Couple : que veulent vraiment les hommes ?

Aurélie Levy , écrivain

Dans le 21ème Homme, Aurélie Levy, explore la masculinité à travers le témoignage d’hommes de générations différentes. Ils y dévoilent leurs contradictions, leurs failles, leurs désirs au sein du couple et le rapport qu’ils entretiennent avec les femmes, à l’ère de #meetoo. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller à la rencontre d’hommes âgés de 35 à 55 ans pour recueillir leur parole ?

J’avais de plus en plus d’amies divorcées, la quarantaine, qui se demandaient : “Mais ils veulent quoi au juste les hommes ?” C’est un peu pour répondre à cette question que je me suis lancée en territoire masculin, pour les écouter sans jugement dans le but de les comprendre. On a beaucoup parlé de masculinité toxique ces dernières années, mais ces hommes abusifs ne représentent heureusement pas une majorité silencieuse qui aime les femmes, les soutienne et souhaite avoir des rapports harmonieux avec elles. J’ai rencontré des hommes de statuts différents, riches, pauvres, en couple ou célibataire, avec le désir de créer une relation authentique ou l’envie de papillonner. Ils ont joué le jeu et, pour certains, se sont dévoilés de manière très intime. Cela m’a fait entrevoir non pas “une masculinité” mais “des masculinités”.

Qu’avez-vous découvert à travers ces entretiens ?

Ce qui est souvent revenu, dans leurs mots, c’est cette nécessité “d’assurer”, économiquement, socialement, ou sexuellement, si on veut être un homme. Ils se mettent beaucoup de pression pour correspondre à l’idée que la société se fait ” des hommes “. La notion de responsabilité est revenue souvent, quelle que soit la génération. Alors que pour la société, la fonction procréatrice de la femme fait partie intégrante de sa “féminité”, la “masculinité” semble être encore largement définie par la capacité à assurer la sécurité du foyer. La masculinité c’est aussi, pour eux, synonyme d’action. Ce qui m’a frappée, c’est à quel point ce rôle défini par la société peut aussi leur peser. Certains ont une difficulté à exprimer leurs émotions, et à s’exprimer tout court. Certains hommes n’ont pas encore réussi à trouver les mots pour partager leur vulnérabilité. Il y a toujours cette idée bien ancrée qu’un homme ne pleure pas. Et cela peut faire des dégâts.

Que révèlent-ils de leur rapport à la sexualité ?

On dit souvent que la sexualité des femmes est plus complexe que celles des hommes. “La femme a du mal à jouir et l’homme jouit à chaque rapport“, voilà un exemple d’idées reçues qui continuent de circuler. La sexualité des hommes est complexe également. En écoutant les hommes en parler, j’ai découvert des hommes vulnérables, démunis face à des problèmes d’éjaculation précoce pour certains, ou d’absence de désir de leur femme pour d’autres. Des sujets dont ils ont beaucoup de mal à parler, même entre hommes, et encore davantage avec leurs compagnes. Je me suis rendue compte que les hommes aussi ont besoin d’être rassurés.

En quoi ces témoignages vous ont éclairée sur les relations hommes-femmes aujourd’hui en 2020 ?

D’abord, le sentiment de solitude moderne qui se propage dans la société n’épargne pas les hommes. Ils sont nombreux à avoir envie d’être en couple et de fonder un foyer. L’émancipation des femmes les a aussi d’une certaine manière émancipés. Ils cherchent à s’impliquer davantage que leur père dans la paternité. Il y a malgré tout une grande incompréhension qui demeure. Les femmes se plaignent du manque d’engagement des hommes, les hommes se sentent mal aimés. Nos difficultés relationnelles témoignent de nos fragilités, de l’influence aussi du couple parental qui conditionne fortement notre capacité à créer un lien affectif équilibré. J’ai l’impression que l’enjeu de notre époque est la communication entre nous. Hommes ou femmes, nous cherchons tous à aimer et être aimés. Comment réussir à le faire dans la bienveillance, le respect et l’authenticité, c’est un peu le défi actuel.

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers ce livre ?

Il n’y a pas une vérité mais des vérités. J’espère que ces témoignages vont aider les hommes à s’autoriser la vulnérabilité et à retirer l’armure dans laquelle on les a enfermés. J’espère aussi que les femmes vont mieux comprendre ce qui se passe vraiment quand le couple les déçoit.

Le couple, idéalisé comme l’espace de l’accomplissement sexuel, affectif, économique et parental, étouffe les individus, car les attentes sont immenses. On devrait pouvoir se reposer sur des ressources à l’extérieur du couple pour éviter l’étouffement et se régénérer. La société est en pleine mutation, et les jeunes générations qui arrivent sont en train d’intégrer de nouveaux modèles féminins et masculins. Je souhaite qu’à l’avenir, les hommes et les femmes arrivent à créer des relations authentiques au-delà des conditionnements.

A lire : Le 21ème homme, d’Aurélie Lévy. Editions Anne Carrière.


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