Lutte contre les violences faites aux enfants : “Chacun peut jouer un rôle”

Enfant
Crédit : Michał Parzuchowski / Unsplash
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En novembre, la France est confinée, et notamment les enfants victimes de violence ou de maltraitance. Depuis près de trente ans, l’association L’Enfant bleu vient en aide à ces jeunes en détresse. Comment les aider quand les contacts avec les adultes sont réduits ? On a interrogé Laura Morin, directrice de cette association d’aide, qui a lancé, au printemps dernier, un partenariat avec le jeu vidéo populaire Fortnite. Une “première mondiale“.

En quoi les confinements sont-ils des temps difficiles pour les enfants maltraités…

Ce sont en effet des moments particuliers car les enfants n’ont plus (ou moins) de contacts avec les personnes ressources qu’ils croisent en général au quotidien. Précisons tout de même que les écoles et les crèches sont restées ouvertes. Ainsi, les interactions avec les équipes pédagogiques se sont poursuivies. Mais il est vrai qu’en cette période, il y a moins de possibilité d’alerter sur des cas de maltraitance ou de violence.

Qui sont les adultes dits protecteurs ?

Ce sont tous les citoyens qui peuvent protéger les jeunes à l’instar des parents, des copains, des membres de la famille élargie, des personnels soignants, ainsi que des voisins qui peuvent voir certaines choses, entendre certains cris…

Pour faire face à une hausse des signalements, à laquelle on s’attend en ce mois de confinement, j’ai renforcé les équipes

Concrètement, comment cela se passe, une fois l’alerte donnée ?

Une personne repère un cas de maltraitance, appelle le 01 56 56 62 62. C’est notre cellule d’écoute. Des écoutants prendront en charge le dossier. Leur rôle : écouter, pour comprendre la situation. Ensuite, on organise des réunions pluridisciplinaires, en compagnie de psychothérapeutes et de juristes, pour proposer l’accompagnement le plus adapté comme, par exemple, le lancement du parcours juridique, qui démarre avec un dépôt de plainte et les auditions.

Qui est concerné par les actes de maltraitance, de violence et de négligence graves ?  

Tous les milieux sociaux sont concernés, les enfants de tous les âges sont touchés par ce fléau.

Avez-vous constaté une hausse des signalements lors du premier confinement ?

On a reçu de nombreux appels, Trois fois plus qu’en temps « normal ». Comme au printemps dernier, pour faire face à une hausse des signalements, à laquelle on s’attend en ce mois de confinement, j’ai renforcé les équipes. Par exemple, à la cellule francilienne, on a trois écoutants par jour, 15 personnes par semaine.

On a créé un personnage au look spécifique, puis monté une opération de communication avec les gamers et autres influenceurs pour que les jeunes soient mis au courant, dans le plus grand secret

Quels sont les signes des maltraitances ?

Il y en a plusieurs. Des voisins qui entendent certains cris, ou des bruits inquiétants. Au niveau du comportement du jeune également. L’enfant qui devient agité alors qui était calme habituellement ou inversement… Cela peut-être un signe. Les stigmates physiques, aussi, forcément. Par ailleurs, les dessins sombres peuvent inquiéter. Ces derniers ne sont pas systématiquement le signe d’une maltraitance, mais ils peuvent constituer un appel à l’aide. Au moindre doute, il convient d’appeler notre numéro (01 56 56 62 62) ou le 119.

Vous avez développé, en avril, un partenariat avec le jeu vidéo populaire Fortnite, pouvez-vous nous en dire plus ?

Cela a bien marché. Cela a été une belle aventure, pour une première mondiale. L’Enfant bleu a investi ce jeu populaire pour permettre aux jeunes d’alerter de manière discrète, étant donné que 80 % des maltraitances ont lieu dans la famille proche (et, pour le reste, à l’extérieur, à l’école, dans la rue…). On a créé un personnage au look spécifique, puis monté une opération de communication avec les gamers et autres influenceurs pour que les jeunes soient mis au courant, dans le plus grand secret. Il fallait éviter que ce partenariat soit diffusé dans les grands médias.

Cela s’est passé comment ?

Quand l’enfant choisit ledit personnage dans son équipe, cela envoyait une notification automatique aux bénévoles dont le mission est d’engager une discussion au sein du jeu. Il y a eu 1 200 ajouts du personnage en un mois, et cela a abouti, pour 30 % des cas, à une discussion à l’abri des regards des membres de la famille.

Cela continue ?

Le partenariat s’est arrêté à l’issue du confinement. Cela commençait à être médiatisé et cela n’avait plus la même portée. Mais on a décidé de lancer un groupe de travail afin de réfléchir à une solution pérenne, toujours pour favoriser la prise de contact avec les enfants victimes de maltraitance.

En agissant ensemble, on peut y arriver, ce n’est pas une fatalité

Une grande consultation sur le sujet a été lancée sur la plateforme Make.org, qu’en retenez-vous ?

C’est une bonne chose, on parle beaucoup des femmes, en oubliant souvent les enfants. De nombreuses associations se sont engagées dans cette initiative. L’idée : les citoyens font des propositions afin d’aider les enfants, et celles-ci sont soumises au vote populaire. La consultation a été prolongée jusqu’au 22 novembre. Pour le moment, plus de 45 000 personnes ont participé et 4 000 propositions ont été formulées, notamment sur le thème de la formation, de l’harmonisation de pratiques pour le repérage, ainsi que la prise en charge des enfants.

Est-ce que cette maltraitance est encore taboue ?

Oui, car cela concerne l’intime. Les cas de maltraitance, physiques et sexuelles, on ne veut pas les voir. C’est dur de penser à la souffrance de ces enfants…

Comment y remédier ?

Parler, car la sensibilisation est importante. Selon nous, il ne sert à rien de choquer avec des images terribles, mais il faut expliquer que chacun peut jouer un rôle. En agissant ensemble, on peut y arriver, ce n’est pas une fatalité. L’Enfant bleu fait de la prévention dans les écoles, dans le but d’aider les plus jeunes. On adapte les discours en fonction de l’âge. Aux enfants en maternelle on parle des droits des enfants, on leur apprend à identifier les personnes ressources ; on évoque l’intimité. On essaye de sensibiliser par des jeux. Certains petits ne se rendent pas compte de ce qu’ils vivent au quotidien, il faut leur expliquer que la violence ou l’inceste ne sont pas des actes normaux.

Et pour les plus âgés ?

Plus ils grandissent, plus on peut parler précisément de maltraitance (et de toutes ses variantes, physiques, psychologiques, sexuelles, et les négligences graves). On est accompagnés par des juristes, qui peuvent répondre aux questions précises.

Pour signaler tout abus, vous pouvez contacter le 119 ou L’Enfant bleu au 01 56 56 62 62, sur le site et les réseaux sociaux.


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