Les mariages mixtes, reflet d’une France qu’on aime

 

La France est championne d’Europe des mariages mixtes, qu’ils soient binationaux ou interreligieux. Est-ce le reflet d’une société progressiste ?Comme chaque année, le mois de mai marque le début de la saison des mariages. Dans votre entourage, il n’est pas rare d’entendre vos amis parler des futures unions d’amis. Différentes nationalités et / ou religions, cultures … Bref, les mariages mixtes, ce n’est plus vraiment tabou. En France, on en comptait 75 800, d’après une récente étude de l’Insee dévoilant les chiffres de l’année 2015. Concrètement, un mariage mixte, c’est quoi ? « La définition légale est l’union enregistrée par l’état civil entre un(e) Français(e) et un(e) ressortissant(e) étranger(e), explique Jean-Luc Richard, après, d’autres personnes ont une conception différente de la mixité, faisant référence aux origines culturelles, religieuses, ou géographiques, nationales voire même régionales. Ça peut être entre deux citoyens français. »

Mariages mixtes, une importance constante

Mais comme le précise le sociologue et maître de conférences à l’université de Rennes-1, les chiffres en France ne prennent en compte que la différence de nationalité puisque « nous ne faisons pas de statistiques publiques officielles ethnoculturelles ou religieuses ». Pour autant, différentes études permettent aussi de montrer que les mariages culturellement ou religieusement mixtes sont aussi en progression. Depuis quelques années, les religieux eux-mêmes travaillent à cette ouverture. Le pasteur Marc Pernot en fait partie. Membre de l’église protestante une de France (un courant progressiste), il officie à l’Oratoire du Louvre, à Paris. « On fait beaucoup de mariages œcuméniques entre catholiques et protestants, mais aussi des mariages interreligieux, notamment entre protestantes et musulmans, bouddhistes, hindouistes, athées. On peut lire des textes philosophiques, poétiques ou religieux », explique-t-il dans son bureau, principalement rempli de livres.

« Pour rendre service », il n’hésite pas unir des couples dont aucun des deux n’est protestant, mais ne trouve pas d’église pour célébrer leur union. D’ailleurs, le pasteur Marc Pernot unissait aussi des personnes du même sexe, avant le mariage pour tous. « Mais là, je ne le faisais pas dans l’église, mais souvent sur le lieu de la fête. Je trouve ça très sympa », précise-t-il en souriant. Ces dix dernières années, ce dernier a observé une augmentation des demandes, devenue constante. « Ce n’est pas non plus une foule terrible mais ça existe, je fais deux-trois mariages interreligieux par an », ajoute-t-il. Alors la France, championne européenne des unions mixtes ? Pour Jean-Luc Richard, c’est une évidence et « à la fois si l’on prend la définition juridique ou si l’on prend une définition différente ayant une dimension ethnoculturelle ou religieuse ».

La famille, un obstacle au bonheur ?

Pour autant, la route vers le mariage mixte n’est pas forcément sans obstacle à ses débuts. Charlène et son compagnon se sont pacsés il y a plus d’un an. Habitant dans la région marseillaise, elle raconte l’histoire de son couple dans les grandes lignes : « Nous sommes un couple mixte dans le sens où il est né au Togo dans une famille chrétienne pratiquante, et moi née à Marseille, dans une famille plus ou moins athée. » Des années après s’être mis ensemble, Charlène avoue que « le mélange de couleurs a gêné certaines personnes, plutôt les grands parents de mon côté et des ”amis” du sien », ajoutant que sa belle-mère « s’inquiétait surtout de [sa] religion ».
Et les parents représentent souvent un frein à ces mariages mixtes, sur la question religieuse, mais pas seulement ! Marc Pernot a déjà été confronté à certaines difficultés pour unir des couples mixtes. Impossibilité de trouver un imam lorsqu’une musulmane se marie avec une personne d’une autre confession, réticence de rabbins ou opposition des parents. Il se souvient d’ailleurs d’un couple en particulier. Il raconte : « Le mariage le plus marquant pour moi, c’était celui d’un hindouiste et d’une évangélique. Ils cumulaient un certain nombre de difficultés mais étaient vraiment adorables ! Les familles créaient des problèmes religieux, mais aussi de castes ! Ça ne rigole pas ! Et puis, il y avait aussi du racisme de leur part. Pour moi, ils étaient tous les deux noirs, mais pour eux, ce n’est pas du tout la même chose, notamment parce qu’elle était Africaine. Jusqu’au dernier moment, on ne savait pas si les parents seraient là. Mais tout le monde est venu, ils se faisaient un petit peu la gueule, mais c’était prometteur. »

Communautarisme ou inclusion ?

Selon le pasteur, les parents s’adoucissent lorsqu’ils ont des petits-enfants, mais redoutent que l’un ou l’autre parent impose une religion plus que l’autre. Justement, sur ces questions religieuses ou de communauté, la droite et certains polémistes n’hésitent pas à pointer du doigt ces mariages mixtes. Dans un article datant de 2012, le Causeur dénonce une endogamie religieuse massive, cherchant à montrer notamment que des enfants nés en France favoriseraient le communautarisme en épousant une personne du pays d’origine de ses parents.

Pour Jean-Luc Richard, « cet attachement [communautaire], on le relève aussi chez des Français de naissance, ou des personnes françaises de longue date. Il n’y a pas une spécificité des étrangers, que les Français n’auraient pas […] Pour que des Turcs, par exemple, se marient avec des Français, il faut que ces derniers en aient envie aussi. L’idée d’intégration suppose l’interaction. » Il fustige d’ailleurs ce genre d’argument, ajoutant : « Quand les immigrés ou les enfants d’immigrés se marient entre eux, ça ne plait pas parce qu’on trouve que c’est du communautarisme. Et quand ce sont des mariages mixtes, ça ne toujours plait pas parce que ça semble modifier la population française… »

En étant un pays ouvert sur le monde et ayant une histoire riche, les mariages mixtes témoignent de la diversité de la France, malgré les difficultés. Et à travers cette mixité, le pasteur Marc Pernot estime que « ce sont des personnes qui s’apportent et se respectent. C’est un beau témoignage pour le monde aussi, on en a besoin. »

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Le mariage, reflet des flux migratoires ?

Depuis les années 70, la nationalité du conjoint étranger dans les mariages mixtes a beaucoup évolué. À la fin des années 70, les mariages entre des Français(e)s et des Italien(ne)s ou des Espagnol(e)s étaient les plus nombreux ! Par exemple, en 1977, ils représentaient 31% des mariages mixtes. Depuis les années 80, ce chiffre a très fortement baissé, atteignant les 4% en 2015.
A contrario, les mariages entre une personne française et une autre de nationalité d’un des pays du Maghreb (Algérie, Maroc ou Tunisie, pour rappel) ont augmenté dès la fin des années 80 puis au début des années 2000.
Dans les années 1980, l’éventail des origines s’est également ouvert aux autres pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe.

Source : Insee

#POCinlove : l’amour de la mixité s’affiche sur les réseaux sociaux

L’année dernière, le compte Twitter @BeautyInColor a créé le hashtag #POCinlove. Traduction : People of color in love, soit personne de couleur amoureuse en français. L’idée est de poster une photo de soi, en compagnie de sa moitié, en ajoutant les origines de chacun. Marié(e)s ou non, hétéros ou homosexuels, des milliers de couples se sont prêtés au jeu.
D’où est lui venue l’inspiration ? BuzzFeed News raconte que la personne derrière ce compte s’est décidée « après avoir une sélection de livres romantiques qui ne montraient que des couples hétérosexuels blancs amoureux ». L’appel a eu un joli succès… Raison de plus pour le relancer. Le 8 février 2017, @BeautyInColor a encore frappé, en publiant ce message : « À l’origine, je l’ai fait [le hashtag #POCinlove] à la Saint-Valentin, mais j’ai un rendez-vous et je ne veux pas être impoli(e) en restant sur mon téléphone. Aussi, certaines personnes attendent jusqu’au week-end pour sortir. Le 18 février, poste une photo de toi avec ton copain, ta copine, ton mari, ta femme… en utilisant le hashtag #PocInLove. Tous les couples de couleurs sont bienvenus (poly, LGBT..) » Encore une fois, le message est bien passé et continue à faire son chemin !

Dans la culture, vive les mariés… ou pas !

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Mariage, le côté obscur