Comment répondre aux injonctions sexistes du quotidien ?

les impromises

Dans la rue, dans le métro, au travail, pas toujours simple de trouver la bonne répartie face à des propos sexistes. Réponse avec les comédiennes Gwenaëlle et Emma Debroise. Le 8 mars dernier, elles ont animé un atelier d’improvisation théâtrale au MAIF SOCIAL CLUB à Paris, pour les 10 ans du magazine Causette. Récit d’une expérience d’”empowerment” au féminin.

Nous sommes des femmes de tout âge, réunies en cercle, visiblement ravies d’être là, et curieuses aussi.  Les comédiennes Gwenaëlle Carré et Emma Debroise commencent par nous mettre à l’aise en nous proposant des petits jeux. Nous sommes invitées à marcher dans l’espace en nous déplaçant dans la pièce. Un exercice classique de théâtre qui résonne comme une métaphore. Car il s’agit bien pour nous d’apprendre ici à prendre notre place dans l’espace publique.

Si nous sommes là aujourd’hui, c’est sans doute parce que nous faisons le constat que nous sommes encore enfermées dans des carcans. Et que les rapports entre les hommes et les femmes ne sont pas si égalitaires que cela. Les injonctions à une féminité façonnée par le désir se glissent encore dans les blagues lourdes au  bureau : “Alors t’as mis une robe aujourd’hui. Tu veux me draguer ?“, mais aussi derrière les remarques durant les dîners de famille : « Bah alors t’as pas encore d’enfant à ton âge ? », ou tout simplement dans la rue, avec un : « Mademoiselle, t’as pas un 06… connasse“. Les injonctions sexistes sont présentes dès nos jeunes années : “Sois belle et toi, souffre en silence, il faut souffrir pour être belle…”, “Tu sais pas gérer tes émotions, t’as tes règles ou quoi ? Pourquoi t’es en colère ? “

Ces programmes inconscients à force d’être répétés enferment les femmes dans le rôle d’objet et les poussent à s’effacer, à porter un masque : « Nos sociétés ont  appris aux femmes à devenir des victimes et à répondre aux besoins des autres avant les siens, remarque Gwenaëlle Carré. C’est un vrai travail de déconstruire ces croyances. » La comédienne a d’ailleurs créé en 2013, la troupe de théâtre d’improvisation “Les Impromises, en réaction à ce constat. “En impro, les collègues masculins nous enfermaient spontanément dans des rôles de mamans, de prostituées ou d’infirmières….”, poursuit-elle. Avec cette compagnie “100 % féminine sans promis ni compromis“, le genre se renouvelle en offrant aux comédiennes la possibilité de surprendre, d’étonner, et de casser des représentations féminines obsolètes.

L’empowerment : la capacité à prendre le “lead” de sa vie

Alors que la petite fille est dès le plus jeune âge incitée à se faire discrète, à être gentille, calme, à ne pas s’énerver, à être jolie, souriante et polie, le petit garçon est encouragé à occuper l’espace extérieur, à courir, sauter, explorer, parler fort. L’empowerment est cette capacité à prendre les rênes de son existence, à suivre son chemin ou à le créer. Facile sur le papier. Mais, au quotidien, les femmes s’autorisent peu de choses, comme en témoignent les participantes : le sentiment de culpabilité est fort.

« Au travail on doit toujours faire ses preuves…En couple, c’est normal d’en faire plus avec les enfants, à la maison, et en plus il faut être sexy, mince… Bref, il y a ce vague sentiment de ne jamais être à la hauteur », remarque une jeune fille.

La liberté ? On croyait l’avoir obtenu grâce au combat des féministes des années 70 : la liberté d’avorter, de disposer de son corps, la liberté de choisir un partenaire sans forcément enfanter, la liberté de travailler, d’être indépendante financièrement… De femme libérée sommes-nous pour autant devenues des femmes vraiment libres, c’est-à-dire libres de tout jugement ? « Quoi qu’elle fasse, une femme sera toujours jugée plus sévèrement qu’un homme, qu’elle choisisse de ne pas avoir d’enfant et c’est une égoïste. Si elle en a un, elle sera forcément une mauvaise mère à un moment donné. Dans la rue soit sa jupe est trop courte, soit elle ne l’est pas assez… Comment exister pleinement au milieu de toutes ces contradictions ?”, souligne Gwenaëlle.

Apprendre à se faire confiance

L’atelier propose quelques pistes : apprendre à se faire confiance. Une démarche qui passe par le corps. Ce corps qui sait répondre aux situations spontanément à partir du moment où on arrête de trop cogiter. Le collectif est également une force,  lorsqu’il s’agit en groupe de trouver une idée en peu de temps. Une femme ose une idée et elle est rapidement acceptée.

Nous comprenons en expérimentant l’improvisation que la recherche de la perfection est un frein à l’action. “L’apprentissage d’un nouveau comportement, passe par l’action”, rappelle Emma Debroise. Pour répondre aux injonctions du tac au tac, nous échangeons des solutions. Des petites phrases qui peuvent être utiles face à l’humour glauque d’un collègue. Les sempiternels, “T’as pas d’humour ” , vous lassent ? Osez le : “Non, quand j’entends cette phrase, j’ai pas d’humour.” Ne pas hésiter à pousser son interlocuteur à préciser sa pensée : « Qu’est-ce que tu veux dire par là, Bernard …. » Dans le métro face à une main baladeuse, faire en sorte que la honte change de camp : «  Je crois que monsieur a perdu quelque chose, puisqu’il se permet de me toucher mes fesses, on peut peut-être l’aider ?”

L’atelier revigore, des sourires se dessinent sur les lèvres de toutes ces femmes décidées à être elles-même. Sidonie,  40 ans, architecte et maman d’un enfant de 2 ans, est ravie. « Cet atelier fait du bien, car il libère la parole de femmes de générations différentes qui font le même constat. Cela nous donne aussi des astuces pour répondre aux injonctions sexistes. Cela fait du bien de s’appuyer sur le groupe pour trouver des solutions, et prendre de la hauteur par rapport à ce qu’on peut vivre. » Un atelier qui pourrait bien inspirer les deux comédiennes habituées à intervenir en entreprise. « Il y a un besoin très fort des femmes de s’exprimer, c’est bon signe. Les femmes en ont marre de subir, elles ont des choses à dire et il est temps qu’elles arrivent à se faire entendre », se réjouissent les comédiennes.


écrit par
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