Thierry Defait, la laïcité scolaire en bandoulière

Thierry Defait
Thierry Defait (à gauche) © Yann Guillotin

Ancien directeur et actuel membre du Conseil d’administration du Club athlétique de Paris, Thierry Defait fut à l’origine de la décision d’adapter la charte de la laïcité dans les écoles sportives, en 2013. Il revient avec nous, désireux de participer à ce grand débat sur la laïcité dans le sport, avec bonne humeur et une belle tranquillité sur cet épisode qui a donné à son club une petite renommée médiatique. 

En 2013, le club athlétique de Paris, dont vous êtes l’un des dirigeants, a écrit à la ministre des Sports de l’époque Valérie Fourneyron, en lui demandant de créer une charte de la laïcité pour les écoles de sport. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je déjeune avec un rédacteur en chef de RTL. Je lui fais part d’un certain nombre de problématiques qui peuvent se poser au niveau du club, et de ma volonté de disposer d’outils pour adapter une charte de la laïcité, déjà existante, au sein de l’Ecole. Nous décidons ensuite, avec le Club athlétique de Paris, d’écrire à Valérie Fourneyron en lui disant que RTL allait faire un reportage auquel elle serait conviée. Nous avons eu un débat au sein du Conseil d’administration du club et nous avons décidé d’écrire à la ministre pour savoir s’il était opportun d’adapter la charte de la laïcité aux écoles de sport en général, et les écoles de foot en particulier.

Quelle est votre vision de la laïcité ?
La laïcité telle que je la conçois,  c’est celle de la loi de 1905, mais en allant un peu plus loin. Elle se situerait plus dans la déclaration des droits de l‘homme, et plus précisément de l’article 10 : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, à partir du moment où leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Sur cette base, l’idée est que les enfants, quand ils rentrent dans un stade pratiquer un sport, ils soient uniquement immergés dans ce cadre-là. Il ne faut pas qu’ils soient parasités par tout un tas de choses qui n’ont rien à voir avec le sport qu’ils viennent pratiquer.

Y a-t-il eu un ou des cas où tout ne se passait pas comme prévu ?
Nous avons eu un éducateur, au sein du club, qui a refusé de serrer la main d’une femme. Je suis allé voir l’éducateur qui par ailleurs était très bon, et il m’a expliqué que la façon de pratiquer sa  religion ne lui permettait pas d’entrer en contact avec une femme en lui serrant la main. Je lui ai dit que cela représentait un souci. Nous avons eu un débat en Conseil d’administration, ce qui nous a poussés à interroger le ministère des Sports. Il faut un véritable plan éducatif, ce qui passe par expliquer aux enfants le fonctionnement d’un environnement commun, avec des règles communes, qui ne les enferment pas. C’est un principe de laïcité ouverte. C’est pour cela que nous parlions d’adaptation de la charte de la laïcité, et non pas de l’utiliser en substance, c’est impossible dans un club de football.

Expliquez-nous votre concept de « laïcité d’adhésion » ?
Nous avons un socle reposant sur la laïcité telle qu’elle a été définie par l’Histoire de la République. Nous appartenons tous au même pays, à un moment donné il faut sanctuariser cela dans les écoles de football.

Que vous inspire le fait de voir un joueur prier avec ses deux mains, ou faire le signe de croix, ou s’agenouiller sur un terrain ?
La religion est quelque chose qui relève du privé. Si des joueurs veulent prier, ils le font dans les vestiaires. Je me suis occupé de joueurs seniors à qui je donnais la permission de prier dans les vestiaires avant les matchs. Là où ça devient embêtant, c’est quand cette prière se fait de façon visible en dehors du terrain. C’est ennuyeux parce que ça relève de l’espace public. Après, on ne va pas interdire à un joueur de se signer lors de son entrée sur le terrain. Parfois, j’ai envie de lui dire : « Ce n’est pas Dieu qui marque le but, c’est toi ».

Avez-vous des projets à nous annoncer ?
Je participe à une aventure qui s’appelle la « Paris World Cup », la Coupe du monde des jeunes qui va se dérouler à Paris. Elle aura lieu du 5 au 11 juillet. C’est 4000 jeunes entre 10 et 17 ans qui vont venir à Paris. Il y en aura d’Irak, du Kosovo… Deux des organisateurs de cette « Paris World Cup » sont de la Jeunesse Sportive et Culturelle Pitray-Olier, un club parisien qui est placé sous le patronage d’un curé ! Mais la religion n’y est pas présente. Je ne vois aucun club qui serait composé uniquement de catholiques, juifs ou musulmans.


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