plus tard, vivant. L’autre patient aura moins de chance. Insuffisant cardiaque, insuffisant rénal, obèse, l’homme n’aurait de toute façon pas survécu à une intubation. Il partira, alors que son état semblait se stabiliser, une heure seulement après avoir passé un coup de téléphone à sa fille pour la rassurer.

Cette mort soudaine, le docteur Rossi apprend jour après jour à la connaître. Il profite de l’une de ses courtes pauses déjeuner pour en garder la trace, dans le carnet noir qui ne le quitte pas : « Certains patients ne se sentent pas partir. Vu leur saturation en oxygène, ils devraient être extrêmement essoufflés. Là non. Ils parlent, se lèvent pour aller dans la salle de bain. Et tout d’un coup, ils s’effondrent. »

« Pour les familles, c’est horrible. Leurs parents arrivent sur leurs deux jambes, et repartent dans un cercueil fermé »

D’irrémédiables stupeurs qui finissent entassées dans la morgue de l’hôpital – désormais nantie de trois conteneurs frigorifiques – dont il tient, comme tant d’autres médecins en France, l’insoutenable inventaire. Il note : « J’ai rempli plus d’avis de décès en dix jours que je ne l’ai fait ces deux dernières années. ». Avant d’ajouter : « Pour les familles, c’est horrible. Leurs parents arrivent sur leurs deux jambes, et repartent dans un cercueil fermé. » Le risque de contagion exclut en effet les proches des patients de l’hôpital. Pour eux, pas de dernier regard. Certains ne le supportent pas.

Le vendredi 3 avril, au soir de sa deuxième garde, le docteur Rossi va en faire l’éprouvante expérience. À 4h du matin, déjà épuisé par la surveillance des 72 patients placés en unités Covid – pour seulement deux médecins, là où il devrait y en avoir un pour 10 lits -, il est attiré par des éclats de voix. Un homme d’une quarantaine d’années, fou de rage et de désespoir, agite son 1,90m sous les néons épileptiques du couloir, et menace de rentrer dans les chambres des malades. Il est incontrôlable. 

  • – Il est où, mon père ?!
  • – Calmez-vous monsieur, s’il vous plaît.
  • – Il est où putain !
  • – Monsieur… écoutez-moi, s’il vous plaît, je suis désolé pour vous, sincèrement. Je sais que vous êtes en deuil. Mais là, vous allez faire peur aux patients.
  • – J’en ai rien à foutre, je vais toutes les faire les chambres ! Je veux voir mon père.
  • – S’il vous plaît, j’ai pas envie d’appeler la sécurité…
  • – Mais appelle-là, la sécurité. Je la démonte, et toi aussi.
  • – Et vous allez faire quoi après, hein ? Rentrer dans toutes les chambres, c’est ça ? Réveiller les malades qui sont à bout de force ? Je suis désolé pour votre père monsieur, vraiment. Mais là on ne peut rien faire pour vous…

Après vingt minutes de négociations, la montagne endeuillée, dévastée par le chagrin, consent à regret à quitter les lieux.

« Je t’ai déjà parlé de mon patient qui jouait de la trompette ? »

Pour tous les membres du personnel soignant, chaque nouveau décès est une banderille de plus. À l’hôpital, les statistiques sanitaires égrenées chaque soir par le directeur de la santé Jérôme Salomon portent toutes un nom. Des noms qui s’accrochent d’ailleurs à la mémoire du docteur Rossi, tout comme les longues conversations qu’il a pris l’habitude d’entretenir avec ses patients depuis le début de son internat. À des années de distance, sa mémoire peut ressusciter les souvenirs de guerre d’Indochine de M. X, les amours de jeunesse de Mme Y, l’errance de M. Z. « Je t’ai déjà parlé de mon patient qui jouait de la trompette ? Mais si ! Celui qui a voyagé à pieds pendant sept ans… » Les discussions commencent souvent de cette manière avec lui. Il marche comme ça, le docteur Rossi. Au contact. À l’affect. Alors l’échec, il ne le digère pas.

Il n’a d’ailleurs toujours pas avalé la disparition de monsieur M.H., hospitalisé le 26 mars. La soixantaine, sportif, ancien gros fumeur mais sevré depuis 10 ans : son état de forme laissait à penser qu’il pourrait s’en sortir. Le virus a pris le dessus. Tout s’est alors enchaîné très vite. Les réanimateurs qui ne peuvent pas l’intuber à cause de son emphysème. Le patient qui s’accroche, parce que c’est un battant, et qui a peur. Les mots pansements, collés sur l’inéluctable. Et puis le médecin qui se rétracte, au moment de lui administrer les soins palliatifs. Parce que merde, il peut s’en sortir.  Il a la carrure. Il a l’envie, il aime le vin, il aime la vie. Alors on peut y croire, non ? Monsieur M.H. est parti trois jours plus tard. Deux semaines après sa mort, sa silhouette s’invitait encore dans le sommeil du docteur Rossi. L’espoir n’est pas un allié fiable.

À la différence des aides-soignantes du service, dont le dévouement l’impressionne. Car ce sont elles qui sont en première ligne, au plus près des patients. Ce sont elles qui leur prodiguent les soins au corps. Elles, aussi, qui pratiquent les toilettes mortuaires. Comme le 4 avril dernier, quand Mme B. est morte en recrachant un liquide noirâtre que Corinne s’est empressée de nettoyer pour en épargner la vue à son mari, malade également, alors assoupi à côté d’elle. Pourtant, elle aussi est à bout de force. Comme d’autres soignants, elle a contracté la Covid-19. Elle souffre d’anosmie, a peur de contaminer son fils. Mais elle est là, parce que vous comprenez, « On ne peut pas la laisser comme ça. »

Assis dans le RER B, au matin du 16 avril, au milieu des invisibles qui font avancer la France au petit trot, le docteur Rossi pense à elle. Et aux 1200 euros net qu’elle touche pour mettre les mains là où d’autres n’oseraient même pas poser les yeux. Il sent alors monter en lui une colère sourde, profonde. Contre les éditorialistes assermentés, spécialistes de rien mais qui se prononcent sur tout – souvent sur la banlieue d’ailleurs, où la plupart d’entre eux n’ont jamais mis les pieds. Contre ceux qui escamotent sans cesse la complexité du réel. Contre ceux qui ont soumis l’hôpital à une logique absurde de rentabilité, en oubliant que le premier des biens, celui par lequel le miracle de la croissance se produit, c’est la santé. Contre ceux qui s’alarment des points de PIB perdus du fait du confinement. Ceux-là, ils n’ont jamais assisté, impuissants, à la mort de quelqu’un, sinon ils se foutraient de leurs tableurs Excel.

Surtout, il en veut à une administration de santé dont il constate chaque jour l’incohérence des décisions. Pourquoi renvoyer chez eux des malades contaminés, au risque d’entretenir la propagation du virus, alors qu’il y a des dizaines de milliers de chambres d’hôtel vides en France ? Pourquoi payer régulièrement des vacataires à prix d’or, au lieu d’embaucher du personnel supplémentaire ? Pourquoi avoir laissé l’hôpital public dépérir, avant même que la Covid ne vienne lui porter le coup de grâce ? Voilà plus de trois semaines que l’infectiologue est en pilote automatique. Epuisé, obsédé, bouleversé, il ne lâche pas prise mais il accuse le coup.

Les questions sans réponse s’évanouissent lorsqu’il arrive devant l’entrée de l’hôpital Robert Ballanger. Il jette un oeil à ce nom, affiché en grosses lettres oranges au-dessus des portes coulissantes. « Un résistant communiste », croit-il se rappeler. Il en sourit à demi. Normalement, il ne devrait pas être là ce matin, car il est de garde ce vendredi soir. Mais il veut vérifier l’évolution des patients placés sous tocilizumab. Le bilan est prometteur : pas de transfert en réanimation depuis une semaine, et une mortalité en baisse. Revigoré par ces résultats, il enfile pyjama de bloc, blouse, surblouse, et masque, et rejoint les autres regards mauves qui depuis plus d’un mois donnent de leur temps sans compter.

En ce 30e jour de confinement, les premiers signes discrets d’une accalmie se manifestent. Les hélicoptères, qui depuis le 29 mars dernier assuraient le transfert des patients vers le CHU de Tours, ne bourdonnent presque plus sur le toit de l’hôpital. Les lits de réanimation se libèrent au compte-goutte. Pas de quoi crier victoire mais la décrue, encore ténue, s’amorce.

Quand il sort du CHI, 24 heures plus tard, au terme d’une nouvelle garde harassante, le docteur Rossi ne rentre pas directement chez lui. Encore sous tension, il s’offre une balade dans la capitale, sa première depuis plus d’un mois. Paris est beau en ce samedi 17 avril. Vide, mais beau. Le ciel, débarrassé de son voile de pollution, est d’un bleu intense, et le soleil joue à cache-cache avec les feuilles des platanes que le médecin n’a pas vu pousser. Alors qu’il remonte la rue du Faubourg Montmartre, son regard est attiré par l’enseigne d’un hôtel situé à l’entrée de la Cité Bergère. Sous la marquise en fer forgé s’alignent des lettres familières : « Corona ». Le repos attendra.


Chapitre II

Un mois et des poussières

Chapitre III

À bout portant

Sommaire

À bout de souffles

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– À bout portant –

Pendant des semaines, Corinne, Maïté et Kelly ont lutté contre la Covid-19 à l’hôpital Robert Ballanger. Au corps-à-corps. Retour sur un combat sisyphéen qui a laissé des traces.

Une épaisse couche de coton gris maintient l’été à distance, ce samedi 27 juin, au-dessus de l’hôpital Robert Ballanger. Profitant du passage de deux ambulanciers, le vent d’orage s’infiltre en sifflant dans le hall d’entrée de l’établissement, avant d’expirer quelques mètres plus loin, comme éteint par le calme ambiant. À voir la poignée de personnes silencieuses qui patientent à l’accueil, on peine à imaginer qu’il y a quelques semaines encore, une noria de brancards et de blouses blanches obligeait les portes d’entrée automatiques à un incessant va-et-vient. Aujourd’hui, la poussière des événements qui ont fait trembler le CHI d’Aulnay-sous-Bois est bel et bien retombée. Le bâtiment a des allures de paquebot somnolent, seulement troublé par le trotte-menu de quelques infirmières en quête de nicotine. Au bout du long couloir de linoléum orangé qui conduit au service de médecine interne, au troisième étage de l’établissement, une partie du personnel qui a tenu la barre au plus fort de la tempête est pourtant bien là, fidèle au poste.

Corinne et Maïté, toutes deux aides-soignantes depuis plus de 20 ans à Robert Ballanger, et Kelly, une jeune infirmière de 24 ans arrivée il y a deux ans dans le service, y naviguent d’ailleurs aujourd’hui de chambre en chambre. Mollement. « J’ai l’impression d’être au ralenti », reconnaît Corinne, en entrant dans une salle de réunion du service, suivie de ses deux collègues. Pendant des semaines, toutes trois ont ferraillé avec la Covid-19. Elles éprouvent aujourd’hui le besoin d’en parler, d’extérioriser, d’expulser ce virus avec lequel elles ont « vécu confinées durant trois mois ».

Un virus tenace, qui s’accroche encore aux sens de Corinne. « Cela fait deux mois et demi, et je n’ai toujours pas d’odorat, ni de goût, soupire-t-elle. Un peu le sucré, à la rigueur, mais je suis incapable de faire la différence entre une compote de fraise et une compote de banane. » Contaminées elles aussi en avril dernier, Maïté et Kelly en gardent un souvenir pénible. Fièvre, toux, fatigue donnant un prix exorbitant au moindre geste : toutes deux ont expérimenté des symptômes similaires au début du mois d’avril. « Je les attribuais à la charge de travail à ce moment-là, resitue la jeune femme. J’étais la seule infirmière fixe du service à ce moment-là – les autres étaient des vacataires -, et je devais m’occuper de 48 patients. Je pensais que c’était simplement de la fatigue. » Un scanner plus tard, Kelly écopera de 15 jours d’arrêt. « Et encore, avant l’examen, l’administration ne voulait m’accorder que 48 heures. » Même tarif pour Maïté, après avoir été alitée durant quatre jours sans pouvoir bouger un cil. Un arrêt de travail qui lui vaut encore aujourd’hui d’attendre la prime de 1500 € nets dévolue aux soignants ayant travaillé dans les départements les plus touchés par la Covid-19, entre le 1er mars et le 30 avril. Pas de quoi la bouleverser non plus : à 61 ans, dont 21 passés à Robert Ballanger, l’aide-soignante a appris la patience, et en a vu d’autres.

« Moralement, physiquement, psychologiquement, c’était traumatisant »

Rien de comparable néanmoins à la vague épidémique qui s’est abattue sur Robert Ballanger au début du mois de mars. « Moralement, physiquement, psychologiquement, c’était traumatisant », énumère-t-elle, en insistant sur chaque mot. D’autant plus qu’au départ, une certaine confusion régnait dans les unités Covid créées pour prendre en charge les malades. « Aucun protocole de protection fixe n’était mis en place », précise Kelly. Déroutées par des informations changeant d’une heure à l’autre, affectées par la pénurie de matériel – notamment de masques, distribués avec parcimonie et pour une durée allant bien au-delà des recommandations d’utilisation -, inquiètes à l’idée de contaminer leurs proches, les trois soignantes sont surtout déstabilisées par l’état de leurs patients, atteints par un virus illisible. « Pour nous, c’était très stressant, explique l’infirmière, ses yeux bleus rivés sur la fin de l’hiver. Au début de l’épidémie, on ne savait pas du tout à quoi s’attendre : comment ils allaient réagir aux symptômes, comment ils allaient évoluer, ce qu’ils allaient devenir, on ne savait pas comment gérer tout ça. »

Un saut dans l’inconnu d’autant plus difficile à assumer que, loin de l’élaboration des traitements et des dosages de molécules, les trois femmes étaient chaque jour au plus près des malades. Au contact des corps meurtris et des âmes blessées. « En l’absence des familles, on était leur seul point de repère, les seules personnes à qui ils pouvaient se confier », développe Kelly. Corinne ne compte plus les heures passées, assise sur le bord de leur lit, à faire barrage au torrent de larmes des plus traumatisés. « Je me souviens de cet homme, 65 ans, le genre vieux macho viril. Il s’est effondré d’un coup en me disant : “Un homme ça ne doit pas pleurer, ça ne doit pas pleurer’’, sans pouvoir s’en empêcher. »

« Dans ce genre de situation, on crée des liens très vite, rebondit Kelly, qui a parfois eu du mal à trouver la bonne distance. Je faisais beaucoup de transferts, avec des patients de mon âge ou de celui de mes parents. Je ne pouvais pas m’empêcher de m’identifier. » Nécessaire, cette proximité s’est avérée plus d’une fois douloureuse. Comme ce jour où l’infirmière a accompagné une dame en réanimation. « Dans le sas de transfert, elle s’est accrochée à moi, en larmes, en me suppliant de ne pas la laisser seule… »

« On était souvent les premières personnes qu’ils voyaient… Et on était les dernières à les voir »

Muette depuis quelques minutes, Maïté sort soudain de son silence : « Il faut comprendre, on était  souvent les premières personnes qu’ils voyaient… Et on était les dernières à les voir. » L’euphémisme ne va pas résister plus d’une poignée de secondes. Les trois femmes ont vu s’insinuer la mort de trop nombreuses fois dans les chambres de l’hôpital pour se contenter d’allusions. « On avait des décès tous les jours. À la chaîne », poursuit alors l’aide-soignante, d’une voix fêlée. « Tu te souviens, la dame de la 327 ?, interroge-t-elle Corinne. Elle disait qu’elle avait du mal à respirer et un quart d’heure plus tard, elle était partie. Ils partaient tous si vite… »

Par surprise. Toujours ou presque. Voilà comment la mort a chassé la vie durant ces interminables semaines, laissant aides-soignantes et infirmières en tête-à-tête avec l’inerte. Et n’allez pas croire que tout s’achevait par un léger passage de la main sur les paupières et un drap pudiquement jeté sur l’irrémédiable. Non. À elles, la nudité des corps. À elles, les toilettes mortuaires minutieuses. À elles, la javellisation des housses imposée par les circonstances, qui leur donnait la sensation « de nettoyer une armoire ». À elles, tous ces gestes de l’hygiène du trépas terminés dans un bruit de fermeture-éclair.

« Désolé, mais il y a des noms qu’on oubliera jamais. C’est horrible »

La mort est laide quand elle est propre. Elle devient angoissante quand il faut se hâter de la faire disparaître. Ce couple de personnes âgées, dont la femme est décédée alors que son mari dormait à côté d’elle, s’accroche encore à la rétine de Corinne. « J’étais avec le docteur Rossi à ce moment-là. J’ai préparé la dame, et ma hantise, c’était que son époux se réveille pendant que je le faisais, raconte l’aide-soignante, les yeux clos derrière ses lunettes de vue à montures noires. C’était d’autant plus stressant qu’il fallait aussi s’occuper de ses affaires. Je voulais récupérer son alliance, mais son doigt avait gonflé. Il fallait aller vite. En quelques secondes, je me suis posé mille questions : “Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je cours aux urgences pour aller chercher une pince ? Est-ce que je la coupe en morceaux pour les donner à la famille ?’’. » À cette époque, l’agent mortuaire de l’hôpital ne lui avait pas encore montré comment s’y prendre pour ôter une bague. Alors Corinne l’a laissé partir avec sa propriétaire. Pendant des semaines, le bijou a hanté son esprit. Jusqu’à ce que le fils de la disparue appelle l’hôpital. « Quand j’ai appris qu’il était heureux de savoir que Mme Br… Oups, pardon. Corinne s’interrompt, consciente de ce début d’entorse au secret médical. Désolé, mais il y a des noms qu’on oubliera jamais. C’est horrible. Ou bien. Enfin je ne sais plus… Bref, quand il a appris que sa mère avait gardé son alliance, j’étais soulagée à un point… »

Le soulagement, c’est souvent dans le refuge des larmes que les trois femmes sont allées le chercher. Impossible, parfois, de ne pas craquer. Kelly allait le faire « dans [son] coin », à l’abri des regards. Tout comme Maïté, qui, quand cela n’allait pas fort, dissimulait son 1,55m dans la cuisine du service en écoutant toujours la même chanson, Omemma, de l’artiste gospel nigériane Judikay. « Qu’est-ce que j’ai pu l’écouter cette chanson, se rappelle-t-elle, son téléphone portable posé sur le cœur. Je me la passais encore en rentrant chez moi le soir, à Goussainville. » Le moment que Corinne choisissait pour ouvrir les vannes : « Moi, je ne voulais pas craquer devant les jeunes. Alors j’attendais d’être dans la voiture pour me laisser aller avant de rentrer. »

« J’évitais d’être en famille… De toute façon, je cogitais trop, je repensais aux patients, en me demandant toujours comment, et si j’allais les retrouver le lendemain matin »

Pas toujours facile, d’ailleurs, de rentrer à la maison. Si Kelly a la chance de partager la vie d’une aide-soignante en pneumologie de l’hôpital, « qui vivait la même chose »qu’elle, Maïté a fait le choix de l’isolement. « Je ne parlais pas beaucoup, j’évitais d’être en famille, détaille la mère de quatre grands enfants. De toute façon, je cogitais trop, je repensais aux patients, en me demandant toujours comment, et si j’allais les retrouver le lendemain matin. » Corinne, quant à elle, a souvent vu son besoin de parler se heurter à la surdité d’un mari « qui ne voulait pas entendre parler de l’hôpital ». Mais le plus difficile pour l’aide-soignante a sans nul doute été de voir son fils de 13 ans finir par l’ignorer ostensiblement. « Mais je le comprends, s’empresse-t-elle de justifier, avoir une mère dont les seuls mots qui sortent de sa bouche sont “Je suis fatiguée’’, au bout d’un moment, c’est difficile. » L’aide prodiguée par les psychologues de l’hôpital n’a pas été de trop pour recoller les morceaux.

Cette solidarité entre soignants fait partie des rares bons souvenirs que les trois femmes gardent de la crise. Une cohésion, un travail d’équipe salutaires, auxquels sont peu à peu venus s’ajouter les quelques petits fragments de bien-être venus de l’extérieur. « Le pain frais le matin », pour Kelly, « les crèmes pour les mains » pour Corinne, et bien sûr, les incontournables applaudissements de 20h. Touchée comme ses collègues par le soutien quotidien des balcons, l’aide-soignante ne peut toutefois s’empêcher de se fendre d’un petit rappel. « La période de la Covid a été très intense, mais nous, c’est toute l’année qu’on travaille dur, qu’on alterne les semaines de 36 et de 48 heures. »

Comme d’autres membres du personnel médical, Corinne a secrètement espéré que la crise allait « changer les choses dans la durée ». Elle a rapidement déchanté. « La logique de l’activité est revenue u galop», déplore-t-elle. La déception est d’autant plus grande qu’après 25 années passées à Robert Ballanger, l’aide-soignante s’attendait à davantage de considération et de reconnaissance de la part de sa direction. « Personne ne se demande si on va bien. Est-ce que la direction nous a remerciés ? Non. Pas même un petit mot ou un courrier. Tout de suite, il faut rentabiliser. » « Devoir reprendre comme si de rien n’était, après un épisode aussi intense, ce n’est pas facile », abonde Kelly.

« Si cette crise peut faire prendre conscience aux gens à quel point l’hôpital souffre d’abandon, ce sera une bonne chose »

Cela fait des années que les fonctionnaires du secteur hospitalier luttent contre la loi du rendement qui règne à l’hôpital, et pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Aujourd’hui, le combat continue, comme en témoigne la banderole suspendue aux grilles de l’hôpital, barrée du mot d’ordre « On n’applaudit plus. Le 25 juin, tout le monde dans la rue ». « On aura tous un jour besoin de l’hôpital, justifie Kelly. Alors si cette crise peut faire prendre conscience aux gens à quel point il souffre d’abandon, ce sera une bonne chose. » Un court passage dans le service de médecine interne, situé dans le plus vieux bâtiment de l’hôpital, suffit d’ailleurs à se convaincre de sa dégradation. Alors que le mercure a retrouvé ces derniers jours ses standards estivaux, on y étouffe. Notamment dans la pénombre bleutée des chambres, où le thermomètre frôle parfois les 30 degrés. Une température contre laquelle les ventilateurs, qui brassent mollement l’air ambiant au-dessus des lassitudes endormies à demi, sont d’un faible secours.

Dans cette atmosphère lénifiante, le personnel soignant peine à retrouver le dynamisme qui l’a maintenu en alerte des semaines durant. « On a énormément travaillé pendant cette période, et maintenant que l’adrénaline est redescendue, c’est comme si tout le stress, toute la fatigue accumulée se déversaient d’un coup », décrit Kelly. La jeune infirmière aurait voulu partir en vacances à la fin du printemps. Il lui faudra néanmoins patienter jusqu’à la fin du mois d’août. Maïté, qui voulait partir dans son Congo Kinshasa natal, a d’ores et déjà fait une croix dessus. Quant à Corinne, elle rêve de boucler ses valises et de partir se ressourcer à Perpignan, la ville à laquelle elle doit son accent. « J’ai envie de voir la mer, soupire-t-elle, la mémoire braquée sur les vagues. J’ai besoin de changer d’air. Ou plutôt, d’avoir un autre horizon, infini. Ici, le regard se cogne. »


Chapitre II

Des mois et des poussières

Chapitre I

Les jours les plus longs

Sommaire

À bout de souffles

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Nous soutenons toutes les librairies indépendantes, obligées de fermer leur porte depuis le début du reconfinement. Le retrait de commandes et le click and collect sont les seules possibilités offertes aux librairies pour poursuivre leur activité. Face aux géants autorisés à rester ouverts, cela n’est pas suffisant. Les livres ne sont-ils pas une ressource essentielle ?

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Vous gérez un café, un restaurant, une boulangerie, un kébab et souhaitez lancer un projet créateur de lien social dans votre quartier ? Le dispositif “Quartiers Cafés” vous aide à concrétiser vos idées. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 1er novembre 2020.

« Quartiers Cafés » est un programme créé par le GROUPE SOS, pionnier de la lutte contre les exclusions, avec le soutien de Coca-Cola. L’objectif ? Favoriser le lien social dans les quartiers prioritaires, en soutenant les idées solidaires des commerçants de proximité. D’ici la fin de l’année, 50 initiatives locales seront sélectionnées sur leurs capacités à créer du lien social entre les habitantes et habitants des Quartiers prioritaires de la politique de la ville. Le confinement a particulièrement fragilisé ces territoires fortement touchés par la précarité.

Un soutien aux solutions locales

Le principe est simple : encourager, soutenir et promouvoir le projet solidaire d’un café ou d’un commerce – café, bar, restaurant, épicerie, kebab, boulangerie – d’un quartier prioritaire, en France métropolitaine. Pour faire émerger ces projets, ou simplement leur donner les moyens d’exister, n’hésitez pas à le sortir de l’ombre. Du 9 septembre au 1er novembre, la plateforme quartierscafes.org permet aux candidats de déposer un dossier en ligne et de prendre connaissance des modalités de candidature. Tous les projets seront étudiés, puis présentés à un jury d’experts qui sélectionnera jusqu’à 50 lauréats.

Des moyens au service du lien social de proximité

Les dotations seront réparties de manière équitable entre les 50 gagnants, sous la forme de support matériel ou de services. Tous les projets sont les bienvenus ; qu’ils aient trait à l’inclusion numérique, la culture, les loisirs et les sports, mais aussi la transition écologique, la solidarité et l’autonomie, ou encore la citoyenneté et la participation à la vie collective. Les projets créés en partenariat avec des associations locales seront particulièrement étudiées. « Les commerces de proximité sont des lieux de lien social, plus que jamais nécessaires dans la période actuelle. Les envies et la créativité ne manquent pas pour développer de nouvelles initiatives pour la vie du quartier : nous avons hâte de les accompagner à émerger, se lancer et s’étendre ! », se réjouit Chloé Brillon, Directrice GROUPE SOS Action territoriale.

Ce dispositif a été financé à hauteur de 600 000 euros par l’entreprise Coca-Cola. « Ensemble, nous souhaitons accompagner les commerçants dans la relance locale de leurs activités et la réalisation de projets faisant vivre le lien social de leur quartier. », explique Laurent Turpault, Directeur de la communication, des affaires publiques et de la RSE chez Coca-Cola France.

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