Rachid Santaki : « Les quartiers populaires sont la France de demain! »

Richard Santaki
© Toma Abuz

LIVRE – Depuis deux ans, l’écrivain Rachid Santaki anime régulièrement la Dictée des cités avec son camarade Abdellah Boudour de l’association Force des mixités. Leur objectif: Organiser la plus grande dictée de France et battre le record de la dictée Chapitre à Angoulème. L’occasion de revenir sur le parcours exemplaire de Rachid Santaki, qui co-signe avec Brahim Chikhi le manifeste « La France de demain », aux Éditions Wildproject 2015.

Rachid Santaki, quarante-deux ans, a tout fait ou presque, en dépit d’une certaine timidité. Pêle-mêle: commis au Ritz, éducateur sportif en boxe thaï, scénariste pour la télévision, rédacteur en chef d’un magazine gratuit « 5 Styles », romancier, et aujourd’hui co-auteur avec Brahim Chikhi, un élu du 93, d’un essai, préfacé par l’historien Benjamin Stora: « La France de demain ». Rachid Santaki a grandi Saint-Ouen dans le 9-3, d’un père manutentionnaire et d’une mère caissière, en étant plus attentif à Ken le survivant et aux films de Belmondo qu’à ses livres de cours. Un peu comme le cancre de Prévert, il a de son propre aveu « redoublé quarante-huit fois ». Non sans ironiser sur son blog: « Des personnages plus illustres que moi ont redoublé : Pierre Sarkozy, Johnny Depp. Pire Michel Drucker ! » Quand on s’appelle Rachid, qu’on a le tort d’être né du « mauvais côté du périphérique», avec pour seul diplôme, un BEP, les portes ne sont pas grandes ouvertes. Qu’à cela ne tienne! Son énergie et ses compétences lui font mettre K.O pas mal de barrières. Après tout, son père l’a coaché à la boxe anglaise pour en faire un « Rachid Balboa ». Loin de renier ses origines sociales, Rachid en a au contraire fait, dès 2008, une arme de distraction massive en écrivant des polars caustiques aux noms gouailleurs comme « La petite cité dans la prairie », « Les anges s’habillent en caillera », « Des chiffres et des litres ». Le dernier en date «Flic ou caillera », aux Éditions du Masque 2013, est l’histoire d’un jeune employé au service courrier de l’agence du médicament et qui se tire avec le « cash » des caïds. « Mes protagonistes baignent dans un environnement sombre et dur. Je m’inspire de jeunes que j’ai pu côtoyer. Mais les héros de mes polars ne sont pas représentatifs de la jeunesse des quartiers.» précise-t-il. La fiction se réfère aussi à la réalité la plus âpre en évoquant la mort, par électrocution, de Zyed et Bouna, dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois en octobre 2005.

Le monde de demain

Clin d’œil au titre « Le monde de demain » de NTM, « La France de demain » est « un retour d’expérience de terrain » des deux auteurs qui prônent le vivre-ensemble, en opposition aux « mises en tension » qui remontent, selon eux, au débat sur l’identité nationale de 2010 jusqu’aux tragiques événements du 7 janvier, que Rachid avait anticipés dans le scénario d’une série: « Reverso », co-écrite avec Stéphane Pannetier pour Canal +. Pour « réconcilier la République et la banlieue » Rachid Santaki insiste sur l’éducation et la nécessité pour la jeunesse des quartiers, force vive de cette « France de demain », de se prendre en main: « Quand tu es jeune, tu te construis avec des référents de parcours. Un pote a monté sa boîte après avoir fait des études supérieures de gestion. Ses deux petits frères ont réussi leurs études en le prenant comme exemple. Dans le livre, je cite mon ami Kamel Amrane, un sportif de haut niveau qui s’implique en permanence, pour tout le monde, sur ce territoire qu’il aime : Saint-Denis. Des gens comme ça, il y en a dans chaque quartier. Mais ça ne suffit pas. Pour être tiré vers le haut il faut plusieurs leviers, plusieurs personnalités porteuses.»

Pivot des cités

Un de ces leviers s’appelle, la Dictée des cités. Initiée en mai 2013 après une rencontre entre Abdellah Boudour, de l’association Force des mixités d’ Argenteuil, elle est: « un prétexte pour que les gens se retrouvent autour de la littérature française. Sortir la dictée des murs de l’école et en faire quelque chose de ludique. On a tissé un réseau assez important d’associations locales comme « Saint-Denis positif » qui nous aident à l’organiser.» Loin du style un peu ampoulé et intimidant de Bernard Pivot, Rachid Santaki dicte, décontracté, Air Max aux pieds: « On a une logline: Chez nous il n’y a pas de perdants il n’y a que des gagnants! On a réussi à faire de cet exercice, qui est plus ou moins bien vécu, un moment de fête. » Depuis deux ans, les deux compères ont sillonné la France et ses grands ensembles, séduisant les jeunes de 7 à 77 ans, de Sevran à Maubeuge en passant par Marseille ou Strasbourg. « Sans vraiment communiquer, en organisant l’événement trois semaines avant, on a réuni deux-cent personnes dans un quartier de Rennes!». Ce samedi à la Basilique de Saint-Denis, un autre défi se prépare. « La plus grande dictée de France, lue par Daniel Picouly, a réuni six-cent-cinquante personnes à Angoulême. On est bien partis pour réunir au moins sept-cent!» Chiche!

Jaquette France de demain, Editions Wildproject

France de Demain, aux Editions Wildproject


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