“Les mots qui réunissent”, par Rachid Santaki

Remise de prix pour un enfant
© DR

Des mots aux actes,  de l’exercice redoutable à un moment convivial, du clivage au rassemblement. Ce samedi 30 mai 2015 restera l’un de mes plus beaux souvenirs en terme de vivre ensemble car la Dictée des Cités a tenu toutes ses promesses. L’exercice a permis de travailler son orthographe et surtout a réuni un millier de personnes qui se sont rassemblées autour de la langue française sans aucune distinction.

J’écris des romans et souvent j’en fais une lecture de notre société, j’utilise la culture pour que les publics « se retrouvent ». Je partage mes expériences mais tout ça reste dans le domaine de la parole, de la théorie mais le fait d’organiser et de porter avec Abdellah Boudour la Dictée des Cités – un moment autour de l’écriture, des mots – m’a permis d’incarner ce rassemblement que je prône depuis quelques années.

Le soleil tape sur la place du marché de Saint Denis. Les neuf cent quatre-vingt-trois participants sont assis autour des tables, stylos à la main et à l’écoute des mots. Faute de sièges, certains enfants sont penchés sur le sol pour se prêter à la dictée avec l’espoir de décrocher « le jackpot ». J’entame la lecture de cet extrait de Quatre Vingt Treize de Victor Hugo et au fil de ma lecture, les têtes des participants sont orientés sur leur feuille pendant que je répète les mots, articule encore et encore. Après vingt minutes de silence, l’exercice s’achève et les gens commencent à s’interroger sur les mots difficiles : prunelliers, gênotte, arrête-bœufs (que j’ai mal prononcé puisque j’ai lu bœuf et non [bØ]). Quelques-uns quittent leurs sièges. D’autres restent à leur place et font connaissance avec leur voisin. Certains sont venus de loin. Sami et une amie ainsi qu’Anis ont fait le déplacement depuis la région de Lyon.  Un des autres candidats vient de Marseille. Marie-Hélène habite en Haute Savoie et m’a entendu à la radio. Abdellah a déjà repris le micro et anime pendant que les correcteurs ramassent les copies pour s’installer à la table de correction. Les centaines de feuilles sont empilées puis les dizaines de bénévoles soulignent au stylo rouge. Après une demi-heure de correction les copies des vainqueurs nous sont transmises et nous procédons à la remise des lots. L’édition de la plus grande dictée s’est terminée avec la distribution de cadeaux, des parents avec les enfants et surtout des sourires, des félicitations.

Au-delà des personnalités présentes et qui se sont frottées à l’exercice de la dictée, j’ai surtout retenu une réflexion d’un des membres de l’association Stains Espoirs « C’est mieux que la coupe du monde 98 » et sa phrase a très bien résumé l’ambiance de cet après-midi ; un moment de fête. Un moment de rassemblement. Et surtout un moment autour de notre chère langue française. Cet évènement a démontré qu’il existe des alternatives aux discours de haine et plus que jamais les gens désirent tout simplement être ensemble et mis à part certains sports, personne n’en a aujourd’hui la capacité. La France De Demain est déjà là et espérons que ce type d’actions se multiplie et que l’optimisme reviennent sur les visages, dans l’état d’esprit de nos citoyens.

Rachid Santaki, Ecrivain

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction


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