Derrière le voile des apparences : des femmes témoignent

Voile des apparences
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Blogs, sites webs, tutoriels sur Youtube : les femmes voilées ne veulent pas être en reste, en amour comme en mode. L’apparence physique les concerne même au premier plan. Le voile affiche et efface, cache et signale. Dans cet entre-deux où le corps est dissimulé, mais l’individu affiché, des jeunes femmes s’expliquent sur leur attachement à l’apparence physique, sur le regard et les a priori que leurs tenues suscitent. Désireuses d’afficher fièrement ce qui couvre leurs cheveux, elles n’hésitent pas à affirmer le fait de vouloir plaire, séduire, en un mot : vivre. Six jeunes femmes témoignent, pour Respect Mag, qu’elles sont belles… et bien vivantes.

 

Nous sommes assez loin du centre-ville de Bobigny. Il faut marcher pour trouver l’habitation de Katia, 30 ans, assistante en marché d’art, qui nous attend devant l’immeuble. Avec ses lunettes aux montures prononcées, elle nous mène vers son appartement où six femmes, voilées et non voilées, nous attendent. L’attente de confidences empreintes d’une vérité qu’on n’entend pas beaucoup ailleurs, ou si peu.  Faïza est journaliste au Bondy Blog. Elle a aussi écrit « Des voix derrière le voile » aux éditions Premier Parallèle.  Fatima, 27 ans, est secrétaire médicale. Elle portait le voile mais a choisi de l’enlever il y a 4 ans. « Le regard des gens était assez difficile. Les gens se font des idées arrêtées sur nous, sans nous connaître. » Très vite, les langues se délient. Etre jugé sur son apparence, elles connaissent. Et pour cause. Les médias, l’actualité de ces derniers mois ont placé ces femmes au cœur d’une tourmente qui ne les concernent pas nécessairement : être voilée est une démarche personnelle, on n’est pas porte-drapeau ou femme-sandwich. Très vite, le tissu, sa couleur, la séduction s’imposent aux questions politico-religieuses. Derrière ce voile, des femmes. Qui veulent plaire, comme tout le monde. Mariam choisit toujours un voile « parfaitement assorti à [m]a tenue ». Comme pour souligner le fait qu’effectivement, on peut être voilée et considérer l’assortiment de ses vêtements comme une exigence. Etre voilée, ce n’est pas être négligée. « Avec ou sans voile, on reste coquette », me fait remarquer Zohra, auto-entrepreneuse de 30 ans.

Le voile, une tenue vestimentaire comme une autre ?

C’est au tour d’Asmaa, 31 ans, mère de deux petites filles. Elle porte le voile et se sent libre : « La femme voilée peut déranger car elle est différente de celles que l’on voit aujourd’hui dans les magazines, les publicités. » Mais elle réfute catégoriquement l’idée que les femmes voilées se voient « imposer le voile ». Zohra approuve : « Ce qui peut poser problème à ceux qui sont contre le voile, pour reprendre les mots d’Elisabeth Lévy qui posait la question de la disponibilité des femmes musulmanes pour d’autres communautés, c’est la notion-même de disponibilité. Dans cette volonté de se réapproprier notre corps, on leur échappe. »  Mariam, 30 ans, le sourire franc, va bientôt reprendre ses études à l’Université Paris 8 : « les vêtements, on se les réapproprie, même si vous ne le voyez pas. »  L’esthétique, donc, et la beauté, plus précisément. Asmaa reproche à la société de consommation d’attendre d’une femme qu’elle « soit belle » : « C’est inquiétant. On ne doit pas attendre d’une femme qu’elle soit belle, mais compétente, qu’elle soit une bonne citoyenne. » Mariam surenchérit : « Une femme voilée veut évidemment plaire. Une femme qui porte un voile peut changer la couleur de ses cheveux, se les couper ou les raccourcir. ». De son côté, Asma trouve que l’image de la « femme voilée qui chercherait à fuir sa beauté va disparaître avec l’arrivée des générations futures. Une femme voilée vivra sa vie comme une femme non-voilée ». Mariam regrette cependant qu’one donne à la femme voilée une image de « femme diminuée. »  Zohra intervient, en avançant l’argument psychologique : « le problème, c’est qu’ici, la beauté est normée. Quand tu ne corresponds pas à ces normes, on va te questionner. C’est vrai avec le voile, mais c’est aussi vrai avec les femmes en surpoids, des femmes avec les cheveux crépus… »

Derrière le voile des apparences

Résister aux diktats de la mode ?

Les femmes voilées, selon Faïza, subissent elles aussi « une véritable pression sur le    physique. Dès lors que tu ne rentres pas dans le moule et dans ce qu’on attend d’une femme  en France, tu es à la marge. » Zohra avance, quant à elle, l’idée selon laquelle cette  « pression sur le physique est moins importante que les droits, comme l’égalité salariale par exemple. »  Et de poursuivre : « Je considère que le voile est une protection face à la société. »  Et sur les réseaux sociaux, les clips vidéos, la publicité ? Zohra réagit : « C’est dur en effet, mais concernant les regards qu’on nous lance, les musulmans ne sont pas en reste. Les proches, les amis, la famille, qui nous disent qu’on ne trouvera jamais de travail en étant voilée…». Zohra a vu juste : toutes les femmes voilées de l’assemblée acquiescent d’un mouvement de tête. Et la figure féminine dans les publicités, les clips musicaux ? Toutes les jugent dégradantes, mais Faïza apporte une nuance : « Je trouve certes inutile qu’une femme se dénude dans une publicité pour un produit de vaisselle,  mais ce qui me dérange encore plus, c’est qu’on discute son choix. Si une femme a envie de se dévêtir dans un clip de rap, on n’est pas non plus obligés de regarder et de la juger.» Pour la journaliste, les féministes se « trompent de combat en ne soutenant pas les femmes voilées », mais plutôt la « pauvre fille qui va manger une feuille de salade pour rentrer dans son 36. »

La femme voilée, plus libre qu’un taille 36 ?

Et les hommes dans tout ça ? Zohra affirme que pour eux, il y aurait une « hiérarchie » : « Le bandana, ensuite le petit foulard, puis la Abaya (voile accompagné d’une robe longue qui reste près du corps), le jilbeb (voile accompagné d’une robe longue et large) jusqu’au niqab (voile intégral qui recouvre tout le corps, avec un mince espace près des lèvres), ce que je trouve débile. Une hiérarchie par le voile !»  Faïza ajoute que les hommes veulent une « Monica Bellucci avec un voile, qu’elle sache cuisiner, qu’elle soit intelligente, faisant carrière, mais pas trop. » Femme voilée et non-voilée, même combat !  Et Zohra, qui nous raccompagne à la porte avec un grand sourire, de conclure : « la perfection est une quête qui n’aboutira jamais ».

* Faïza Zerouala, “Des voix derrière le voile”, Editions Premier Parallèle, 2015

Des voix derrière le voile

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2 Comments

  • Vous présentez le voile comme un choix, alors qu’il est lié à une culture religieuse.part de votre
    Les culture, les traditions sonn poids. On ne s’en extrait pas si facilement. Les religions se sont toujours méfiées du corps des femmes. On cache le corps, on l’excise, on l’infibule, on le scarifie. Tout le reste est réthorique…comme la photo de l’article. Franchement cela m’étonne de la part de ce magazine que je tenais en plus haute estime. Prenez-vous vos lecteurs pour des idiots ?
    Affirmer que les femmes occidentales sont des victimes de la mode qui exhibent leurs corps au bon vouloir des mâles, c’est faire l’impasse sur un siècle de luttes féminines.
    Croyez-vous que le port d’un pantalon, d’une jupe, de lingerie, d’un bikini, cela se soit fait tout seul ? Savez-vous seulement comment s’habillaient les femmes occidentales il y a encore 60 ans ?
    La différence, et elle est de taille, c’est que la mode en Occident est détachée de la culture religieuse et cela depuis longtemps et c’est tant mieux. Pour cela, il a fallu se battre. Contre la religion, contre la tradition, contre les hommes enfin. Maintenant c’est à votre tour, libérez-vous !

    • Concernant votre dernier commentaire :
      c’est contre la société qu’il a fallut se battre, autant les femmes que les hommes !
      Une tenue correcte même dans les lieues publique était fortement recommandée si l’on ne voulait pas être stigmatisé par le reste de la population et contrôlé par la police, d’où les excès des années 70 où là, tous les délires ont eu lieux, les barrières ont sautés, toutes les barrières !

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