Pourquoi le sexisme est surtout une affaire d’hommes

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Dans son dernier livre intitulé Sexisme ordinaire, une affaire d’hommes ?, la militante féministe et autrice Valérie Rey-Robert analyse comment la virilité produit du sexisme et de la violence envers les femmes. Elle nous invite à nous questionner sur la socialisation des garçons et des filles, sur la masculinité, la violence et sur les stéréotypes de genre.

Crédit photo : Yann Levy-Hans Lucas

Pourquoi le sexisme est-il selon vous une affaire d’hommes ?

Le sexisme regroupe à la fois des croyances et des comportements. Il repose sur l’idée que les femmes sont inférieures aux hommes. Il me semblerait logique que ce soit les hommes qui prennent en charge la lutte contre le sexisme, puisque ce sont eux qui en sont majoritairement les auteurs. Ce n’est cependant pas le cas, car il est encore très difficile pour eux d’accepter d’être identifié à un masculin dominateur, privilégié et potentiellement violent. C’est pourtant une réalité, les hommes sont majoritairement plus violents que les femmes. En France, chaque année, 580 000 femmes subiraient au moins une agression sexuelle (en comptant les viols et tentatives de viol). Il y a donc un viol de femme toutes les sept minutes en France. Et 98 % des violeurs sont des hommes.

Vous expliquez que la virilité est la cause des violences envers les femmes…

Il y a différents types de masculinité à travers le monde, ce qui démontre bien qu’on ne naît pas homme mais qu’on le devient. Il y a cependant une seule façon d’être viril. Les attributs de la virilité ont évolué à travers les âges, de la force physique à l’héroïsme du chevalier, en passant par la domination des autres hommes et la performance sexuelle. Un homme viril est d’abord un “vrai homme”, ce qui exclut d’office les hommes homosexuels. Il est intéressant de constater que l’homme viril n’a qu’une peur : être associé au féminin. Eric Zemmour est d’ailleurs le premier à décrier la “féminisation” de la société. Plus largement le féminin est dès le plus jeune âge dévalorisé et associé à la sensiblerie, à la faiblesse. Quand les petites filles sont valorisées pour leur réussite, elles sont des garçons manqués, et quand les garçons pleurent, ce sont des filles. Ces considérations de genre enferment les hommes et les femmes dans des schémas, en les définissant selon des représentations sociales liées à leur genre.

Selon une étude, 80 % des hommes se sentent mal à l’aise lorsque d’autres hommes font des remarques sexistes sur les femmes mais ils n’osent rien dire car ils pensent être les seuls à le penser.

La pression de la virilité est très forte entre les hommes et conditionnent certains de leurs comportements...

La virilité produit du sexisme. Elle enseigne que la solidarité masculine sera toujours supérieure au fait de soutenir une femme victime de sexisme. C’est ce que je j’explique dans mon livre. Une étude a d’ailleurs montré que 80 % des hommes se sentent mal à l’aise lorsque d’autres hommes font des remarques sexistes sur les femmes mais qu’ils n’osent rien dire car ils pensent être les seuls à le penser.

Pourtant, de nombreux jeunes hommes se posent des questions et refusent ce masculin dénué d’empathie…

Oui, et c’est très bien, mais cette remise en question est difficile pour une large majorité , car qu’ils en aient conscience ou pas, les hommes bénéficient de privilèges liés à leur genre auxquels ils ne sont pas prêts de renoncer. Les femmes sont encore majoritaires à assumer la charge mentale des tâches domestiques, de l’éducation des enfants, du bien-être de la famille et de l’harmonie du couple. Pourquoi l’homme, dans ce contexte, aurait-il envie d’en faire davantage, et d’assumer à part égale avec sa compagne ces responsabilités ? Si certains hommes sont prêts à s’offusquer de “l’agressivité” de militantes féministes, pourquoi ne s’énervent-ils pas avec la même force contre les violences commises à l’encontre des femmes ?

Quelle sont les solutions pour sortir de la”guerre des sexes”?

Il n’y a pas de guerre des sexes, à mon sens, car si il y a une guerre, elle est, selon moi, dirigée contre les femmes qui meurent sous les coups des hommes. Les hommes violents le sont parce qu’il se sentent autorisés à l’être. Pour l’instant, aucun programme de prise en charge des hommes violents en France n’a empêché totalement la récidive. Et si nous allions voir ce qui est fait dans d’autres pays ? Et si des moyens plus importants étaient mis sur la table pour traiter les causes de cette violence faite aux femmes ? Des budgets devraient être dégagés pour éduquer à l’égalité et à l’empathie dès l’école et ce n’est pas le cas ! La politique du court terme ne peut pas répondre aux enjeux de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Quelle est la priorité, selon vous, pour créer des relations hommes-femmes plus équilibrées ?

Donner aux femmes la possibilité d’avoir de l’impact sur le monde en les encourageant à accéder à des postes à responsabilité dans la sphère politique, économique et sociale. Il est temps de mettre fin à la virilité,
il est temps de prendre conscience, individuellement et collectivement, que le sexisme et les violences qu’il engendre sont l’affaire de ceux qui les créent et non de celles qui les subissent. Ce n’est pas aux femmes d’éduquer les hommes mais bien aux hommes d’enseigner aux hommes de nouvelles valeurs masculines qui ne soient pas basées sur la domination et la violence.

A lire : Sexisme ordinaire, une affaires d’hommes, de Valérie Rey-Robert Editions Libertalia, 18 euros.


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