“La crise sanitaire a fait basculer dans la pauvreté un million de Français”

Le personnel soignant face au covid
  •  
  •  
  •  
  •  

Dans un nouveau rapport, Oxfam analyse les politiques publiques visant à réduire les inégalités dans le monde. Verdict : la majorité des pays auraient pu mieux faire, et mieux gérer la crise sanitaire puis économique qui s’en est suivie. Qu’en est-il de la France ?

Selon l’ONG, la plupart des pays n’ont pas mis en place assez de politiques de lutte contre les inégalités, qui leur auraient permis de mieux lutter contre les conséquences de la crise sanitaire. Voilà la conclusion d’une vaste enquête, sortie en ce 8 octobre, dans laquelle l’ONG a évalué “l’engagement à réduire les inégalités” (ERI) de 158 États.

“Depuis plusieurs années, le modèle social français est sous pression”

Cet indice analyse les engagements politiques, mesure les politiques mises en place (pour comprendre qui en bénéficie concrètement) et leurs impacts sur les niveaux d’inégalités dans les pays. Ont été évalués, pour chaque État, trois gros “piliers” : d’abord les services publics (éducation, santé, couverture sociale), puis les volets “impôts” et “marché du travail” (protection des travailleurs, niveau du chômage).

Parmi les pays analysés, il y a la France. Elle se situe au 7e rang (sur 158). Comment expliquer ce classement ? Respect mag a interrogé Pauline Leclère, responsable de campagne Justice fiscale et inégalités, à Oxfam France.

Comment expliquer le niveau de la France dans le classement de l’ERI 2020 ?

La France est bien classée au niveau du pilier service public, en raison de l’héritage du modèle social français avec des filets de sécurité financés par l’impôt : droit à la santé, chômage, retraite par répartition, etc. Mais depuis plusieurs années, le modèle social français est sous pression, victime de coupes budgétaires dans les services publics, et à cause de réformes fiscales diminuant la contribution des plus aisés à l’effort commun. La crise a d’ailleurs montré que ces choix politiques ont un coût pour le pays, qui n’était pas totalement prêt à affronter les conséquences sanitaires et économiques de la crise : selon les associations caritatives, la crise sanitaire a fait basculer dans la pauvreté un million de Français.

A quoi sont dues ces coupes budgétaires ?

Elles sont dues à des recettes moins élevées, notamment sur les plus aisés : baisse des impôts sur les hauts contribuables (ISF en début de quinquennat, mais aussi à la fin des années 80, baisse des taux d’imposition supérieurs sur le revenu), et baisse du taux d’impôts sur les sociétés. En parallèle, la France fait de plus en plus appel à des impôts dit « régressifs » (qui pèsent proportionnellement plus sur les plus vulnérables) pour financer ses services publics : la TVA et la CSG, principalement. Ceci explique une mauvaise place de la France sur le pilier fiscalité (47e).

Et sur le volet du droit du travail, comment la France se positionne-t-elle ?

La France n’est pas dans le top 10, notamment à cause de sa législation sur le congé paternité : avec seulement 11 jours de congé paternité, la France figure parmi les plus mauvais élèves. Le président de la République a annoncé l’allongement à 28 jours. Si ce premier pas est le bienvenu, il reste encore insuffisant pour parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes: l’Espagne a un congé paternité de 12 semaines, la Finlande est à 9 semaines et veut l’allonger à 7 mois, à partage à égal entre les deux parents.


  •  
  •  
  •  
  •  
Plus d´articles de Philippe Lesaffre

Un guide pour rompre l’isolement

    Thibaut de Martimprey, consultant de 28 ans au sein de l’entreprise de...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.