BAAM : L’accompagnement des migrant.es dans la bonne humeur

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Crédits : BAAM

Le Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrant.es (BAAM) fête bientôt ses 3 ans. À l’occasion de la journée internationale des migrants, ce jour, Respect Mag a rencontré sa présidente, Héloïse Mary. L’occasion d’évoquer cette association jeune et dynamique qui s’est rapidement fait une place à part dans un secteur institutionnalisé.

En 3 ans seulement, le BAAM a connu un développement très important sur la question migratoire à Paris, comment l’expliquez-vous ?
Oui, on a commencé à 11 et aujourd’hui nous sommes plus d’un millier ! Ça s’explique avant tout par les conditions dans lesquelles l’association a été créée à l’automne 2015, suite à l’évacuation d’un lycée du 19e arrondissement où vivaient plus de 900 migrants. On avait réussi à créer une vraie dynamique de solidarité avec des migrant.es et des soutiens, qui avaient une expérience des différents campements parisiens. Et quand le lycée a été évacué, on a tout simplement profité de cette dynamique afin de poursuivre le combat au sein d’une association.

Je pense que cela s’explique aussi par le fait que beaucoup de gens au BAAM sont des enfants des réseaux sociaux. Ils voient l’impact que peuvent avoir des coups d’éclat médiatiques. D’ailleurs c’est comme ça qu’on s’est fait connaitre et qu’on a réussi à attirer un public sensibilisé à la cause, et particulièrement jeune, puisque le gros de nos troupes a entre 18 et 40 ans.

Votre singularité est-elle aussi perceptible dans les services que vous proposez aux personnes migrantes ?
Contrairement à la plupart des associations existantes, on a choisi dès le début d’avoir une approche globale de la question migratoire, tant sur les profils des personnes que sur leurs besoins. Ça signifie qu’on ne fait pas de différence de traitement au regard des raisons pour lesquelles une personne migrante se trouve en France, ou selon qu’elle est demandeuse d’asile ou pas. D’autre part, on essaie de répondre à tous les besoins qui peuvent être les leurs donc on s’est organisé.es en 7 pôles à travers lesquels on propose un accompagnement individuel : juridique, accès à l’emploi, social, hébergement, santé, culture et français.

Vos actions tranchent aussi avec celles des organisations « historiques ». Pourquoi ?
Au BAAM, on considère que la culture et la fête, ce sont à la fois des moyens de mobilisation et d’expression très efficaces. Toutes les manifestations qu’on organise se terminent toujours par un volet concert/danse et elles sont effectivement plus vivantes – et même bruyantes – que celles des associations traditionnelles. Ce qui nous vaut parfois des réactions d’incompréhension de leur part ! Mais ça fait partie de l’ADN de l’association et c’est aussi une forme de réappropriation de la rue par des personnes qui sont toujours invisibles. Ça vient aussi du fait qu’il y a une volonté de ne pas baisser la tête : il y a un côté pesant dans la revendication sur les questions migratoires, tant pour les migrants eux-mêmes que pour les soutiens. Et donner un côté festif à nos actions, ça fait du bien !

Au quotidien, sur quelles ressources fonctionne l’association ?
Contrairement à la plupart des organisations historiques, nous n’avons ni salarié, ni financement public. Nous avons fait ce choix parce que nous n’envisageons pas d’obtenir des fonds de la Ville de Paris, la Région Ile-de-France ou encore de l’Etat, alors que nous dénonçons régulièrement la politique menée à l’égard des migrants. Cela nous donne une indépendance totale dans nos prises de positions et nous permet aussi de ne pas avoir une masse salariale tributaire d’une éventuelle suppression de la subvention.
Notre budget annuel est de 60000€ et provient uniquement de financements privés tels que des dons de particuliers, et d’artistes qui ont été sensibles à notre initiative dès sa création.

Malgré toutes ces différences, travaillez-vous en partenariat avec les autres associations ?
Oui, ce n’est pas parce qu’on ne travaille pas de la même manière qu’on ne lutte pas pour aller dans la même direction. Pour prendre un exemple, on n’a pas les mêmes façons de se mobiliser que la Cimade, mais au moment des débats sur le loi Asile et Immigration, on a frappé en même temps. Et de toute façon on y est obligés. Le champ militant sur les questions migratoires est malheureusement assez restreint et il n’y a ni une multitude d’organisations ni un public fou qui se réunissent autour de ces questions. Donc même si on ne pouvait pas s’entendre, on serait obligés de travailler ensemble. Et il s’avère qu’on arrive parfois à s’entendre, donc c’est encore mieux.

Comment le BAAM envisage-t-il l’avenir maintenant ?
On a fait le deuil de l’échec de notre mobilisation sur la loi asile et immigration ! Maintenant on va s’inscrire dans l’agenda politique qui sera marqué par les élections européennes dans quelques mois. Et parmi toutes les actions que nous comptons organiser, nous allons commencer par une rencontre à Paris, avec tous les équivalents du BAAM en Europe. Et, plus généralement, on va continuer d’agir contre le flot permanent de bêtises qu’on peut entendre sur le sujet. J’entendais par exemple Nadine Morano récemment qui répétait qu’accueillir quelqu’un coûtait plus cher que de le renvoyer. C’est faux. Elle parlait aussi du budget de l’Etat en disant qu’on avait renforcé les moyens d’accueil. C’est faux aussi. Tout ce qu’on a renforcé, c’est le budget des lieux privatifs de liberté.


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