Sandra Coutoux : “C’est bien dans notre sensibilité que réside notre humanité”


Sandra Coutoux, journaliste pour MOUVEMENT UP et Respect mag, sort son premier livre, Journal d’une femme-papillon (chez BoD-Books on demand) en cette période de déconfinement. On lui a demandé de nous présenter sa démarche, et l’ouvrage rédigé ces derniers mois.

Que peut-on lire dans ce Journal d’une femme-papillon ?

C’est un récit conçu sous forme de journal intime abordant plusieurs thématiques, l’amour, la solitude urbaine, la féminité, la vie des émotions, les deuils nécessaires, les miracles ordinaires. Je l’ai écrit ces derniers mois, cela s’est fait petit à petit. Il s’agit de petits textes, des chroniques du quotidien. C’est aussi le regard d’une femme sur le monde qui l’entoure et sur les résonances de ce monde extérieur avec son propre monde intérieur.


Quels sont les messages que tu as voulu faire passer ?

J’ai souhaité examiner le monde intérieur en profondeur, les émotions et les sentiments, et ce, au travers du quotidien. J’ai souhaité aussi redonner sa juste place à une forme de vulnérabilité, alors que notre société valorise le culte de la performance et de la perfection, notamment sur les réseaux sociaux, où l’on veut se montrer sous le meilleur angle possible. On vit, en réalité, dans une société où nous sommes conditionnés à porter des masques. Elle nous a appris qu’exprimer nos émotions et nos vulnérabilités étaient un signe de faiblesse, or, je crois que c’est bien dans notre sensibilité que réside notre humanité. Peu de personnes osent partager ce qu’elles ressentent vraiment, surtout quand elles sont en position de vulnérabilité. Il y a une injonction très forte qui semble dire : “Sois fort et tais-toi ! Tu encaisses et tu ne dis rien.” Je préfère l’alternative suivante : “Sois vulnérable et exprime-toi.” C’est la clé de relations plus authentiques. Sortir du paraître pour aller vers l’être.

Reconnaître sa vulnérabilité, c’est aussi une manière de se reconnecter à l’empathie, c’est-à-dire à la capacité de pouvoir se mettre à la place de l’autre

Pourquoi est-il nécessaire de redonner de la valeur à la vulnérabilité ?

Dans ce contexte de crise globale, sociale et écologique, la vulnérabilité, c’est d’abord reconnaître ses limites. Sortir de cette illusion de toute-puissance qui a conduit l’humanité à détruire la planète. Reconnaître sa vulnérabilité, c’est aussi une manière de se reconnecter à l’empathie, c’est-à-dire à la capacité de pouvoir se mettre à la place de l’autre. Or, si on n’est pas capable de savoir ce que l’on ressent, comment peut-on être ouvert à ce que les autres ressentent ? Plein de choses nous divisent, mais qu’est-ce qui nous relie ? Malgré nos différences nous ressentons tous de la colère, de la tristesse, de la joie, de l’angoisse, de l’émerveillement. Peut-être pas pour les mêmes raisons, mais il y a dans cette capacité à ressentir et à partager nos émotions, la capacité à se relier. Et c’est de ce lien dont nous avons, je crois, énormément besoin de nos jours, alors que le sentiment d’isolement touche de plus en plus de personnes. Si certains de mes textes peuvent résonner en ceux et celles qui me liront, alors j’aurai réussi à créer ce lien. Nous avons besoin de nous sentir appartenir à la famille humaine, et j’espère que le Journal d’une femme-papillon y contribuera.

Quels sont tes projets après ce livre ?

Je souhaite créer des ateliers d’écriture pour inviter les personnes en situation de vulnérabilité à reprendre confiance en elles. J’aimerais proposer ces ateliers à des femmes en situation de précarité, par exemple, dans un premier temps. L’idée est de mettre cela en place à la rentrée, en partenariat avec des associations. Les mots sont souvent guérisseurs lorsqu’on ose les libérer. De nombreuses personnes estiment que ce qu’elles ont à dire n’ont pas de valeur, car ce n’est “pas parfait”. La peur du jugement empêche souvent la créativité de s’exprimer. Dans ces ateliers d’écriture que je souhaite créer, l’objectif recherché ne sera pas la perfection, mais bien l’authenticité. Écrire en toute liberté, dans un contexte bienveillant, peut être une expérience transformatrice. Il me semble important de créer un espace pour libérer ces mots qui ont besoin d’être reconnus.

Pour commander le Journal d’une femme-papillon c’est ici


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