Audrey Page : “La PMA doit être un choix accessible à toutes les femmes”

AleksandarNakic / Getty Images
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À 41 ans, Audrey Page est devenue maman d’une petite fille grâce à la PMA. Alors célibataire, elle s’est rendue à Barcelone pour concrétiser son désir de maternité. Elle raconte son histoire dans son livre Allers-retours pour un bébé, publié aux éditions Albin Michel. Alors que la France s’apprête à autoriser la PMA aux femmes célibataires (et aux couples lesbiens), elle nous explique pourquoi il s’agit d’une avancée majeure pour les femmes.

Est-ce que vous lancer dans une démarche de PMA à l’étranger a été compliqué pour vous ?

Personnellement, j’ai eu les moyens de me rendre en Espagne. Je disposais à la fois de moyens financiers et j’étais à proximité d’un aéroport, donc, pour moi, les choses se sont passées facilement. Pour de nombreuses femmes en revanche, qui habitent loin des grandes villes ou qui ont des revenus modestes, c’est une aventure plus complexe. La PMA pour toutes va enfin mettre fin aux inégalités. La loi va aussi mettre fin à une hypocrisie médicale. Les gynécologues, qui prescrivaient des hormones à des femmes célibataires, étaient jusqu’à présent dans l’illégalité. Toutes les femmes auront, je l’espère, le même niveau d’information. Et c’est important de savoir que prendre soin de sa fertilité, cela peut passer par une congélation d’ovocytes. Il était temps que la France donne un cadre légal à des pratiques développées au Portugal, en Belgique ou en Espagne depuis longtemps.

Que pensez-vous de la levée d’anonymat du donneur, proposée dans la loi de bioéthique sur la PMA ?

J’ai peur que cet aspect effraye les donneurs potentiels. Cela peut poser la question de la famille de cœur et de la famille génétique : vos parents sont-ils ceux qui vont ont transmis leurs gênes ou ceux qui vous ont aimé et élevé ? Il est normal qu’un enfant conçu par don d’ovocytes ou de sperme s’interroge sur ses origines. Pour ma part, j’ai choisi de faire appel à des donneurs anonymes, pour pouvoir pleinement vivre ma maternité, sans fantasmer sur eux. Dans le futur, des tests génétiques permettront, je pense, de connaître encore plus facilement qu’aujourd’hui nos origines. Et si ma fille me le demande, nous ferons ce test. La question des donneurs nous pousse à nous questionner sur la définition de famille. En cela, c’est positif.

L’accès à la PMA aux femmes seules, va-t-il bouleverser les rapports hommes-femmes ?

Selon les chiffres de l’INSEE, en 2018, 22 % des femmes de 35 à 44 ans étaient célibataires. 1 % d’entre elles se déclaraient lesbiennes. J’aurais aimé que, sur le sujet de l’accès à la PMA, on entende davantage ces femmes qui sont souvent jugées. Elles seraient seules, car elles privilégient leur carrière, ne savent pas retenir un homme… Il y a une pression de trouver le “bon partenaire”, celui qui sera le père de votre enfant, et cela met de la pression dans les relations avec les hommes. L’accès à la PMA pour toutes sépare la conjugalité de la parentalité, et je suis persuadée que c’est une bonne chose. Il y a une inégalité biologique entre l’homme et la femme concernant la fertilité. La PMA doit être un choix accessible à toutes les femmes. Ce n’est pas la fin du couple. Rien n’empêchera une maman solo de se mettre en couple par la suite. Il s’agit juste d’accompagner toutes les femmes dans leur désir de maternité en France et de ne plus être dans le déni.


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