“Féminazi” : aux origines de l’insulte

Photo credit: Jeanne Menjoulet on VisualHunt.com / CC BY-ND

Popularisé vers la fin des années 90, “Féminazi” est désormais une insulte courante dans les milieux masculinistes et anti-feministes. Visant à dégrader la lutte féministe, le terme est source de conflits.

“Féminazi”, ce mot-valise improbable composé de “Féministe” et “Nazi” est aujourd’hui extrêmement répandu : on le trouve souvent en ligne, parfois dans les médias, on l’entend même dans la rue. Utilisé pour insulter les branches les plus radicales du féminisme (quand ce n’est pas pour désigner la totalité du mouvement), ce terme vise à dénoncer l’agressivité et l’extrémisme de ces dernières. Extrêmement populaire dans les milieux conservateurs, celui-ci a été mis en lumière pour la première fois par l’Américain Rush Limbaugh, un animateur radio conservateur et pape des médias de la droite américaine.

De l’extrême-droite aux memes

Dans son livre de 1992 The Way Things Ought to Be  (“La façon dont les choses doivent être”), Limbaugh ne prend pas de gants : “Je préfère appeler les plus méprisables [féministes] pour ce qu’elles sont vraiment : des féminazis. J’utilise souvent ce terme pour décrire les femmes qui sont obsédées à l’idée de commettre un holocauste moderne : l’avortement“. Sa logique est donc simple : les féministes sont en train de faire un holocauste, les nazis ont fait un holocauste, nous avons donc affaire à des féminazis. 

Depuis la publication de son livre, l’animateur n’a cessé d’utiliser le terme, souvent en s’adressant aux grandes audiences de son émission The Rush Limbaugh Show, le talk-show radiophonique le plus écouté aux États-Unis. La dénomination s’est donc rapidement répandue chez les fans conservateurs de l’émission.

Au début des années 2010 des memes ont commencé à voir le jour, notamment sur la plateforme Reddit, popularisant le terme sur Internet et à l’international. L’insulte connaît depuis une popularité toute particulière en Amérique latine, où, selon les statistiques de Google Trends, “Feminazi” est maintenant bien plus recherché qu’aux États-Unis. 

Le terme “féminazi” s’est tellement popularisé que des médias de grande écoute comme le journal britannique Daily Mail l’ont utilisé à plusieurs reprises au premier degré dans leurs articles. On peut retrouver, par exemple, sur le site du journal des articles titrés La féminazi contre l’avocat louchepour aborder une affaire de sexisme, ou encore le très évocateur Les féminazis n’empêcheront pas les hommes d’être des hommes.

Un mot “pour faire taire les femmes”

Le terme est donc aujourd’hui presque normalisé malgré sa nature insultante plurielle. En effet, “féminazi” attaque les féministes, mais est également vu comme un manque de respect pour les victimes du totalitarisme, auquel le terme fait référence directe.
En 2018 dans un article du Guardian, l’activiste Laura Bates de l’association Everyday Sexism déplore l’utilisation du terme, “C’est une tentative désespérée de nous démoniser et c’est frustrant car si ce n’était pas un mot si offensant, on pourrait actuellement nous l’approprier et le posséder.” 

En 2015, toujours dans les lignes du Guardian, l’avocate Charlotte Proudman appelait à la résistance contre le terme dégradant. “Si le mot continue à être utilisé sans rencontrer de résistance, les femmes ciblées seront blessées […] et celles qui auraient pu parler contre l’inégalité des genres deviendront réticentes à prendre la parole. Ce mot peut donc être considéré comme un moyen efficace de faire taire les femmes.” Pour riposter, Charlotte Proudman encourage les femmes à se revendiquer féministe et à exposer la misogynie. Un combat de tous les jours. 


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