La Quinzaine en actions, pour la mixité des publics


La Quinzaine en actions est un dispositif d’accès à la culture et d’éducation à l’image, initié par la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, pour rendre le cinéma plus accessible. Louise Ylla-Somers coordonne ce projet. Nous l’avons interviewée.

Respect Mag : Quelle est l’origine de la Quinzaine en actions ?

Louise Ylla-Somers : Ce programme a été initié en 2010 dans le but de faire participer des gens du quartier de La Bocca de Cannes aux projections de la Quinzaine des Réalisateurs pendant le festival de Cannes. Nous avons été voir des associations de femmes en difficultés, de jeunes déscolarisés ou encore des centres de formation accueillant des primo-arrivants, pour les emmener aux projections.

Cela s’est très bien passé et dès l’année suivante nous nous sommes dit que ça serait bien de faire plus. Nous avons donc organisé des projections sur toute l’année et mis en place des ateliers d’éducation à l’image. Au départ, il s’agissait de réaliser des court-métrages en impliquant des réalisateurs de la Quinzaine, mais cela est devenu compliqué en terme de budget et d’organisation.

Nous avons donc mis en place un atelier scénario, avec une association qui s’appelle Parcours de femmes, pour les femmes en grande difficulté. Et cela marche très bien. Des réalisateurs de la Quinzaine précédente viennent animer ces ateliers, quatre jours dans l’année. Au début, personne ne croit être capable d’écrire, mais au bout de quatre jours elles sont fières de ce qu’elles ont écrit. Nous éditons un livret avec les scénarios et des photos des femmes. Une restitution est organisée avec des acteurs de l’École régionale d’acteurs de Cannes, ainsi qu’un making off vidéo. Ces femmes nous disent que c’est un bénéfice énorme de participer à cet atelier, qu’il y a un avant et un après.

Vous organisez également d’autres actions ?

Pendant le festival de Cannes, nous organisons de nombreuses actions destinées à un public éloigné de la culture : des ateliers critique, avec des jeunes scolarisés des missions locales, les femmes de Parcours de femme et un groupe de l’Office Français de l’Intégration et de l’Immigration (OFI), ainsi que des ateliers reportage, avec des jeunes de quartiers prioritaires de toute la France, dans le cadre d’un dispositif qui s’appelle Regards Jeunes sur le Cinéma. Nous les accueillons ici et organisons des rencontres avec des réalisateurs, ainsi que des professionnels du cinéma, ingénieurs du son, régisseurs, chefs opérateurs, monteurs etc…

Depuis deux ans, nous organisons également des projections dans huit villes de France. Nous présentons des films de la Quinzaine avec des acteurs, scénaristes et réalisateurs, auprès de personnes issues de missions locales, de jeunes pris en charge par la Protection Judiciaire de la Jeunesse (DPJJ), de centres sociaux, d’associations d’alphabétisation. Nous sommes très attachés à ce que ces projections soient publiques. Nous les présentons dans des cinémas d’art et essai pour faire connaître ces lieux à des personnes qui en poussent rarement la porte. Les habitués du cinéma peuvent également venir. Nous sommes très attachés à cette idée de mixité des publics. Nous organisons plusieurs projections pour qu’il y ait une notion de rendez-vous.

Comment s’est passé le début de cette édition ?

Cette année, c’est l’ouverture des célébrations liées à nos 10 ans. Nous avons fait un spectacle d’ouverture au théâtre de la Licorne dans le quartier de la Bocca et présenté un petit film qui retrace nos actions depuis le début, avec un making off des scénarios. Il y avait 300 personnes dans la salle, dont le ministre de la Culture et le maire de Cannes. Les femmes étaient très émues. Nous avons également fait une grande fête sur la plage, destinée à tous les gens qu’on ne rencontre jamais dans les fêtes. Lomepal est venu faire un concert.

Est-ce que le programme a suscité des vocations ?

Oui, certaines femmes continuent à écrire une fois qu’elles ont découvert qu’elles étaient capables de le faire. Par exemple, il y a une femme de l’atelier scénario de l’année dernière qui a continué à écrire, son scénario a été repéré par un dispositif qui s’appelle Talents en Court. Elle est venue pitcher son scénario à Paris au Comédy Club, a rencontré des producteurs, et est en train de développer son premier court-métrage. 

Est-ce que vous trouvez que l’accès à la culture et au cinéma s’est amélioré ces dernières années ?

J’ai l’impression que ça piétine un peu. Malgré tous les dispositifs mis en place, malgré l’offre culturelle, le public n’est tellement pas habitué à être en rapport avec la culture, que si on ne va pas le chercher, si on n’ouvre pas la porte, il ne viendra pas de lui-même. Il faut des dispositifs militants et engagés, qui vont chercher les gens pour leur dire : venez c’est pour vous. Il faut être très volontariste.


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