Vers un congé paternité de 9 semaines en France ?

Crédit : Kelly Sikkema, unsplash

Un rapport remis au gouvernement, mardi 8 septembre, par une commission d’experts présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, préconise d’allonger le congé paternité de 11 jours actuellement à 9 semaines, et de mieux accompagner les jeunes parents.

En février 2020, plus de 300 entreprises ont signé le Parental Act et se sont engagées à proposer à leurs salariés un congé deuxième parent de quatre semaines rémunéré à 100 %. Une initiative issue du monde de l’entreprise qui pourrait bien être reprise par l’État. Les experts sont formels : un congé paternité allongé est profitable à l’enfant. Plus largement, dans le rapport remis récemment au gouvernement, l’accompagnement à la parentalité, une meilleure prise en charge de la dépression post-partum qui touche 10 à 20 % des jeunes mères, sont identifiés comme des priorités.

Le sujet occupe l’espace médiatique, et c’est une avancée pour Patrice Bonfy, créateur du média Paternel, qui s’adresse à cette nouvelle génération de pères désireux d’être plus présents auprès de leurs bébés. « Il y a de nombreux hommes qui souhaitent, non pas seulement juste soutenir leurs compagnes, mais s’engager au point de prendre le relais, en restant seuls avec leurs bébés », explique ce papa de deux garçons de 3 et 5 ans. « La proposition d’un congé paternité de 9 semaines, flexible, laisse la possibilité aux pères de passer du temps seuls avec leurs enfants quand la mère retourne au travail. Et cela permet de comprendre ce que signifie la charge mentale : s’occuper de l’enfant, des courses, du quotidien. Cela nous permet d’avoir des relations plus équilibrées avec nos compagnes. »

La parentalité, un vecteur de l’égalité homme-femme

Dans une tribune publiée dans le quotidien Le monde, en juin 2019, la réforme du congé paternité( né en 2002 ) était présentée comme « une absolue nécessité » par de nombreux militants de l’égalité entre les sexes. Si 7 pères sur 10 utilisent cet acquis social, les inégalités demeurent à l’arrivée d’un enfant au sein du couple. En 2019, le rapport Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge a rappelé que, dans les couples hétérosexuels, les femmes prenaient en charge les deux tiers du temps parental et des tâches domestiques.

Depuis 2018, la militante féministe Rebecca Amsallem, fondatrice des Glorieuses, demande au gouvernement de légiférer en faveur d’un congé paternité équivalent au congé maternité : « Seule une loi peut créer les conditions d’une parentalité à égalité, en rendant ce congé obligatoire et de même durée pour les deux parents, qu’ils soient indépendants ou salariés. Le mécanisme de discrimination envers les femmes au travail sera maintenu, tant que les congés ne seront pas de durée exactement égale pour les deux parents. »

Des pères de plus en plus demandeurs

En 2018, une étude menée par l’Observatoire de la responsabilité sociale des entreprises, sur un échantillon de 2 000 hommes, a indiqué que plus de 85 % des interrogés souhaitaient que le congé paternité soit rallongé. Un congé paternité d’un mois a même été préconisé par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) la même année. Un an plus tard, en 2019, Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, avait laissé entendre que le gouvernement était favorable à un congé paternité plus long. Jusqu’où ira le gouvernement ? Des annonces sont attendues « d’ici la fin du mois », selon le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, favorable à un allongement à quatre semaines du congé paternité.

La France à la traîne en Europe

Si la position de la France n’a pas évolué depuis 2002, année de la création du congé paternité de 11 jours, nos voisins européens ont déjà bien avancé sur le sujet. En Espagne, par exemple, le deuxième parent du couple peut bénéficier de huit semaines de congé ( à prendre de manière segmentée ) depuis le 1er avril 2019 et en 2021, cette durée sera même allongée à 16 semaines, comme le congé maternité. En Suède, les deux parents disposent déjà de 480 jours chacun, alors qu’en Islande les parents peuvent se partager 90 jours de congés, à la naissance d’un bébé. En Allemagne, un congé parental de 14 mois peut être partagé entre les parents. Ils perçoivent tous les deux 65 % de leur salaire. Enfin, en Norvège, l’un des pays pionniers en matière d’égalité de congé parental, 48 semaines de congés sont à partager pour les deux parents ; 10 semaines sont réservées au père, 10 semaines à la mère, et les 28 semaines restantes se partagent entre les deux parents. L’État indemnise les congés, à 100% du salaire.


écrit par
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