Avec l’appli App-elles, les victimes de violences peuvent lancer l’alerte


Depuis quelques années, l’association Resonantes lutte contre les violences faites aux femmes. Elle a développé une application qui permet aux victimes de s’informer et de donner l’alerte.

Samedi 6 juillet, une femme de 31 ans a été retrouvée morte étranglée à son domicile en Vallée de Chevreuse, dans les Yvelines. Son petit ami s’est spontanément dénoncé aux gendarmes. Mercredi 3 juillet, une femme enceinte est morte sous les coups de son compagnon, à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. 76 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon ou ex-conjoint depuis le 1er janvier, selon le décompte de la page Facebook Féminicides par compagnons ou ex. Des dizaines d’associations ont manifesté à Paris, samedi 6 juillet, pour réclamer des mesures immédiates contre les féminicides. Ce terme désigne le meurtre de femmes parce qu’elles sont des femmes. La secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a annoncé, dans un entretien au Journal du dimanche, que le gouvernement lancerait en septembre à Matignon un “Grenelle des violences conjugales ».

N’Diaye Diariata, artiste de profession, Nantaise, réfléchit depuis plusieurs années à des solutions sur les violences faites aux femmes. Dès 2015, elle a monté l’association Resonantes, dans sa ville. « Tout est partie de la création d’un spectacle à Saint-Denis, avec l’observatoire des violences faites aux femmes de la Seine-Saint-Denis. En jouant ce spectacle et en menant des ateliers d’écritures, j’ai reçu énormément de témoignages – de filles mais aussi de garçons – victimes de violence à la maison. J’ai réalisé que beaucoup de personnes étaient mal informées sur les violences, les définitions, les conséquences sur la santé, les solutions quand on y est confronté », raconte la jeune femme. Avec son association, elle a créé des outils de sensibilisation pour les 15-24 ans (ateliers, débats, sorties…), ainsi que des outils numériques pour tous tels qu’un site, une carte et l’application App-elles. « Plein de gens découvrent qu’ils sont acteurs/victimes de violence, quand on en parle, car il y a un vrai problème d’éducation. On ne nomme pas les choses. Il y a des solutions, tout un tissu associatif engagé sur ces questions, mais là encore le public ne les connait pas », ajoute N’Diaye Diariata.

Des solutions pour informer discrètement sur sa situation

Cette application vient d’être sélectionnée parmi les 12 projets lauréats de la France s’engage 2019. La fondation du même nom va lui apporter un soutien financier et un accompagnement. « Notre application ne prétend pas empêcher les agressions. Notre parti pris c’est : comment on fait pour organiser la prise en charge le plus tôt possible pour que les victimes le soit le moins longtemps possible », explique l’initiatrice du projet. App-elles, disponible sur Google play et bientôt l’Apple-Store, propose notamment une fonctionnalité «alerte», qui permet à trois personnes de confiance sélectionnées dans son répertoire d’entendre ce qu’il se passe et de connaître la position de l’utilisatrice. Cette alerte peut être enclenchée via son smartphone ou un bracelet connecté.

L’appli permet également de joindre des structures au niveau local et national (hôpital, commissariat, assos etc…). On y trouve aussi des conseils sur ce qu’il faut faire quand on est blessé, « car beaucoup de femmes ne vont pas se faire soigner », explique N’Diaye Diariata. Il y a aussi une fonction pour tchater 24h/24h et 7 jours sur 7 avec des policiers. App-elles a déjà été téléchargée 8000 fois, et comptabilise entre 800 et 1000 utilisateurs par mois. 2.000 bracelets ont été distribués au sein des associations des Pays de la Loire. Parmi les utilisateurs, il y a des femmes en séparation, mais aussi des parents ou encore des joggeuses, bref toutes les personnes qui ont besoin d’être rassurées. « Il est difficile d’établir un profil type, d’autant que l’anonymat des utilisateurs est très important pour nous », précise N’Diaye Diariata.

L’association compte actuellement un salarié. Elle est soutenue par six entreprises engagées sur du mécénat de compétence, et reçoit des aides publiques et privées. « L’accompagnement et les financements de la France s’engage vont nous permettre de parfaire et de développer l’outil. Nous allons recruter et chercher un modèle économique pour atteindre l’autonomie financière tout en restant gratuit pour les bénéficiaires », affirme l’artiste engagée.


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