Médine, démineur de tensions

Médine, démineur de tensions
© DR
  • 1.4K
  •  
  •  
  •  

Juré des « Y’a bon awards » 2015 le rappeur havrais Médine lutte contre les discriminations depuis 2004, année de sortie de son album « 11 septembre ».  Son dernier EP «Démineur » paru le mois dernier répond au contexte anxiogène post-7 janvier.

Physiquement, avec son mètre 80 pour plus de 90 kilos Médine, qui a tâté de la boxe anglaise dans son fief du Havre, impose le respect. Derrière le MC on sent l’homme de terrain. Quitte à avancer en terrain miné. Ce n’est pas un hasard si son dernier EP, produit sur son label indépendant « Din records », s’appelle… «Démineur ». Sorti en mai dernier « un peu dans la précipitation » son but est de réagir au climat pesant qui a suivi les tueries de Charlie: « Il y avait un essentialisme latent de la part des éditorialistes. J’avais envie de répondre à ma façon en décortiquant les sujets d’actualité, pour souligner les contradictions: La place du musulman en France, du fait religieux, des quartiers populaires, des personnes issues de l’immigration. On agite ça comme des épouvantails. Il faut se ré-axer sur les véritables problèmes qui sont socio-économiques. »  Les positions engagées du rappeur lui ont valu de prendre des coups sur le ring médiatique par ceux qu’il appelle des « pompiers pyromanes »: « J’ai été ciblé par Alain Finkielkrault, Frédéric Haziza. Des personnes qui prétendent lutter contre le radicalisme en me stigmatisant. Sous prétexte que sur le morceau « Don’t laik » je critique le dévoiement de la laïcité.» Sur ce thème Médine répond sans ambiguïtés à ses adversaires : « Dans le texte de la loi de 1905 il y a déjà les outils qui nous permettent d’aborder sereinement le fait religieux en France. Aujourd’hui c’est parce que certains se sentent menacés, veulent faire en sorte que les français se sentent menacés par l’Islam qu’on tente de distordre cette laïcité. » Médine s’est toujours fait l’écho de l’oppression des minorités: les massacres d’algériens par la police de Maurice Papon en 1961 sur « 17 octobre » ou ceux des indiens d’Amérique sur « Petit cheval ».

Assainir le débat public

 Pas très surprenant donc que son franc-parler s’exprime aux « Y’a bon awards » du 12 juin dernier. Cette cérémonie parodique « récompense » les sorties racistes dans l’espace public. A ses côtés des personnalités aussi diverses que la chanteuse Christine and the Queens, l’animateur Claudy Siar, l’activiste Rom Sarah Carmona, ou encore le critique des médias Julien Salingue. Parmi les « lauréats » le journaliste Philippe Tesson dans la catégorie « Est-ce qu’on peut encore le dire? » et sa phrase: « C’est pas les musulmans qui foutent la merde en France? » Médine estime que « le débat public doit être assaini de ceux qui ont pignon sur rue et sévissent dans les médias mainstream. Je souhaite participer à l’assainissement de ces débats nauséeux et nauséabonds. ». Pour le rappeur « il ne faut oublier aucun front ». Si les lauréats de cette année, des personnalités de droite et de gauche: Alain Finkielkrault, Caroline Fourest, Michel Sapin  ont été distingués par le jury pour des propos islamophobes, tenus dans les médias, Natacha Polony et Philippe Val pour romophobie et apologie de la colonisation, les dérapages racistes s’expriment aussi sur Internet. La cérémonie s’est ouverte par un rappel des « businessmen de l’intolérance », champions hors-catégorie qui n’ont plus rien à démontrer : Jean-Marie Le Pen, bien sûr, mais aussi Alain Soral et Dieudonné:  « Ces populistes sont mis aux bancs, marginalisés. Cette pseudo dissidence qui a émergé sur Internet surfe ainsi sur une posture victimaire confortable. Il y a aussi ceux qui dans les quartiers instrumentalisent l’Islam. Sous couvert d’appartenir au rang social de ceux qui sont les plus discriminés en France, les gens des quartiers populaires, ils construisent un racisme antisémite. L’ennemi commun partagé par la pseudo dissidence et l’extrémisme religieux c’est le juif, rendu responsable de tous les maux. »

Un rapport contre le racisme?

 Pour aller plus loin Médine a sa petite idée: «Il ne faudrait pas que ces « Y’a bon awards » ne soient qu’un défouloir qui exorcise notre indignation le jour J sans qu’on se revoit derrière. J’ai soumis aux « Indivisibles », qui organisent l’événement, l’idée de produire un vrai rapport, comme « Amnesty International » pour les droits humains, sur la manière dont les minorités sont traitées dans les médias. On est encore dans des rapports de domination. Il suffit de voir comment la parole est libérée sur les plateaux télé. Si on arrive à sortir un rapport qu’on soumettrait au CSA, un organisme qui régule cette parole, on aura fait un grand pas en avant. » Bonne idée sur le papier. Mais un tel rapport a un coût. Et les « Indivisibles » sont une association de bénévoles. Une réflexion à suivre…

Le label de Médine 

Clips :

Y a bon awards Teaser :

Site des Indivisibles 


  • 1.4K
  •  
  •  
  •  
Écrit par
Autre article de Julien Le Gros

Pascal Tessaud: « Brooklyn est un hommage aux grands-frères de quartier »

    Depuis « La Haine » en 1995, il y a eu beaucoup de films...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.