10 choses à savoir sur la pratique féminine du foot pendant la Coupe du monde

Gaëtane Thiney en 2011

Les Bleues vont tenter de gagner leur première étoile. Où en est la pratique féminine du foot ? Ça progresse, mais les inégalités sont encore criantes par rapport aux hommes… La preuve en 10 exemples.

1. « Des garçons manqués »

Dans le monde entier, les femmes jouent au foot et suivent ainsi leur passion, malgré les regards moqueurs et, parfois, machistes. Les préjugés ont la vie dure : beaucoup entendent souvent dire qu’elles sont « des garçons manqués ». Candice Prévost, ancienne attaquante du PSG, et Mélina Boetti, ex-avant-centre devenue journaliste, l’ont remarqué durant leur tour du monde des footballeuses qui a donné lieu au documentaire Little Miss Soccer (dont on va parler dans le prochain UP le mag, qui sort le 21/06).

2. Du “foot féminin” ou du foot tout court ?

Coupe du monde féminine de la Fifa : tel est le nom de la compétition qui a débuté, le 7 juin, par la victoire des Bleues sur le onze coréen (4-0). Mais pourquoi doit-on préciser que c’est féminin ? D’une part, on ne dit pas “Coupe du monde masculine” pour les hommes. De l’autre, « en parlant de football féminin, on sous-entend qu’il s’agit d’un autre sport ou d’une sous-catégorie. Ce n’est pas le cas. Le football reste du football », explique au Parisien l’ancienne joueuse de l’OL Mélissa Plaza, devenue docteure en psychologie sociale.

3. Des hommes qui dirigent des femmes, et des femmes qui entraînent des hommes ?

Si les Bleues sont entraînées par Corinne Diacre, les deux meilleures équipes françaises sont conduites par des hommes : Reynald Pedros côté OL et Olivier Echouafni à Paris. Si on étudie les équipes de la D1 en 2018-2019, seuls Rodez et Guingamp ont été guidés par des femmes (Sabrina Viguier, Sarah M’Barek).

Corinne Diacre, homologue de Didier Deschamps, a été la première entraîneure à mener un onze de joueurs pro : à Clermont Foot (trois ans en L2).

4. Les Bleues gagneront moins que les Bleus, mais plus qu’avant

Les 23 sélectionnées, si elles gagnent la Coupe du monde, toucheront 38 000 euros chacune (3,5 millions d’euros à répartir entre les joueuses et les membres du staff). Leurs homologues masculins ont gagné, l’an dernier, une somme dix fois plus élevées après le Mondial russe. Néanmoins, ça évolue : si les filles avaient gagné en 2011, elles auraient eu 30 000 euros (elles se sont arrêtées en ¼ contre l’Allemagne et ont perçu 10 000 euros chacune).

Pour ce Mondial joué en France, les Bleues ne toucheront une prime que si elles terminent sur le podium (30 000 euros si elles finissent 2es et 20 000 si elles sont 3es de la Coupe du monde).

5. Des salaires disparates ?

En France, la joueuse la mieux payée est la Norvégienne Ada Hegerberg (qui joue pour l’Olympique lyonnais). Elle perçoit un salaire d’environ 400 000 € par an, contre environ… 36 millions pour Neymar (selon Der Spiegel).

6. Un combat pour l’égalité !

Comment dénoncer les inégalités salariales ? La Norvégienne Ada Hegerberg, premier Ballon d’Or du foot féminin (décerné en 2018 – alors que ça existe chez les hommes depuis 1956), a quitté sa formation nationale en 2017 en signe de protestation.

Résultat : la fédération de foot a aligné, l’année suivante, les salaires (pour jouer en équipe nationale) des joueuses sur celles des joueurs, qui ont accepté qu’on baisse leur revenu.

Récemment, l’Australie a également annoncé augmenter de 33 % le salaire des footballeuses du championnat, leur permettant de bénéficier de la même rémunération minimale (et le même taux horaire minimum) que les hommes dans leur championnat.

7. Les compétitions au-delà des frontières

C’est en 1991 que la Fifa a « repris » l’organisation de la Coupe du monde, soit 60 ans après le premier Mondial masculin. Côté championnat d’Europe, chez les femmes, ça existe depuis 1984, et depuis 1960 chez les hommes.

8. Combien de licenciées en France ?

« On a bien progressé depuis la Coupe du monde en Allemagne, où les Bleues s’étaient classées troisièmes (2011). En quatre ans, explique Noel Le Graët, président de la FFF au Figaro, on a multiplié par quatre le nombre de licenciées en passant de 40 000 à 170 000 (sur 2,2 millions de licenciés, en tout). Et nous avons constaté une augmentation de 17 % en 2018-2019 par rapport à la saison précédente. Je pense qu’on devrait atteindre les 300 000 licenciées rapidement. La Coupe du monde va doper le foot féminin en France. » Sachant que le sacre des Bleus avait aussi eu un effet sur le nombre de licenciées, qui a progressé, à ce moment-là, plus vite que d’habitude.

9. Et côté droits télé ?

Selon Le Parisien, TF1 aurait déboursé entre 10 et 12 millions d’euros. Il y a 4 ans, W9 n’avait dépensé que 850 000 euros. Les chaînes ont donc intérêt à sauter le pas quand il est encore « temps » : pour les hommes, le groupe TF1 avait sorti, pour diffuser l’ensemble du Mondial 2014, 130 millions d’euros (en ayant par la suite revendu des droits de transmission de quelques matchs à Bein Sport)

10. Les revenus progressent, mais restent inférieurs

Si la Coupe du monde 2014 au Brésil a rapporté 4,8 milliards d’euros à la Fifa, la même compétition chez les femmes, en 2015, n’a engendré que 300 millions d’euros. En 2018, la FFF a gagné 32 millions d’euros grâce à la victoire finale des Bleus, mais ce sera sans doute moins pour les femmes de Corine Diacre. Sachant que le sacre des Américaines, en 2015, n’a rapporté qu’un 1,77 million d’euros à la fédération des États-Unis.

11. Bonus : les audiences progressent !

Terminons sur une bonne note ! 9,8 millions de personnes ont suivi le match d’ouverture France-Corée du Sud (joué à 21h) contre 12,6 millions de téléspectateurs (et jusqu’à 15 millions de personnes) pour la première rencontre des Bleus en Russie, l’an dernier (France-Australie, à 16h). L’écart n’est pas si important !

Et cela progresse ! Sur W9, le France-Angleterre (match d’ouverture du Mondial féminin en 2015) a été regardé par 1,5 million de téléspectateurs. Et le dernier match des filles, le ¼ finale contre l’Allemagne, a rassemblé plus de 4 millions de téléspectateurs (avec un pic à 5,3 millions de fidèles).


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