Inter-LGBT : « Lesbophobie, gayphobie, biphobie et transphobie sont partout ! »

Drapeau LGBT
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LGBT – Dimanche 17 mai, la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie a réuni de nombreuses manifestations. L’occasion de rencontrer l’une des plus grandes associations de défense des personnes lesbiennes, trans, gays et bi. Etat des lieux des droits LGBT en France avec Sylvie Fondacci et Nicolas Rividi, porte-paroles de l’Inter-LGBT.

Au lendemain de la journée internationale contre l’homophobie, quel regard portez-vous sur la France de ce début 2015 ?
A l’évidence, la loi ouvrant le mariage et l’adoption à tous les couples a été une réelle avancée, la société y est sensible puisque les sondages montrent qu’une majorité de Français jugent aujourd’hui impossible un retour en arrière. Cependant, l’homophobie apparait comme de plus en plus enracinée en France. Les actes LGBT-phobes recensés par l’association SOS homophobie via sa ligne d’écoute sont toujours très nombreux avec 41% de plus que ce qui était enregistré avant les mobilisations opposées à la loi mariage pour tous. Le déferlement de haine ayant eu lieu à ce moment-là n’a donc pas été sans conséquences pour les lesbiennes, les gays, les bi et les trans.

Quels sont les premiers pôles de vigilance, d’action de l’Inter-LGBT ?
D’abord il est impératif de continuer le travail législatif engagé avec la loi « mariage pour tous ». Nous restons mobilisé-e-s pour que cette loi ne soit pas un point final mais bien une étape sur le chemin de l’égalité des droits. Les droits des personnes trans, les droits des familles, la PMA sont autant de combats législatifs majeurs qu’il reste à mener. D’autre part, la société doit changer de comportement à l’égard des personnes lesbiennes, gaies, bi et trans. Il y a encore trop d’insultes, d’agressions et de violences commises  à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. La campagne de lutte contre le suicide des personnes LGBT initiée par l’Inter-LGBT montre le lien direct qui existe entre les insultes subies par les personnes LGBT et leur taux de suicide quatre fois plus élevé que la moyenne française.

Les hétéros ne sont pas exclus des combats LGBT loin de là

Le rapport annuel de SOS homophobie, qui est sorti le 12 mai, nous dit que l’homophobie s’enracine. Quel enseignement retenez-vous de ce rapport ?
Le rapport révèle une fois de plus un bilan assez sombre de l’homophobie en France. Loin d’être en recul, les LGBT-phobies sont présentes partout. Dans les lieux publics (18%), au travail (13%) ou dans le cadre familial (17%), les LGBT-phobies sont partout et exposent les personnes qui les subissent à une précarité et une détresse très fortes. Il faut ajouter à cela les doubles discriminations subies par les lesbiennes, à la fois en tant que lesbiennes mais aussi en tant que femmes ; 59% d’entre elles reconnaissent avoir vécu la lesbophobie entre 2012 et 2013. 29% des hommes bis et 40% des femmes bies se sentent discriminé-e-s en raison de leur orientation sexuelle. Les personnes trans subissent pour 85% d’entre elles des violences transphobes quotidiennement. Mais comme si ces chiffres accablants n’étaient pas suffisants, il faut savoir qu’une agression physique sur des personnes LGBT est signalée tous les deux jours, en France !

Et les hétéros ? S’engagent-ils suffisamment aux côtés des LGBT ?
Les hétéros ne sont pas exclus des combats LGBT loin de là. Tous les soutiens sont les bienvenus d’autant que les hétéros bénéficient aussi des avancées que nous obtenons. On peut citer par exemple le PACS, la lutte contre le VIH/sida, le mariage pour tous qui sont autant d’évolutions qui bénéficient à la société dans son ensemble

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, fin 2014, vous parliez de l’importance du travail pédagogique qui doit être mené à l’école. Où en sommes-nous ?
Aujourd’hui il faut une politique ambitieuse de lutte contre les LGBT-phobies à l’école et dans les universités. Les programmes scolaires doivent mentionner les LGBT-phobies au même titre que les autres discriminations. L’État doit, à cet effet, fournir aux équipes pédagogiques et éducatives des ressources permettant d’aborder ces contenus d’enseignement légitimes avec la rigueur nécessaire. Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) doivent former à la lutte contre les LGBT-phobies tous les personnels de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Enfin, les partenariats avec les associations agréées sont précieux ; leur expertise accompagne les personnels dans leurs missions. Les associations de parents d’élèves sont quant à elles des interlocutrices privilégiées pour informer et sensibiliser les familles.

Il faudrait enrichir le principe d’égalité, pour qu’il s’applique « sans distinction de sexe, d’orientation sexuelle, d’identité de genre, d’état de santé ou de handicap »

Christiane Taubira est récemment venue soutenir le prix  Le Refuge Randstadt et Yagg/Têtu. A cette occasion, elle a réaffirmé vouloir que  « des sanctions pénales au motif de toutes les discriminations, soient aggravées ».  D’un autre côté, Patrick Kanner, le ministre de la jeunesse et des sports a lancé une opération de communication  #coup de sifflet . Des réponses à la hauteur des enjeux actuels ? Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Nous avions invité la Garde des Sceaux au Printemps des assoces de l’Inter-LGBT, qui s’est tenu le 11 avril 2015, et elle a accepté notre invitation. A cette occasion, elle a rencontré de nombreuses associations qui ont pu lui faire part de leurs revendications et préoccupations. Il est clair que Madame Taubira montre un certain volontarisme sur ces sujets et un engagement gouvernemental, notamment sur la question de l’homophobie dans le sport. Ceci est un signe encourageant. Pour autant, cela ne doit pas faire oublier la nécessité d’avancées législatives pour que toutes et tous aient les mêmes droits.

La Garde des Sceaux a également parlé d’une circulaire qui généraliserait le changement de prénom d’une personne trans, qu’en pensez-vous ? Les trans commencent-ils à se faire entendre ?
Le fait est que cette circulaire ne vaudrait qu’une fois le changement d’état civil accordé aux personnes. Le problème principal rencontré par les personnes trans réside précisément dans l’obtention de ce changement d’état civil que la France conditionne à une preuve d’irréversibilité du parcours de transition, en clair à une stérilisation. Cette exigence va à l’encontre de la plupart des textes internationaux signés par la France. Les personnes trans seront vraiment entendues quand le gouvernement soutiendra une loi facilitant le changement d’état civil. Aujourd’hui, malheureusement, le combat continue.

Un changement de la Constitution est selon vous utile, vous pouvez nous en dire plus ?
En effet, une de nos revendications est que, dans l’article premier de la Constitution française, il faudrait enrichir le principe d’égalité, pour qu’il s’applique « sans distinction de sexe, d’orientation sexuelle, d’identité de genre, d’état de santé ou de handicap ». Cela parle de soi-même.


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