Un atelier d’écriture féministe pour libérer ses mots


CULTURE – Une fois par mois à Paris, le collectif Langue de lutte propose un atelier d’écriture créatif et féministe non mixte, ouvert à toutes les femmes et personnes queer, trans et/ou non binaires. Un espace bienveillant pour reprendre le pouvoir sur ses mots. Rencontre avec Alexia Bernard, cofondatrice de cet atelier de libération de la parole des femmes et des minorités de genre.

Respect mag – Comment est né l’idée de cet atelier ?

Alexia Bernard : Je participais déjà à des ateliers d’écriture, mais je ne trouvais pas vraiment d’espace où je me sentais suffisamment en confiance pour m’exprimer librement. C’était parfois trop élitiste, intimidant. J’ai assisté à un atelier d’écriture animée par l’autrice Chloé Delaume, qui a écrit Les Sorcières de la République, une dystopie qui lève le voile sur les femmes et les rapports de domination. J’ai aimé cette expérience d’écriture dans cet espace-là sur des sujets liés au féminisme. C’est là que j’ai fait la connaissance de Marianne. Ensemble, nous avons décider de créer le collectif Langue de lutte pour proposer, à notre tour, des ateliers d’écriture.

Le prochain aura lieu le mercredi 25 septembre entre 14 h et 16 h à la Mutinerie, un bar féministe situé 176 -178 rue Saint-Martin dans le 3e arrondissement de Paris. L’atelier est proposé à prix libre. Nous en organisons un par mois à Paris. C’est une manière pour nous de contribuer au combat féministe qui passe aussi par la libération de la parole des femmes trop longtemps étouffée par des siècles de domination patriarcale. De nombreuses femmes ne se sentent pas légitimes parce qu’elles portent en elle des siècles de conditionnement. Cela doit changer.

On peut toutes être autrices, il suffit de reprendre la légitimité du mot.

Comment se déroule cet atelier ?

Les mots ont du pouvoir. Nous aussi. Nous offrons aux femmes des sources d’inspiration, mais l’accent est mis sur la liberté de création. Nous nous inspirons de textes du passé et du présent écrits par des autrices que nous aimons : Chloé Delaume, Virginie Despentes, Wendy Delorme, Virginia Woolf, par exemple. En écho à des citations, nous proposons des exercices d’écriture libre. L’objectif n’est pas forcément de débattre mais plutôt de s’écouter. Les participantes sont invitées à libérer leurs mots et elles peuvent le faire dans un espace où il n’y a aucun jugement. Chacune est libre de partager son texte avec les autres.

Parfois, nous abordons des sujets comme la sexualité, le corps, les rapports de domination, l’égalité. C’est l’occasion pour les femmes de mettre des mots sur des expériences intimes. Le fait d’être ensemble dans cet espace de sororité, permet aussi de sortir de l’invisibilité et de la solitude.

Quel effet cet espace de liberté d’écriture produit-il sur les femmes ?

Je crois que cet atelier à un effet thérapeutique, car c’est un cadre de partage collectif assez rare finalement de nos jours. Pour moi, être féministe, c’est défendre l’égalité ; or les femmes ont été longtemps oppressées par le système patriarcal et continuent à l’être parfois au travail, à la maison, dans la rue. Les femmes hésitent encore à prendre la parole. Ici, elles n’ont pas besoin de se justifier de ce qu’elles vivent. Elles sont libres et se libèrent par la même occasion. On peut toutes être autrices, il suffit de reprendre la légitimité du mot.

A lire aussi : Comment répondre aux injonctions sexistes du quotidien ?


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