“Il est temps de réenchanter la sexualité”

Maïa Mazaurette © Michael Hull Photo

A LIRE – Dans son dernier essai, Sortir du trou et échapper à notre vision étriquée du sexe, Maïa Mazaurette, autrice et chroniqueuse experte des questions de sexualité pour Le Monde, nous propose de recréer un imaginaire érotique autour de pratiques où le plaisir ne ferait pas mal.

La douleur n’est pas nécessaire

De la douleur, il en est question dans le livre de Maïa Mazaurette, qui constate qu’elle vient trop souvent pimenter une vie sexuelle jugée un peu ennuyeuse. Elle s’interroge sur la violence banalisée, décomplexée et les messages paradoxaux envoyés. “Comment humilier sa copine en trente leçons, mais dans le respect. Comment exprimer sa joie par la punition. Comment frapper pour faire du bien“, écrit-elle. L’autrice s’interroge sur les conséquences d’un imaginaire qui a fait du sexe féminin un trou. Un trou qu’il faudrait combler par tous les moyens. Le sexe peut faire mal, mais toujours un peu plus aux femmes qu’aux hommes. Selon une enquête britannique réalisée auprès de femmes âgées de 16 à 74 ans en 2019, 73 % des femmes ont déclaré expérimenter ou avoir expérimenté de la douleur pendant les rapports sexuels. Seulement 54 % des hommes interrogés ont déclaré avoir remarqué la douleur de leur partenaire.

Réinventer la sexualité ?

En moyenne, selon le British Medical Journal, les femmes se désintéressent du sexe au bout d’un an de relation. L’autrice explore les causes du “mauvais sexe”, qui conduit les femmes, au mieux à l’absence d’orgasme, au pire à la douleur. Un “mauvais sexe”, qui condamne les hommes à la paresse, comme s’ils n’avaient pas à susciter le désir. Nombreux sont ceux qui se sentent encore en terre inconnue, en dehors de la pénétration. “Il faut accepter de renoncer (parfois) à une éjaculation nulle, obtenue en deux minutes, pour obtenir un orgasme partagé plus puissant en vingt minutes ou deux heures“, suggère l’autrice. Elle observe que les stéréotypes de la maman ou de la putain continuent de verrouiller les esprits conduisant les hommes à endosser les rôles des frustrés ou des bourreaux. La pornographie sensée pimenter la sexualité semble tourner autour de pratiques violentes : insultes, bondage, gifles…Comme si pour pousser les limites et atteindre le nirvana, il n’y avait qu’une seule voie, toujours agressive et basée sur la domination.

” Pourquoi n’a-t-on pas inventé des sexualités alternatives agréables ? de la subversion joyeuse ? ”

Quantité ou qualité ? C’est l’autre débat qui est posé dans ce livre. A-t-on besoin d’utiliser des corps différents pour explorer le plaisir ou est-il possible d’être créatif en explorant un corps dans toutes ses dimensions sensorielles et émotionnelles ? Et si la sexualité était l’endroit de la vulnérabilité plutôt que le lieu du contrôle ? Comment ré-érotiser les hommes dans une société ou le corps des femmes est partout ? Autant de questions qui n’ont peut-être pas été assez posées. Si Mai 68 a libéré les femmes des angoisses d’une grossesse non désirée grâce à la contraception, aucune révolution sexuelle n’a eu lieu: “Nous mettons juste des pénis dans plus de vagins, d’anus et de bouches”, ironise l’autrice, qui veut faire le pari d’une sexualité vécue comme un art, libéré des stéréotypes de genre et enrichie d’une intelligence sensorielle. Un nouveau monde érotique est peut-être a inventer ! Cela vaut la peine d’essayer.

Sortir du trou et échapper à notre vision étriquée du sexe / Lever la tête et inventer un nouveau répertoire érotique, de Maïa Mazaurette, 21 euros – Éditions Anne Carrière.


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