Femmes de sciences : Illustres oubliées


Biologistes, physiciennes, chimistes, ingénieures… Nombreuses sont les femmes impliquées dans la plupart des grandes découvertes scientifiques de notre histoire. Pourtant, ces femmes sont pendant longtemps restées dans l’ombre de leurs confrères masculins, une tendance toujours d’actualité.

Le 10 avril 2019, c’est non sans émotion que les scientifiques de la collaboration Event Horizon Télescope dévoilaient la première photo d’un trou noir. Véritable prouesse technique. La photographie fait rapidement le tour des médias. Parmi l’équipe de 200 scientifiques en charge de l’opération, une jeune femme, Katie Bouman attire rapidement l’attention, jusqu’à devenir le visage médiatique du groupe de recherche. 

Mais alors que Bouman était représentée dans les médias comme un modèle de réussite féminine dans le milieu très masculin de la recherche scientifique, très vite celle-ci s’attira les foudres de dizaines d’internautes. Ses détracteurs, probablement dérangés de voir une femme au premier plan d’une telle avancée scientifique, firent leur possible pour dévaloriser la jeune femme. À coups de commentaires, de memes et de vidéos, tous les moyens ont été mis en place pour dénoncer — à tort — la “fraude” Bouman : une femme qui s’accapare tout le mérite de ses collègues hommes… 

Femmes et hommes, égaux dans les sciences ?

Cette triste affaire n’est malheureusement que la continuité de ce qu’on pu subir des dizaines de femmes de sciences au cours de leur carrière. Selon l’UNESCO, les femmes représentent moins de 30 % des chercheurs dans le monde. De plus, de nombreuses études ont révélé que les femmes dans les domaines comme les mathématiques, l’ingénierie et les sciences sont moins payées pour leurs travaux de recherche que les hommes. Elles publient également moins et leur carrière ne progresse pas aussi rapidement que celles de leurs homologues masculins.

Marie Curie et sa fille, Irène

Si de nombreuses femmes scientifiques se sont pourtant illustrées au fil de l’histoire, à l’instar de Marie Curie, physicienne et chimiste de génie, titulaire de deux prix Nobel, beaucoup également sont restées dans l’ombre, voir ont été oubliées par l’Histoire. Et ce, à toutes les époques.

Très probablement la plus ancienne de ces scientifiques, Peseshet est considérée comme la première femme médecin au monde. Cette femme égyptienne, qui aurait vécu en -2 700, était désignée comme la “superviseure des doctoresses”. Pour les scientifiques, il ne fait aucun doute que les femmes de sciences occupaient déjà une place de choix dans l’Égypte antique. 



Malheureusement, cette place ne restera pas et, bien vite, les femmes auront du mal à faire entendre leurs idées au milieu des cercles scientifiques très masculins. Pire, nombreuses, se feront voler leurs recherches par des hommes, sans jamais en récolter les fruits. 

Des scientifiques volées

Nettie Maria Stevens
The Incubator (courtesy of Carnegie Institution of Washington) // Wikimedia Commons

Ce fut ce qui arriva à Nettie Maria Stevens, une généticienne américaine née en 1861. En 1905, elle découvre le rôle des chromosomes X et Y et, par la même occasion, la manière dont le sexe d’un enfant est déterminé. Mais cette découverte reste sous silence car contradictoire avec la pensée en vigueur à l’époque. En 1933, Thomas Hunt Morgan, son directeur de Thèse, reçoit le prix Nobel de médecine pour cette découverte génétique, 21 ans après la mort de Nettie Maria Stevens. 

La biologiste moléculaire Rosalind Franklin fut de son côté à l’origine de la découverte de la structure de l’ADN grâce à la radiographie aux rayons X. Sa découverte lui fut pourtant volée par deux hommes, James Dewey Watson et Francis Crick qui se procureront les clichés de ses recherches. Ils publieront lesdits clichés dans la revue Nature, sans créditer la jeune scientifique. Cette “découverte” leur vaudra le prix Nobel de médecine en 1962. 


Autre femme spoliée de ses travaux, Lise Meitner a découvert en 1938 la fission nucléaire, un processus qui sera pourtant attribué pendant de nombreuses années à deux hommes : Otto Hahn et Fritz Strassmann, ses associés. En 1923, déjà, elle découvre la transition non-radiative qui sera nommée “Effet Auger”, du nom de l’homme qui fera la même découverte, deux ans plus tard… 

Lise Meitner meurt en 1968 et recevra malgré tout de nombreux hommages post mortem : deux cratères (un sur la Lune et un sur Venus) sont nommés en son honneur et  un élément chimique est nommé en 1997 meitnerium en sa mémoire.

Une reconnaissance tardive

Comme Lise Meitner, d’autres femmes scientifiques ne sont sorties de l’ombre qu’après leur mort, Ada Lovelace notamment, fut en 1940 l’auteure du premier code informatique de l’Histoire. Ses travaux furent exhumés avec la popularisation de l’informatique, depuis de nombreux hommages lui ont été faits : un langage de programmation porte son prénom et on peut voir son portrait sur les hologrammes d’identification des produits Microsoft.

Ada Lovelace

La mise en lumière des femmes scientifique, c’est également fait à travers l’industrie du divertissement, ce fut le cas pour Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, trois calculatrices afro-américaines ayant grandement contribué au développement de la NASA, en calculant entre autres les trajectoires de la mission Apollo 11. Ces trois femmes d’exception furent à l’honneur dans le livre Hidden Figures de Margot Lee Shetterly puis dans un film du même nom (Les figures de l’ombre en français), sorti en 2016. 

Mais mêmes si ces femmes d’exception sont de plus en plus médiatisées, le milieu reste difficile pour la gent féminine. Les femmes sont sous représentées et comme l’illustre la mésaventure de Katie Bauman, nombreux sont ceux qui refusent que des femmes scientifiques soient mises en avant. Pour combattre cette situation, plusieurs associations se sont développées. 


“Notre association fut créée en 2000, à la suite d’une diminution de l’intérêt pour les études scientifiques dans les pays occidentaux en général et chez les filles en particulier”, explique Sylvaine Turck-Chièze, astrophysicienne française et présidente honoraire de l’association Femmes & Sciences. Cette dernière commence à observer une évolution de la situation. “La France et bien d’autres pays ont pris conscience de la situation pour des raisons économiques et nous suivent. Sans une volonté généralisée, les chiffres évoluent trop lentement…” 


Plus d´articles de Théo Lebouvier

Impact Campus, l’académie de l’engagement

    Le projet de Impact Campus, c’est de faire des étudiants des vrais...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.