Parrain Par’Mille : le parrainage comme engagement citoyen

© Kate et Noé © Stéphanie Lacombe / PICTURETANK pour Parrains Par’Mille

Ils s’appellent Céline, Stéphane, Marylène ou Maxime et sont les parrains et marraines, « de cœur », d’Adam, Ambre, Arnaud ou Candice. Ils se sont rencontrés, grâce à Parrains Par’Mille, alors qu’ils ne sont ni parents ni voisins et ont créé un lien riche et épanouissant. Le concept de l’association ? Un « parrainage de proximité », pour lutter contre l’isolement et créer des ponts entre les cultures et les générations. Parrains Par’Mille fête, cette année, son 25ème anniversaire mais manque encore de bénévoles pour parrainer une centaine d’enfants en attente.

L’association Parrains Par’Mille permet à des enfants et des adolescents, en situation de fragilité sociale ou familiale, d’élargir leurs horizons au contact d’un parrain ou d’une marraine. Ici, on ne donne pas son argent pour parrainer un enfant à l’autre bout du monde, mais on donne de son temps, de façon régulière, pour créer un lien avec un jeune proche de chez soi. Ce « parrainage de proximité », bénévole et laïc, se construit, sans rivalité ni jugement, en fonction de l’enfant, de sa famille et du parrain.

En partageant un peu de son temps, le parrain ou la marraine offre, à son ou sa filleule de « coeur », une ouverture sociale et un soutien privilégié. Cette parenthèse permet aux enfants de découvrir un autre univers, de s’épanouir avec un adulte qui ne fait pas partie de leur entourage et de partager des moments conviviaux autour de loisirs communs. « C’est Mélanie qui m’a appris à faire de la balançoire quand j’avais 6 ans. Cet été, elle m’a appris à faire des châteaux de sable à Saint-Malo. » nous confie Ange Malika, alors âgée de 8 ans et parrainée par Mélanie depuis 3 ans.*

Fondée en 1990 par Catherine Enjolet, auteur et essayiste, à qui l’on doit notamment l’ouvrage « Plaidoyer pour l’Adoption Affective », publié en 2011, Parrains Par’Mille s’est développé et compte aujourd’hui 13 antennes régionales. En 25 ans, l’association a soutenu plus de 5000 parrainages. « Aujourd’hui, on ne frappe plus à la porte des voisins pour proposer de l’aide » nous explique Marie-Aimée Menuet, directrice de Parrains Par’Mille, « l’association est là pour faire se rencontrer des gens qui ont besoin d’aide et ceux qui souhaitent l’apporter ».

Le parrainage, un engagement citoyen pour lutter contre l’isolement

En ce sens, Parrains Par’Mille entend enrayer l’isolement dont certains bénéficiaires sont victimes. En apportant du soutien aux mères célibataires qui n’ont pas de famille proche pour les aider dans l’éducation de leur enfant, l’association lutte contre l’isolement familial. « A Paris, 85% des bénéficiaires sont des familles monoparentales. » précise Marie-Aimée Menuet. D’autre part, l’association combat également l’isolement social en apportant du soutien à des familles en situation d’exclusion qui vivent de façon précaire, parfois dans des hôtels sociaux, et qui souhaitent que leur enfant connaisse autre chose. Enfin, l’isolement culturel peut aussi pousser certaines familles, notamment les nouveaux arrivants, à contacter Parrains Par’Mille. « Le parrainage est une clé pour faciliter l’intégration de l’enfant. Les parents ont le sentiment que le parrainage va leur transmettre les codes culturels nécessaires » ajoute Marie-Aimée Menuet. Le « parrainage de proximité » apparaît alors comme un véritable soutien à la parentalité. « On ne remplace pas le parent mais on apporte autre chose » précise Marie-Aimée Menuet. « J’ai été très touchée par la maman d’Adam le jour où elle m’a dit : “Toutes les deux, nous allons faire d’Adam quelqu’un de bien”. » confie Céline, marraine du petit Adam.*

Parrains Par’Mille s’adresse aussi à des enfants placés auprès de l’Aide sociale à l’enfance et des mineurs étrangers sans famille. Prendre de son temps pour créer un lien affectif avec eux et leur apporter des repères stables constitue un acte engagé en faveur de la collectivité. Soutenir des familles fragilisées est une forme de solidarité civique de proximité. Un engagement citoyen qui n’est pas nécessairement chronophage puisque le parrain ou la marraine « ne s’engage qu’à ce dont il se sent capable » répète souvent les membres de l’association. L’ambition ? Recréer un maillage d’entraide citoyenne de proximité. « Vous gagnez bien votre vie, et puis un jour, vous vous arrêtez et regardez ce qui se passe autour de vous. Les valeurs de transmission et d’humanisme se sont imposées. » raconte Stéphane et sa femme, parents d’une fillette et parrains d’Ambre alors âgée de 5 ans.

Un pont entre les cultures et les générations

En partageant leurs univers respectifs, parrains et filleuls échangent et s’enrichissent mutuellement de leurs différences. Ainsi, Parrains Par’Mille souhaite apporter sa pierre à l’édifice de la cohésion sociale et de l’interculturalité. « Pour les enfants, il s’agit vraiment d’une ouverture culturelle » affirme Marie-Aimée Menuet. « Mais les parrains et marraines sont surpris de recevoir aussi dans cet échange culturel » poursuit-elle. « Le parrainage s’adresse à tout le monde, à toutes les familles. La société gagnerait à s’enrichir de ce lien, de ses différences. On porte les germes d’un vrai projet de société. » explique la directrice de l’association.

Bien que la majorité des parrains et marraines soient toujours actifs, notamment en Ile-de-France, la part des retraités voulant s’engager pour aider les familles fragilisées n’est pas négligeable. « A la retraite, j’ai eu envie de partager du temps avec un enfant qui n’a pas eu la chance des miens. C’était important que notre histoire s’inscrive dans la durée car j’avais du temps que je souhaitais mettre à profit. » nous confie Françoise, marraine d’un petit Enzo.* Un lien intergénérationnel qui peut être bénéfique dans les deux sens. « On a des personnes qui sont parrains depuis 15 ans. Dans ce cas, les plus jeunes peuvent apporter du soutien aux parrains qui deviennent vieux. » explique Marie-Aimée Menuet. « Nous avons des retours assez fabuleux! C’est comme une famille élargie, les liens deviennent quasi familiaux. » précise-t-elle.

Un manque de bénévoles handicapant pour le développement de l’association

Pour autant, cette implication affective peut effrayer et l’association manque cruellement de parrains et marraines par rapport au nombre de familles désireuses de créer un « parrainage de proximité ». « Il y a un souci permanent au niveau du recrutement des parrains. En ce moment, une centaine d’enfants attendent en Ile-de-France » regrette Marie-Aimée Menuet. Un manque de bénévoles qui freine malheureusement la mise en place de nombreux parrainages.

Envie d’aider? Voici les quatre étapes pour devenir parrain ou marraine :

1) Un appel au 01 40 02 02 05 ou un mail via le site internet pour remplir un dossier

2) Deux rencontres avec l’équipe de parrainage pour échanger autour du projet

3) Une proposition de mise en relation entre le parrain ou la marraine, un enfant ou un jeune et sa famille

4) Des rencontres progressives pour faire connaissance

*Propos recueillis par Stéphanie Lacombe, photographe, dans le cadre de l’exposition « Lien (extra)-ordinaires »


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