Des citoyens en grève de la faim pour soutenir des réfugiés

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Stéphane Ravacley, 50 ans, boulanger à Besançon, et Guy de la Motte, 74 ans, retraité à Amiens, ne se connaissaient pas. Leur point commun ? Ils n’ont pas hésité à agir au nom de la solidarité. En 2021, ils ont chacun mené une grève de la faim pour obtenir la régularisation de jeunes demandeurs d’asile et ils ont gagné. Ces citoyens qui ne se considèrent ni comme des activistes, ni comme des militants, participent à une proposition de loi destinée à améliorer l’accueil des réfugiés en France. Voici leurs histoires.

“Avant de rencontrer Laye, les réfugiés, c’était une histoire que j’entendais à la radio, de loin“, confie Stéphane Ravacley. En janvier 2021, ce boulanger sort de l’anonymat et se retrouve sous les caméras des journalistes du monde entier, car il s’est lancé dans une grève de la faim pour éviter l’expulsion d’un de ses employés. Laye Fodé Traoré, un jeune Guinéen qui est âgé de 16 ans lorsqu’il arrive dans sa boulangerie en tant qu’apprenti. Lorsqu’il fête ses 18 ans, le jeune homme est prié de quitter le territoire français. Une incohérence insoutenable pour l’artisan qui s’est attaché au jeune garçon. Il décide alors de mener une grève de la faim. “Je me suis souvenu que dans les années 80, quand des intellectuels avaient une cause à défendre, c’est ce qu’il faisaient. Je n’ai pas réfléchi. Je me suis lancé.” La démarche attire les journaliste du média Brut. La vidéo fait le buzz. À ce jour, 5 millions de personnes l’ont regardée.

La grève de la faim dure 10 jours et l’histoire se finit bien. Laye obtient sa régularisation. “Compte tenu à la fois de son parcours d’intégration jusqu’alors exemplaire et de ses perspectives d’insertion professionnelle“, souligne alors la préfecture de la Haute-Saône, celle-ci abroge la décision d’éloignement et lui délivre un titre de séjour. Le cri du cœur du boulanger a été entendu. L’histoire attire les journalistes du monde entier : “J’ai répondu à près de 350 interviews.” L’initiative de Stéphane Ravacley est relayée au Japon, en Finlande, au Maroc… Un écho qui le dépasse. “Aujourd’hui encore, je reçois des lettres de personnes qui me remercient.” Qu’est-ce qui a poussé cet artisan à se lancer dans une telle action ? “Je ne sais pas. Je suis issu d’une famille d’agriculteurs. Mon grand-père avait accueilli des réfugiés espagnols qui fuyaient Franco. La graine solidaire était peut-être déjà en moi, à cause de cela“, analyse-t-il.

De patron solidaire à une proposition de loi

Après sa victoire, Stéphane ne s’arrête pas là, car, pour répondre aux patrons artisans qui sont confrontés à l’expulsion de leurs apprentis, il crée une page facebook Patrons solidaires, “pour partager des ressources, des actions“. Dans ce cadre, il décide de relayer l’initiative d’un retraité amiénois Guy de La Motte, qui, en mai, se lance à 74 ans dans une grève de la faim pour sauver Boubakar et Sidiki de l’expulsion, deux jeunes guinéens qu’il a hébergés dans le cadre d’un appel d’un collectif solidaire.

On a essayé de tout faire dans les règles, mais face à une administration butée et de mauvaise foi, j’ai décidé d’aller plus loin.” 14 jours après, alors que sa santé commence à montrer des signaux de faiblesse, il obtient gain de cause. Il regrette cependant d’avoir été obligé de passer par cette solution extrême. “Malgré la décision du tribunal administratif qui allait dans notre sens, nos demandes de rendez-vous afin que les dossiers soient étudiés au cas par cas, la machine administrative est restée de marbre. On ne peut plus fonctionner comme ça. Il y a des êtres humains et des enjeux de vie ou de mort derrière ces dossiers et ces numéros“, explique celui qui, à l’âge de 20 ans, a côtoyé Mère Teresa en Inde, en tant que bénévole, avant de mener une carrière et de fonder une famille. Pourquoi une fois devenu grand-père a-t-il ressenti le besoin d’agir ? “Il faut que je m’occupe des autres, c’est plus fort que moi“, répond, en riant, celui qui estime être à 1 % à peine de la générosité de Mère Teresa. Stéphane Ravacley et Guy de la Motte travaillent aujourd’hui sur une proposition de loi avec le député européen Raphaël Glucksmann et d’autres élus pour que les jeunes migrants en formation puissent aller au bout de leurs études même après 18 ans. L’objectif est de sécuriser le parcours des mineurs étrangers isolés.


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