Lost Memory : une illustratrice hors-norme, un cri graphique qui devient pluriel !

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Crédits : DR

Pour notre dernier épisode d’un chouette partenariat avec le magazine L’Handispensable, zoom sur Lost Memory, une bande dessinée bouleversante sur la malformation due à une opération qui ne s’est pas déroulée comme prévue. Rencontre avec Coralie Smert, qui raconte le drame qui lui a donné envie de créer ce conte graphique.

Le jeune parcours de vie de Coralie Smert est impressionnant tout comme l’est son talent de graphiste. La belge de 24 ans, connue sous le nom d’artiste de Lost Memory, va voir son existence « exploser « à l’âge de 15 ans. « On m’a appris que j’avais une malformation rare : le syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH), une pathologie qui se définit par une absence congénitale totale ou partielle de vagin et d’utérus mais avec des trompes et des ovaires normaux. », dit-elle.

Une pathologie qui n’avait aucun signe extérieur… « Mon médecin m’a redirigée vers un spécialiste qui m’a parlé des futures difficultés dans les activités sexuelles, mais m’a proposé une opération sans risque afin de recréer un vagin avec une partie de l’intestin. Il m’a décrit l’intervention comme un truc sans grand risque et sans effets secondaires ! » raconte-t-elle.
Mais ce qui devait être une opération chirurgicale va se transformer en un chemin de croix ! « Les selles sont sortis du vagin. Ils ont relié le vagin aux intestins… J’ai souffert comme jamais ! ». De nombreuses interventions plus tard et sans une prise en charge psychologique, Coralie a subi un tel choc que son corps s’est dégradé… « Le handicap est apparu vers mes 16-17 ans et on m’a baladé d’un hôpital à un autre. On n’a pas encore mis de diagnostic à mon mal mais mon corps est devenu si faible… ».

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Crédits : Lost Memory

C’est de ce chaos que va naître Lost Mémory. « Je m’ennuyais tellement durant ces longues hospitalisations… Je ne supportais plus la trente-sixième rediffusion de Bob l’éponge que j’ai commencé à dessiner. J’y prenais même un énorme plaisir ! Alors que mon corps me lâchait, je m’améliorais graphiquement. J’ai poursuivi et, un jour, une psychologue m’a incitée à me raconter en bande dessinée ! » « Numéro invalide » (trois tomes à ce jour !) démarre ! Une BD magnifique où les influences mangas sont présentes, mais pas que. Lost Memory nous offre une palette d’émotions fortes, d’interrogations, mais aussi sa vérité ! « J’ai voulu partager toute cette souffrance que je portais, m’en défaire aussi un petit peu ! » confie-t-elle. Et elle nous raconte étape par étape son parcours. Son trait adoucit un propos qui nous prend aux tripes car cette œuvre est aussi et surtout un cri.

« J’ai subi une erreur médicale et elle doit être reconnue. Je ne veux surtout pas entendre le : « C’est la faute à pas de chance ! C’est insupportable et on est actuellement en train de dénigrer ma douleur et mon handicap ! Je vais certainement perdre mon procès face à la médecine alors qu’on voit l’erreur commise sur le film de mon opération… On le sait : très peu de dossiers bascule en faveur des victimes ! Ma reconnaissance passe par mes lecteurs aujourd’hui ! », espère-t-elle.

On ne peut rester insensible à son combat et à la forme qu’il a pris. Lost Memory est une illustratrice de grand talent dont le cri se révèle pluriel. « J’ai publié sur le net et on peut voir mes planches et mes dessins gratuitement sur «le site « mangacraft », mais on m’a demandé des traces papier alors, depuis trois ans et, à raison d’un livre par an, je publie Numéro Invisible. Chaque livre correspond à un chapitre et je l’agrémente de mon travail graphiste ou d’un mini dictionnaire des maladies rares ! ».

Le projet à terme est d’en faire une énorme BD qui recouvrerait les différents chapitres mais, en attendant, les lecteurs impatients peuvent s’enthousiasmer de ce rendez-vous annuel que Lost Memory leur donne. « Je ne vais pas assez vite dans mon travail car mon corps fatigue. Je suis lente mais je l’ai pris en compte aujourd’hui… Et comme mon histoire est lourde, je mets en annexe des choses plus légères ! » explique-t-elle.

Elle confie même qu’elle « n’a pas assez de temps et d’énergie pour faire ce qu’elle a envie ! » Son message la surprend elle-même parfois… « Même quand on pense que la vie est terminée et, je l’ai pensé, il y a toujours un moyen de s’en sortir, de se relever de la plus belle des façons. J’ai trouvé une force en moi qui me permet d’avancer. Et si mon corps régresse, mon esprit, lui, est plus vaillant qu’avant ! » conclut une artiste qu’il faut découvrir tant son univers émeut et étonne.


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