Kacem Wapalek, premier du rap poétique

Kacem Wapalek, je vous salis ma rue
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Kacem Wapalek est du genre hyperactif, indépendant et déterminé. Critique d’un milieu dans lequel il évolue en marge, le rappeur répond à une industrie de la musique totalisante en multipliant les casquettes sur sa tête en solo. Cristallisées dans un premier album sorti en avril dernier, Je vous salis ma rue, les bonnes ondes de Kacem lui valent de détrôner un moment les Booba, les Kaaris et même les Thomas Dutronc, dans les meilleurs ventes d’album. Hip Hop, balade, reggae, chanson française, le jeune lyonnais traverse le paysage musical au grès de ses envies, qui le portent sans étonnement vers des cieux de plus en plus ambitieux.

L’album s’ouvre sur une voix d’hôtesse de l’air: « Bienvenue à bord du premier album de Kacem Wapalek », qui annonce l’aventure sonore, littéraire et rythmique d’un LP très attendu, notamment par les quelques 70000 fans qui le suivent sur Facebook. Auteur, interprète, producteur, manager mais aussi attaché de presse, Kacem assume le maximum des tâches nécessaires à son projet: « Pourquoi déléguer ce que je suis capable de faire ? Il ne s’agit pas de s’improviser pilote d’avion ! ».

Si Kacem a un débit qui semble pouvoir ne jamais s’essouffler, il est loin du genre à s’étaler sur sa vie personnelle: Kacem, la trentaine, originaire de Lyon, un écrivant. Mais il n’a pas la langue dans sa poche non plus lorsqu’il s’agit de livrer sa vision du monde: médias, industrie du disque, politiques, Marie Jeanne, chacun en prend pour son grade. Mais ses observations, souvent pertinentes, ne sont ni gratuites ni moralistes « Je ne prétends pas être un militant. Je ne prêche que des convaincus, il ne faut pas se leurrer. Dis à des militaires de lâcher leurs armes, ils vont te rire au nez ! ». Le vecteur qu’a trouvé Kacem, c’est l’attention qu’il porte aux mots et qu’il provoque à l’âme, s’attachant tout aussi bien à la prose poétique, aux images et aux sonorités des mots pour traduire des messages forts, comme dans son titre Politique: « C’était la France aux français, déjà l’Afrique aux friqués, bientôt la terre aux riches, ici, les terroristes s’appellent Massoud et les démocraties tuent pour du Mazout » (« Politique », Je vous salis ma rue).

Parcours d’un promeneur solidaire

Très actif sur la toile, Kacem s’est construit lui-même un public de fidèles. Il a fait de son salon une scène de jeux, et de Youtube, la vitrine de ses créations.  « Voilà une petite vidéo, faite avec mon téléphone portable: un son dégueulasse, une image dégueulasse, une tronche dégueulasse… » Tout simplement. Car c’est bien avec la caméra de son téléphone et une humilité rare que Kacem a commencé à diffuser ses textes, posés sur les instrumentations d’Oster Lapwass. Dans ces vidéos, plan poitrine, Kacem  introduit son arrivée par de petites blagues, des exercices de mise en bouche avant la performance, sur un ton complice et spontané. Sauf que quand le beat s’installe, Kacem tire le fil de son flow continu et rapide, prend le pli d’une écriture ludique et d’une vision réalisticopoétique qui nous scotche tant par la qualité littéraire de ses textes que pour son énergie pure et communicative. Pas de doutes, Freestyle, Des chiffres et des lettres, sont autant de morceaux qui ont fini par faire le tour d’internet et généré un nombre de vues hallucinant au regard de l’absence de promo « officielle », de label ou autre tradition de l’industrie musicale à la sortie d’un disque. Ce qu’il y a de plus fort dans ce projet, c’est que Kacem n’a pas imposé sa présence dans le rapgame, c’est son public qui l’a réalisé.

« J’ai calé les lettres au millimètre comme le montrent ces mille mots »

Kacem Wapalek ne manque pas d’humour, comme en témoigne son blaze (« Cassez moi pas les c… »). Mais il ne manque pas de talent non plus. L’écriture, il l’a évidemment pratiquée pendant ses études de droit, mais les textes de rap, c’est seulement vers 25 ans qu’il a commencé à les composer. Alors encore à l’université, il intègre un groupe de slameurs puis entre dans L’Animalerie, collectif de rappeurs et beatmakers lyonnais. « C’est à partir de la contrainte que je construis mes morceaux » explique Kacem, qui sur le modèle des poètes Oulipiens, s’impose des règles à partir desquelles exploiter ses idées. « Paradoxalement ces limites imposées me permettent de libérer ma plume », explique-t-il. Grand praticien des allitérations et de la métaphore, Kacem est un maitre de la figure de style et des techniques poétiques. Dans la balade « Marie Jeanne », il explicite l’image sur laquelle il bâtit son texte : « C’est une personnification, c’est une petite brassenserie wapalekienne, une wapalekerie brassensienne »… Il faut dire qu’avec Brassens comme influence, Kacem ne pouvait que performer ses talents, qu’il partage lors d’ateliers d’écriture animés dans les quatre coins de la France, parmi ses multiples concerts et scènes de slam. Et si la chanson française de demain se trouvait dans le rap ? « Peu d’écrivains survivent, et j’écris vers sur vers/ Mais, rassurez-vous, j’assure vingt sur vingt/ Kacem s’en r’vient pour vou servir, je virevolte / Et tu vires vu l’timing, avoue qu’t’as aimé, nan ? » (« Vingt sur vingt », Je vous Salis ma rue)


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