Christophe Robert sur le mal-logement et la pauvreté : “Le phénomène est en train de s’aggraver”

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Crédits : Fondation Abbé Pierre

Le délégué général de la Fondation Abbé Pierre tire la sonnette d’alarme concernant la pauvreté et le mal-logement, qui touchent près de 9 millions de personnes. Nous avions rencontré le dirigeant de l’organisme à l’occasion de l’opération de sensibilisation Abbé Road, un camion itinérant d’information avec tous les renseignements pour combattre ce fléau.

Peux-tu nous parler de l’opération Abbé Road ?
Depuis 5 ans, nous allons à la rencontre des jeunes dans des festivals, pour les sensibiliser à la question du mal-logement. C’est un bus équipé, afin de se rendre compte de ce que c’est que de vivre dans un tout petit logement de 6m², avec peu de luminosité. C’est un outil de sensibilisation, un espace qui permet de discuter avec les jeunes et de rendre compte de leurs difficultés en matière de logement. Le but est aussi de leur distribuer un guide d’accès au logement, pour celles et ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un garant. Les jeunes font partie des premières victimes de la crise du logement et de la pauvreté. C’est pour nous un enjeu majeur. Le dernier objectif, c’est de les mobiliser aussi.

Des jeunes livrés à eux-mêmes

Les jeunes sont-ils en manque de repères économiques ?
Beaucoup de jeunes sont quelque peu livrés à eux-mêmes. Ils rentrent dans l’emploi, quand ils en ont un, avec des ressources très faibles, avec des délais courts, des stages ou des missions d’intérim. D’autre part, ils sont sur un marché du logement qui est très élevé. Quelqu’un qui est dans son logement depuis 20 ans, son loyer a moins évolué que quelqu’un qui cherche un logement maintenant, avec un turn-over régulier, qui fait donc l’objet de hausses successives.

On a donc des ressources de plus en plus faibles quand on entre dans l’emploi, et des coûts du logement parmi les plus élevés. Il y a des cas plus ciblés, ce sont les jeunes en rupture familiale. Dans nos lieux d’accueil de jour des personnes à la rue, on voit bien cette représentation de ces jeunes sans ressource. En France, pour pouvoir bénéficier du RSA, il faut avoir 25 ans. Il y a des catégories de jeune, de 18 à 25 ans, sans ressources du tout, et c’est un énorme problème. Il y a aussi des jeunes mis à l’écart, dans les quartiers populaires notamment.

Votre action a notamment convaincu le rappeur RimK qui a décidé de s’engager avec vous. Comment s’est faite la rencontre ?
RimK était déjà venu auprès de nous dans le cadre d’éditions précédentes. Il avait manifesté auprès de nous le souhait de s’engager à nos côtés pour défendre la cause du mal-logement. On a eu des échanges assez réguliers depuis plusieurs mois. Il a souhaité visiter un lieu d’accueil de jour, notamment à Gennevilliers (92). RimK est très en phase avec nos combats, avec les personnes mises à l’écart. On s’est sincèrement retrouvés sur la même ligne. C’est important, car dans les messages qu’on adresse on essaie de parler au plus grand nombre.

Une responsabilisation des pouvoirs publics ?

Est-ce que ça va décider les pouvoirs publics à agir contre le mal-logement ?
Cela peut se faire en deux temps. Je ne pense pas qu’Abbé Road impacte directement sur la puissance publique. A partir du moment où on partage le fait que ce n’est pas supportable de continuer comme ça, et qu’on peut faire autrement en distribuant mieux les richesses, on peut peser. Cette association des jeunes, de la Fondation, de militants, de bénévoles, peut contribuer à faire pression dans le débat public.

Les chiffres de la pauvreté et du mal-logement continuent-ils d’augmenter ?
Si on prend une échelle de dix ans, on a plutôt une hausse de la pauvreté. Ils se stabilisent depuis un an à près de 9 millions de personnes. Concernant le mal-logement, on n’a pas de chiffres qui évoluent année après année. Sur la question des sans domicile fixe on a deux enquêtes, une parue en 2001, l’autre en 2012, où on constate une augmentation de 50 %. Les échos des retours qu’on a sur les territoires nous montrent que le phénomène est en train de s’aggraver.

Les Chiffres Du Mal-logement

Quelles seront vos prochaines actions ?
On est sans arrêt en train d’en mener. On va prolonger notre sensibilisation, en présentant notre prochain rapport le 1er février prochain. Dans l’immédiat, beaucoup d’actions autour du secteur associatif sont en train de se préparer. Ces dernières se justifient notamment par l’absence de réponses qui sont données y compris aux personnes qui sont à la rue, à des familles, des femmes. On a fini par hiérarchiser de façon totalement inacceptable les priorités.

On dit, dans des endroits : si vous avez des enfants de moins de 3 ans, on peut vous offrir une possibilité d’hôtel pour les prochains mois, mais plus longuement, non. Nous analysons, avec d’autres, la réalité de cette absence de réponse aux situations les plus dures. Il y a par ailleurs beaucoup d’auditions sur la prochaine loi de finances qui nous inquiète beaucoup sur les éléments structurant la politique du logement, comme les APL par exemple. Il y a des économies très fortes qui sont faites de la part du gouvernement qui nous inquiètent profondément.


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