Amadou et Mariam, le mariage en musique

 

Couple connu sur scène comme à la ville, Amadou et Mariam chantent ensemble une musique aux sonorités diverses, qui a trouvé sa source dans leur Mali natal. Les deux célèbres tourtereaux sortent leur dernier EP, « Bofou Safou », qui va rythmer l’été. Rencontre avec un duo qui a noué avec le mariage un rapport pacifié.

Vous êtes ensemble sur scène, mais aussi dans la vie. Qu’est-ce que le mariage symbolise pour vous ?

Amadou : Beaucoup de choses. Le mariage est à la base de la vie, intimement liée à la question de la famille. Mariam et moi nous sommes rencontrés autour de la musique, après avoir découvert que nous avions pas mal de goûts communs. Nous avions la même sensibilité. A partir de là, nous avons commencé à composer et jouer ensemble, ça nous plaisait, il y avait une harmonie parfaite. Pour compléter cette harmonie, il nous fallait nous marier. C’est ce qu’on a fait en 1981.
Mariam : Beaucoup de gens nous disaient que nous formions un couple, nous avions envie d’entériner ça par le mariage, dans l’optique de construire quelque chose de solide. Nous avons trois enfants à qui nous voulons donner la meilleure éducation possible. Pour nous, le mariage c’est avant tout un socle, une base qui solidifie une relation.

Le mariage, et on l’entend notamment dans « Dimanche à Bamako », a aussi pour vous une signification religieuse, mais pas uniquement…

Amadou : Au Mali, il y a trois sortes de civilisations, mélangées. Il y a la culture africaine, religieuse et européenne. Les griots (poètes musiciens chargés de transmettre des contes populaires en chansons, ndlr) sont un peu les dépositaires de ces trois cultures. Dans les mariages, ils viennent avec des noix de cola (graines stimulantes distribuées généralement dans des fêtes, ndlr) et peuvent tout aussi bien avoir une dimension religieuse, mais aussi populaire. C’est un peu ce que nous avons voulu faire passer comme message dans cette chanson.

On voit aussi que la notion du mariage est très différente selon le pays où l’on se trouve…

Mariam : Le mariage est surtout une histoire de famille. En Afrique, quand on se marie, cela symbolise une sorte de contrat entre deux familles qui se connaissent un peu. Il faut que la femme soit issue d’une famille noble de préférence, qui requiert de bonnes valeurs éducatives. Comme on l’a dit, c’est aussi très lié au fait religieux, dans la mesure où les futurs mariés doivent avoir de bonnes mœurs, de façon à ce que ça conduise à avoir de l’harmonie dans le foyer. Dans le monde occidental, cette façon de voir le mariage est aussi présente, mais on la sent moins majoritaire. On laisse beaucoup plus de place au choix personnel, à ce qui est bien pour soi, plus qu’à l’avis de la famille. Les deux options se valent tout à fait.

Est-ce important pour vous qu’un couple ne soit pas de la même origine ? Qu’est-ce que vous rappelle la notion de mariage mixte ?

Amadou : Cette notion a évolué. Avec la mondialisation, les frontières ont été abolies, les relations amoureuses ont directement été impactées, et heureusement. Des Africains se marient aux Européens, il y a un métissage formidable qui se développe à une grande et belle vitesse. Nous ne sommes plus dans un rapport figé, contrairement à ce que certains veulent encore nous faire croire. Internet a aussi beaucoup joué dans ce rapport, les rencontres peuvent se faire plus rapidement, le mélange aussi ! C’est réjouissant de voir que le mariage n’a plus de frontières.

Vos chansons reflètent souvent une union entre deux êtres. De façon moins idyllique et romancée, il y a aussi la question du mariage forcé qui revient régulièrement. Qu’en pensez-vous ?

Amadou : Le mariage forcé est l’ennemi de l’amour. La joie est clairement absente de cette manière de voir les choses qui est désastreuse pour deux êtres qui ne voulaient pas de cette vie. Nous avons pu voir des gens qui ont fui le domicile familial parce qu’ils n’en pouvaient clairement plus. On a vu des cas où ces gens qui fuguaient se donnaient la mort. C’est, hélas, le résultat des parents qui ont été corrompus par l’argent.
Mariam : Laissons les gens s’aimer. Quand on se marie avec quelqu’un qu’on n’aime pas, ça se termine toujours de la pire des façons.

Mariage, le côté obscur

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Le mariage pour le meilleur et pour le pire