« Le cirque ? Un outil qui permet de sortir des cases dans lesquelles on peut te mettre »

Crédit : Éléonore Hughes

Lévy Ténéba, 35 ans, propose un atelier de cirque gratuit à des jeunes du quartier prioritaire des Tertres-Cuverons, à Bagneux. L’objectif : permettre aux jeunes de s’approprier des valeurs et des outils qui leur serviront au cours de leur vie. Reportage au sein du « Plus Petit Cirque du Monde ».

Fonder le « Plus Petit Cirque du Monde » était, au départ, une idée d’amis qui voulaient pallier le manque d’activités culturelles proposées sur le territoire, en 1991. Si les cours se sont d’abord déroulés dans un modeste gymnase, aujourd’hui c’est dans un bâtiment imposant que l’on apprend à jongler, ou (presque) voler. La « petite » association est, ainsi, devenue un lieu de référence dans le quartier.

« Au début, les habitants du quartier nous ont mis les bâtons dans les roues pour le bâtiment. Il y en a qui se sont plaints que ça gâchait leur vue » raconte Lévy Ténébra, animateur depuis 8 ans au « Plus Petit Cirque du Monde ». À 28 mètres au plus haut point du chapiteau, et situé au pied d’une colline légèrement en pente, on comprend. « Donc il a fallu donner une légitimité au cirque », poursuit-il.

Un cirque accessible…

Aujourd’hui, c’est chose faite. Les activités s’y enchaînent : des ateliers d’animation s’ajoutent aux cours hebdomadaires. Les vendredis, environ cent personnes du quartier se retrouvent pour assister à un spectacle des artistes en résidence, participer à des jeux de société, ou s’initier à la capoeira. Les dimanches, c’est au tour des familles : les parents sont invités à accompagner leur enfant dans une activité de cirque. « L’idée est qu’on fasse une activité tous ensemble, avec les familles », explique Marine Dussutour, responsable de la communication. Le tout est proposé gratuitement.

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Des jeunes appliqués ! Crédits : Éléonore Hughes

Les mardis, Lévy Ténéba anime des cours de cirque gratuits pour des adolescents de 11 à 16 ans, dont les familles n’auraient pas les moyens financiers de les inscrire aux cours hebdomadiers payants. La gratuité des cours du « Mardi Quartier » représente néanmoins un challenge pour l’animateur : « Quand ils payent, ils savent pourquoi ils sont là. Alors qu’avec le cirque social, ils ne savent pas. Il faut créer une sorte d’intérêt, d’envie, qui fait qu’ils vont revenir ».

… d’utilité publique

Le cirque social est une approche d’intervention sociale qui transforme le cirque en outil d’inclusion. Bagneux est confronté aux mêmes problématiques que d’autres quartiers prioritaires : un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale (17% vs. 11%), un taux de précarité élevé avec 65% de logements sociaux, et une population très jeune. Une étude de SOS Racisme et du CNRS sorti en novembre 2017 a démontré la discrimination subie par les résidents d’un quartier ayant mauvaise réputation. Dans ces circonstances, le travail du « Plus Petit Cirque du Monde » et des activités du « Mardi Quartier » prennent tout leur sens.

« Le cirque permet de développer son estime de soi », explique Lévy Ténéba, avec des conséquences bénéfiques au niveau du développement personnel des adolescents. Surtout pour des jeunes qui seraient en difficulté scolaire, ou à qui l’on reprocherait d’être « turbulents » : « Justement, ça peut être un atout pour le cirque, si on arrive à le dégager, à le transformer en force. Ça peut permettre de sortir de cases dans lesquels on peut te mettre. »

« Il y a des jeunes qui sont réprimés ; quand ils arrivent dans une activité où ils peuvent s’exprimer, ils sont surpris, » poursuit Lévy Ténéba. Souvent agréablement, si l’on peut se fier aux sourires timides qui s’affichent sur les visages des jeunes présents au deuxième cours de l’année. Les adolescents se lancent en pairs sur les équipements qui visent à croître leur équilibre avec énergie, et enchaînent rolla bola, boule et fil d’équilibre.

Le cirque comme outil pour garder l’équilibre ? C’est ce que souhaite transmettre cette association.


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