Jacques Toubon : “L’égalité femmes-hommes ? Un chantier inachevé en France”

Jacques Toubon
© Francois Lafite / Wostok Press / Maxppp

ÉGALITÉ – Alors que l’on célèbre le soixante-dixième anniversaire du droit de vote accordé aux femmes et plus de quarante ans après la création du premier secrétariat d’Etat à la condition féminine, l’égalité femmes-hommes demeure un chantier inachevé en France. Dans le cadre de sa mission de lutte contre les discriminations et de promotion de l’égalité, le Défenseur des droits, poursuivant les actions de la HALDE, s’est emparé dès sa création en 2011 de cet enjeu pour devenir un acteur majeur de cette longue marche vers l’égalité réelle et concrète entre femmes et hommes. Jacques TOUBON fait partager son point de vue aux lecteurs de Respect.

L’espace professionnel est sans conteste révélateur de l’expression des inégalités qui perdurent entre les femmes et les hommes, même si des progrès ont été enregistrés ces dernières années. Dans l’édition 2014 de son baromètre annuel réalisé par le Défenseur des droits conjointement avec l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les discriminations dans l’emploi, un tiers des femmes actives interrogées déclarent avoir été victimes de discrimination au travail. Les réclamations que reçoit le Défenseur confirment l’importance des discriminations liées au genre (critères du sexe, de la grossesse et de la situation de famille), notamment dans le déroulement de carrière. Les inégalités concernent également les salaires. Le secteur privé est concerné mais, comme le montre une récente étude financée par le Défenseur avec la Direction Générale de l’Administration de la Fonction Publique, la fonction publique connait également des écarts de rémunération problématiques de l’ordre de 12%. Surtout, il faut souligner que les inégalités qui frappent les femmes s’accumulent tout au long de la vie dès le choix de l’orientation scolaire puis, ensuite, durant toute leur trajectoire professionnelle. Les femmes intègrent les stéréotypes qui les cantonnent dans certaines études et métiers moins valorisés au nom de soi-disant aptitudes naturelles. Elles se heurtent également au fameux « plafond de verre » dans leur accès aux responsabilités et plus généralement aux difficultés pour articuler leur investissement professionnel et les tâches domestiques et familiales qui continuent de peser en très grande partie sur elles (la « double journée » des femmes).

Il apparaît toujours nécessaire d’approfondir nos connaissances des discriminations subies par les femmes pour mieux connaitre les obstacles à l’égalité afin d’élaborer des actions et de préconiser des politiques véritablement efficaces et convaincre ceux qui douteraient de l’actualité de ce combat.

Il ne s’agit pas tant de renforcer les lois qui interdisent les discriminations ou posent des obligations à l’égard des employeurs pour qu’ils contribuent à faire progresser l’égalité que de se montrer vigilant pour éviter tout recul et obtenir la mise en œuvre effective de ces lois.

Par son action concrète, le Défenseur des droits participe à cet objectif qui demande la mobilisation de tous. Pour ce faire, il utilise les diverses prérogatives et moyens d’actions que la loi lui a attribués.

L’engagement du Défenseur, mon action, se double d’un travail quotidien et vigilant avec les acteurs de la société civile. Nous réunissons plusieurs fois par an un comité d’entente qui regroupe les principales associations travaillant sur l’égalité entre femmes et hommes et dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés. Nous avons ainsi pu développer des opérations pour diffuser des informations auprès des intermédiaires de l’emploi, intervenir auprès des plus jeunes comme de leurs enseignants pour limiter autant que possible l’expression de stéréotypes tenaces.  L’institution diffuse également les « bonnes pratiques » identifiées et se porte en appui pour former et conseiller les acteurs de terrain et les professionnels ; il y a deux ans, le Défenseur des droits a ainsi publié un « guide pour une évaluation non discriminante des emplois féminins », un ouvrage unanimement salué par tous ceux qui travaillent sur l’égalité professionnelle et salariale.

En prenant mes fonctions, il y a un an, je me suis fixé pour cap de développer l’accès au droit de chacune et chacun. Outre les actions de promotion et de sensibilisation que je viens de citer, le Défenseur des droits dispose au travers de sa mission de protection d’un pouvoir réel pour faire cesser les discriminations faites aux femmes et qui sont, il convient de le souligner, souvent cumulatives. Qu’il s’agisse de celle à qui on refuse un emploi en raison de sa corpulence (critère de l’apparence physique), de celle  à qui Pôle Emploi conteste une inscription parce qu’elle a en charge un enfant handicapé ou encore de celle qui voit sa carrière freinée au seul motif qu’elle est une femme, chaque saisine est traitée avec le seul objectif de voir le droit rétabli, en toute équité. Ce sont là des histoires singulières, mais qui, rassemblées, en disent long sur les blocages et les crispations qui demeurent en matière d’égalité femmes-hommes dans la société française.

Jacques Toubon, Défenseur des Droits

Les propos de l’auteur n’engagent pas la rédaction.


Autre article écrit par Contributeur Respect Mag

« Pourquoi, avec mon groupe parlementaire, je voterai contre la révision constitutionnelle. » par Eliane Assassi

630   Dans quelques semaines, nous débattrons au Sénat de la révision constitutionnelle engagée...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.