Dans la culture, vive les mariés… ou pas !

Le point commun entre Flaubert, Marvin Gaye et Lou Andréas-Salomé ? Réponse : ils ont tous été des légendes culturelles qui avaient une définition pour le moins amère du mariage. Récit d’une image écornée à travers les œuvres et le temps.

Cadre idyllique, sourires émus, félicitations et accolades par des proches au beau milieu d’un grand pré verdoyant éclairé d’un soleil éclatant. Cette représentation du mariage continue d’avoir une bonne place dans l’imaginaire collectif, mais force est de constater que la culture compte installer le débat, peut-être même en détruire l’essence. Que ce soit dans le cinéma, la littérature ou la musique, l’union entre deux êtres « pour le meilleur et pour le pire » et « jusqu’à ce que la mort les sépare » suscite beaucoup plus de sarcasme qu’une admiration naïve.

D’hier à aujourd’hui, le mariage déconstruit

On se souvient notamment de Mamma mia (2008) de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep et Pierce Brosnan. Le film fait l’éloge de la famille recomposée. Il raconte l’histoire touchante d’un mariage raté et de trois pères potentiels d’une fille organisant son propre mariage, ne sachant plus où se situer. L’un des trois hommes révélera même son homosexualité (spoiler). Le message principal du long-métrage tourné dans le décor paradisiaque d’une île grecque ? Le bonheur ne réside pas que dans le mariage. Il ne doit pas être un objectif, dans une société faite de normes trop rigoureuses.

Toutefois, le point de vue bien particulier que le 7ème art entretient avec le mariage n’est pas ancien. « Dans les films d’époque, les mariages sont la plupart du temps des alliances entre maisons (avec la femme en guise de marchandise) et traduisent une réalité historique. L’intrigue peut s’articuler autour de la transgression du mariage arrangé par amour », selon Constance Bloch, journaliste culture. La jeune femme ajoute par ailleurs que la représentation du mariage au cinéma « traduit une époque » : « De nos jours, le mariage dans les sociétés occidentales se fait souvent par amour et est la plupart du temps représenté comme tel : deux personnes qui s’unissent pour sceller quelque chose et s’affirmer en tant que couple (qui rentre dans la norme). Cette représentation est parfois idéalisée. À travers le mariage, on voit également une évolution dans les rapports hommes-femmes : par exemple, dans la première moitié du XXe siècle, la femme est souvent représentée de manière soumise à son mari, et cantonnée à son rôle d’épouse dévouée. »

Le temps a-t-il donc modernisé l’œil du réalisateur sur sa conception du mariage ? Affirmatif, nous répond Constance Bloch : « Aujourd’hui, la femme travaille, elle est indépendante, divorce, a plusieurs amants et n’est pas diabolisée pour autant. Enfin, ça dépend des films bien sûr, car nous restons tout de même dans l’idée que le mariage est ”normal” et signe d’épanouissement dans notre société, surtout pour une femme. Dans les films, même aujourd’hui, une ”vieille fille” est souvent malheureuse et en quête d’amour (elle n’a pas choisi cette situation), un ‘vieux garçon” est un playboy qui s’amuse et profite de ne pas s’être casé », ajoute-t-elle.

Anaïs, étudiante en management, a récemment vu le biopic (film biographique) consacré à Lou Andréas-Salomé, femme de lettres allemande et égérie de nombreux écrivains. Cette dernière, féministe, a déchaîné les passions. Anaïs nous raconte en quoi ce film déconstruit sensiblement l’idée du mariage au cinéma.

Des livres et nous…

C’est un de son de cloche légèrement plus optimiste qu’on entend chez Stéphane Boudsocq, rédacteur-en-chef adjoint au sein de la radio RTL. Le journaliste considère que « le cinéma traite le mariage comme il le fait avec les autres sujets de société » : « C’est un regard lucide, critique, ironique et plutôt bienveillant dans l’ensemble…L’évolution des mœurs et des lois, dans le monde qui nous entoure, se retrouve logiquement sur grand écran : le mariage hier, le PACS ensuite, le mariage pour tous aujourd’hui, et demain sans doute la PMA ou la GPA, sont et seront des sujets de films. Je ne pense pas qu’il y ait une sorte de vocation à s’attaquer au mariage : le principe du vaudeville s’appuie d’ailleurs sur lui depuis l’origine du théâtre, décliné ensuite dans le 7e art et donc n’existerait pas sans le mariage ! », s’exclame cet homme de radio.

La littérature semble quant à elle clairement traiter le sujet avec une bonne dose de cynisme. On pense inévitablement à Madame Bovary, monument littéraire de Gustave Flaubert contant les aventures d’une Emma Bovary profondément déçue de son mariage avec un médecin, et qui n’aspire qu’à s’émanciper.

Myriam Thibault, éditrice aux éditions Tengo et auteure notamment de Plagiat, l’histoire d’un couple bourgeois empêtré dans la routine, donne son opinion sur le sujet : « En général, quand on parle de mariage, c’est pour parler d’un divorce. En littérature contemporaine, je pense à Nicolas Rey, Nicolas Fargues, Isabelle Sorente. Ou alors quand il y a mariage, il est cynique. Le roman de Simon Liberati sur sa femme Eva Ionesco l’est. Il écrit qu’elle est folle. Après, il y a aussi le mariage malheureux. Chez Sagan, et chez les classiques, genre Anna Karénine ou Madame Bovary », ajoutant qu’en littérature, « on n’aime pas quand c’est heureux ».

Ces paroles sont de Georges Brassens qui, dans « La non-demande en mariage », fait une critique acerbe du mariage, lui préférant un désir de liberté… qui donne même lieu à un bal annuel à Paris, les « Vendanges de Montmartre » ayant lieu en septembre, durant lequel des tourtereaux se font des déclarations de non-demandes en mariage en public !

Ainsi, même en musique, on a du mal à ne pas déceler de la déception et de l’amertume dans une chanson au rythme entraînant. On se souvient aussi de l’album Here my dear de Marvin Gaye, chronique d’un mariage raté entre l’icône de la soul et la fille du patron du célèbre label Motown. Ce qui entraînera l’auteur de l’album dans une lente et profonde dépression… Le mariage est donc, dans la grande arène culturelle, plus soumis à une remise en question exigeante, voire un scepticisme bien ancré, qu’à un accueil bienveillant. Mais n’est-ce pas, après tout, le rôle de la culture de tout questionner, de tout déconstruire ?

Quand Harry rencontre Sally, Rob Reiner

Amis d’enfance, Harry et Sally s’entendent très bien, jusqu’à ce que leur chemin se sépare. Après nombre d’années où chacun se fiance de son côté, ils se retrouvent par hasard à New York, peu de temps après qu’ils aient rompu. Va naître un beau récit qui va les unir.

Mamma Mia : Phyllida Lloyd.

Sophie est en passe de se marier et veut que son père remplisse son rôle de père pour le mariage en l'accompagnant à l'autel. Elle ignore cependant qui est son père parmi trois ex- amants de sa mère.

Noces, Stephan Streker

Le film aborde un sujet grave : les mariages arrangés. Zahira, une jeune fille d’origine pakistanaise, vit en Belgique, elle a 18 ans, et elle apprend que ses parents lui ont choisi un mari.

Therese Desqueyroux, François Mauriac

Accusée d’avoir empoisonné son époux, Therese Desqueyroux sort d’un palais de justice et sait qu’elle va devoir le retrouver, ce mari dont elle ne veut pas. Therese Desqueyroux va se battre pour retrouver sa liberté.

Le chagrin, Lionel Duroy

Dans un récit bouleversant, l’écrivain Lionel Duroy règle, de façon autobiographique, ses comptes avec des parents qui, toute son enfance et son adolescence, n’ont fait que se déchirer, sur fond de Seconde Guerre mondiale.

La femme de 30 ans, Honoré de Balzac

« Le mariage ne vous réussit point. » La phrase résume à elle seule cette œuvre. Ce roman raconte l’histoire d’une jeune fille qui a épousé un peu trop vite un homme féru de chevaux, une relation qu’elle va regretter amèrement.

Here my dear, Marvin Gaye

Ce chef d’œuvre de celui qu’on a surnommé le « génie de la soul » est une chronique bouleversante d’un mariage raté, avec la propre fille du patron qui a édité l’opus, Anna Gordy, fille de Berry Gordy. C’est à cette dernière que les royalties de cet album ont d’ailleurs été versées, suite à une décision de justice.

La non-déclaration d’amour, Georges Brassens

Chanson sarcastique sur l’union entre deux êtres, Georges Brassens pousse dans cette ode les tourtereaux à rester libres. Une chanson qui a traversé les âges et dont on ne se lasse pas.

Le mariage de Figaro, Beaumarchais

Infidélité, trahisons sur fond de lutte des classes. Longtemps censurée, cette pièce pose la question du poids des privilèges, de l’influence du pouvoir et de l’argent dans une relation amoureuse.

Le mariage forcé, Molière

Sganarelle, 53 ans, tombe amoureux de la jeune Dorimène, une femme à la fleur de l’âge, très intéressée. Victime de sa passion, Sganarelle va en voir de toutes les couleurs.

Tasneem Asultan lève le voile des clichés

Sommaire

Les mariages mixtes, reflet d’une France qu’on aime