PARLER : l’association qui libère la voix des victimes de violences sexuelles

Violences faites aux femmes

DANS L’ACTU – Le procès du producteur Harvey Weinstein, accusé de viols et d’agressions sexuelles, s’est ouvert début janvier à New-York. Trois ans après le mouvement #MeeToo qui a libéré la parole des femmes à Hollywood, où en est-on en France ? Quelques éléments de réponse avec l’économiste Sandrine Rousseau. Elle a fondé l’association PARLER, pour soutenir les victimes de violences sexuelles, après avoir révélé l’affaire Baupin.

Sandrine Rousseau, économiste, enseignante-chercheuse a l’université Lille-I et femme politique française, porte-parole (2013-2016) puis secrétaire nationale adjointe (depuis 2016) du parti Europe Écologie – Les Verts

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer l’association PARLER ?

Le parcours de la parole pour une victime de viol ou d’agression sexuelle est incroyablement difficile. C’est une révolution personnelle qui impacte la sphère professionnelle et personnelle. Je suis passée par là après avoir dénoncé l’agression dont j’ai été victime de la part de Denis Baupin, alors que je venais d’arriver au sein du parti Europe-Ecologie-Les Verts. En osant en parler, j’ai découvert que je n’étais pas la seule femme dans ce cas. Échanger avec les autres victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle a participé à ma reconstruction. En 2018, j’ai créé l’association PARLER pour permettre aux femmes de se soutenir au sein de groupes de paroles. Il en existe aujourd’hui dans 9 villes en France, de Paris, à Lyon, en passant par Bordeaux ou encore Bayonne, entre autres. Depuis la création de l’association, 2 000 femmes, mais aussi des hommes victimes de violences sexuelles, ont participé à ces groupes de libération de la parole.

Quel est l’objectif de ces espaces de parole ?

Une victime de viol ou d’agression sexuelle raconte son histoire de multiples fois face à de nombreux professionnels : des policiers, des avocats, des médecins, des psychologues. Il y a peu d’espace ou les victimes peuvent simplement partager leur parole librement, sans se sentir jugé ou infantilisé. J’ai constaté que mettre des mots sur ce vécu traumatique au sein d’un groupe permet de se libérer d’un poids. Les victimes peuvent alors se remettre en mouvement. Certaines femmes on changé de travail, déménagé, ou entamé des démarches judiciaires après avoir participé aux groupes de parole.

Depuis #MeeToo, la parole des victimes est-elle mieux entendue ?

Des policiers commencent à être formés, mais il reste encore beaucoup à faire. #MeeToo a enclenché une prise de conscience collective sur les agressions sexuelles. De nombreuses femmes pensent malgré tout encore que poursuivre leur agresseur ne sert à rien, car c’est un parcours long et coûteux. Seules 10 à 20 % des femmes victimes déposent plainte en France. Il y a encore trop peu de condamnations. Aux États-Unis, lors du procès Weinstein seuls les cas de deux plaignantes vont être examinés, alors que plus de 90 femmes ont témoigné du comportement de prédateur sexuel de ce célèbre producteur.

Que faut-il faire pour aller plus loin ?

Actuellement, le droit indique que “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol”. Il y a des cas où la contrainte ou la menace n’est pas caractérisée et, pourtant, ce qui se passe pour la victime, c’est un viol. La loi doit évoluer en intégrant la notion de consentement. Il est important que les hommes prennent eux aussi la parole et se désolidarisent d’une sexualité masculine agressive et participent aux côtés des femmes à la création de relations plus égalitaires et plus harmonieuses.

Sandrine Rousseau est également l’auteure de Parler, violences sexuelles : pour en finir avec la loi du silence, publié aux éditions Flammarion, en format poche en novembre 2019.


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