Hazerka : “Les parents peuvent détecter les signes de harcèlement scolaire”

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Crédit : Gabriel Lenoble

700 000 enfants sont victimes de harcèlement chaque année. Parmi eux, il y a eu Hazerka, qui a vécu un enfer pendant de longues années à l’école, en Picardie. Aujourd’hui auteur-compositeur, il raconte ce qu’il a subi dans un livre, Plus jamais seul (aux Arènes).

Pendant ses années barbares, durant lesquelles il se faisait souvent frapper, il a commencé à mettre des mots sur un blog sur ce qu’il avait « sur le cœur ». Aujourd’hui, Hazerka, son nom de scène, écrit des chansons et intervient dans les établissements scolaires pour témoigner et sensibiliser les plus jeunes. Il a lancé la plateforme Plus jamais seul (comme son autobiographie) pour aider élèves et parents à surmonter ce fléau. On l’a rencontré peu de temps après la sortie de son livre (Les Arènes).

Écrire a été une thérapie, un médicament

Pourquoi cette envie d’écrire sur ce qui vous est arrivé ?
Je le faisais déjà avec mes chansons, mais j’avais encore beaucoup de choses à raconter, des secrets que je voulais partager. Écrire a été une thérapie, un médicament. Comme je n’osais pas parler quand j’étais à l’école, cela me permettait de lâcher prise, de dire tout ce que j’avais sur le cœur, d’évacuer la colère et l’incompréhension. En réalité, j’en avais besoin. Écrire le livre m’a aidé, mais je voudrais également qu’il puisse aider toutes les personnes qui vivent une situation de harcèlement. Les jeunes et parents, qui ne trouvent pas de solutions contre ce fléau.

Dans votre situation, les enseignants n’ont parfois pas beaucoup réagi. Comment l’expliquez-vous ? Était-ce de l’impuissance, du désintérêt ?
Quand j’étais au collège, on parlait peu de harcèlement scolaire, c’était tabou et peu documenté. Néanmoins, mes ex-profs ont vu le calvaire que j’ai vécu. Et ils ont fermé les yeux. C’est malheureux.

Aujourd’hui, on en parle plus. Au-delà de l’enseignement de la matière, le prof, selon moi, doit veiller au bien-être de l’élève. Souvent, ça se passe devant eux. Et une petite sanction (un mot dans le carnet) ne suffit pas. Il faudrait aller plus loin, jusqu’à l’exclusion définitive pourquoi pas.

Lors de mes interventions, je vois de nombreux profs et des CPE bienveillants, mais aussi certains qui restent en recul. Ils ferment les yeux et semblent démunis. D’autres savent que c’est grave, que le harcèlement peut mener à une fin fatale, mais ils laissent traîner la chose. Et à un moment, quand il y a eu un drame, ils se disent qu’il faut qu’ils agissent.

Dans votre cas, vous avez « eu la paix » comme vous l’avez écrit dans le livre pendant deux ans scolaires, après un changement d’école : que s’est-il passé ?
Dans mon cas, en CE2, j’étais dans un quartier difficile, dans l’Oise, où il y avait de nombreuses cités défavorisées, et les fréquentations n’étaient pas les meilleures. Mais après on a déménagé à Chantilly, pour le collège, et j’étais persuadé que cela irait. C’est une ville princière. Mais j’ai tout de même vécu un calvaire.

Je préfère avancer, les mauvais souvenirs restent derrière

Dans votre livre, vous racontez avoir été en contact avec une autre fille harcelée, mais vous n’avez jamais échangé durant votre scolarité. 
Elle était très en avance, très intelligente, très littéraire. Elle lisait dans la cour, elle avait de très bonnes notes, mais on l’obligeait à faire les devoirs (sinon on lui tirait les cheveux). Cela a été un autre type de harcèlement. J’aurais bien aimé pouvoir la recontacter, car on a partagé la même cour de récréation, le parcours est identique. Mais je ne l’ai jamais retrouvée.

Vous avez recroisé les gamins qui vous tabassaient une fois votre carrière lancée. Vous racontez ne pas avoir eu envie de leur serrer la main. Pourquoi ont-ils fait comme si de rien n’était ?
Je suis mitigé. C’étaient des ados qui ne se rendaient pas compte qu’ils étaient harceleurs, car le sujet était méconnu. Ils ont dû voir ensuite que j’avais réussi, que je n’étais pas un bon à rien. Donc ils ont changé de comportement et ont voulu me saluer. J’ai refusé. Je préfère avancer, les mauvais souvenirs restent derrière.

Vous témoignez aussi dans les écoles. C’est important ?
Depuis quatre ans, j’interviens bénévolement dans des établissements scolaires, en France et à l’étranger (en Espagne, par exemple), je raconte mon histoire et aide les harcelés. Je sensibilise dans chaque classe, une heure à chaque fois. Le harcèlement, qu’est-ce que c’est ? Comment est-il puni ?

Les personnes harcelées ne parlent pas en principe, ils ont peur du jugement

Comment réagissent-ils ?
J’ai de nombreux messages le soir, des gens qui disent que cela leur a permis de réfléchir. Pendant mon intervention, ils sont à l’écoute, participent, veulent échanger.

Les personnes harcelées ne parlent pas en principe, ils ont peur du jugement, excepté une fois, à Beauvais. Les larmes aux yeux, une élève a pris la parole. Et elle a expliqué qu’elle subissait du harcèlement. Elle a été courageuse. Elle n’a pas cité de noms mais a raconté quelques anecdotes. On lui volait des affaires, on lui mettait des compas dans le sac pour qu’elle se mutile… Il y a eu un blanc dans la salle, on ne s’y attendait pas. Cela m’a remué, j’ai dit qu’elle méritait les applaudissements. Cela a servi de déclic. Tout le monde l’a aidée ensuite. Et elle va mieux aujourd’hui.

N’est-ce pas trop dur de raconter votre histoire à chaque fois ?
Ce n’est jamais facile de raconter mon histoire. À chaque sortie d’interview, j’ai le ventre noué. Mais je dois assumer ce rôle d’ambassadeur. Et c’est un travail sur moi-même.

Les enseignants, au-delà de l’enseignement de la matière, doivent veiller au bien-être de l’élève

Quand avez-vous compris qu’il fallait que vous aidiez les plus jeunes ?
Quand j’avais mon blog, je voyais les retours positifs. Et j’ai compris que là résidait mon combat. D’abord je me suis exprimé en musique. Mes clips ont été beaucoup vus. Plus de deux millions de personnes sur l’un de mes titres. Ensuite, l’idée du livre est arrivée. Une plateforme, du même nom que le livre, a été créée en même temps que la sortie de l’ouvrage, pour aider les jeunes et les parents, parfois démunis. C’est une boîte à outils.

Je veux continuer à soutenir, à aider tant que je peux le faire… Et je prévois un nouvel album en 2021, chez Warner, avec un titre sur deux sur le sujet du harcèlement. Et je souhaite que le livre soit traduit pour les malvoyants, qui peuvent aussi souffrir de ça.

Que dire aux parents dont les enfants sont victimes de harcèlement ?
Qu’ils peuvent détecter le harcèlement. Il y a des signes. Leur enfant trouve des excuses pour ne pas aller à l’école, il est « malade » souvent, par exemple. Puis, il va signer ses propres mots quand il ne trouvera plus d’excuses pour ses parents. Autre signe : les notes qui chutent… Le week-end, il va bien et, le dimanche soir, il a une boule aux ventres.

Comment lutter concrètement ?
Un élève harcelé à la récréation peut être attaqué, dans la cour, en dehors de l’école et aussi sur la toile. Il faut avoir des mots bienveillants. Rester zen, contrôler la situation, détecter les signes. Encore une fois, ce n’est pas que le travail des parents, les enseignants, au-delà de l’enseignement de la matière, doivent veiller au bien-être de l’élève.


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