Yaya Sickou Dianka : « L’intégration est davantage une question culturelle que religieuse »

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Crédits : Jérémy Pastor

« L’homme est le remède de l’homme », telle est la conception de Yaya Sickou Dianka. Se fondant sur ce proverbe sénégalais, le conseiller municipal de Montigny-le-bretonneux (Yvelines), agit chaque jour au sein des associations locales interconfessionnelles. La médiation, son mantra, est la clé de tout pour cet homme, immigré sénégalais en 1984 et travailleur social depuis plus de trente ans. En 2003, Yaya Dianka entame la rédaction d’un livre sur son intégration et le vivre ensemble du Sénégal jusqu’en France – Un petit baobab pour vivre ensemble (L’Harmatan, 2013) – : un postulat humaniste publié deux ans avant les attentats terroristes de 2015 et la montée inexorable du Front National aux élections successives.

« Tu veux un café ? Allez… Mets- toi à l’aise sur le canapé, tu as tout mon temps ». Le ton est donné par Yaya Dianka qui nous accueille chaleureusement chez lui, place Pompidou à Montigny-le-Bretonneux. Originaire du Sénégal, Yaya est arrivé en France en 1984 pour pouvoir étudier les sciences sociales à l’Ecole de Hautes Etudes du même nom. C’est donc sous l’aile de Pierre Bourdieu, qu’il a pu étudier la place sociale des religions en France. Et de cette étude, il est arrivé à la conclusion que le dialogue était la seule arme pour que les membres des différentes communautés religieuses puissent s’entendre. « Je remercie la France. Le pays m’a accueilli, m’a donné les moyens d’avancer, de faire mes études et d’avoir un avenir », explique-t-il d’emblée.

Questionner pour comprendre, la médiation comme mot d’ordre

Dès son arrivée, en France, chez son cousin à Mantes-la-Jolie (Yvelines), Yaya faisait déjà office de traducteur entre les membres de la communauté sénégalaise et l’administration française. « J’étais médiateur entre les miens et la France, néanmoins j’ai rapidement choisi de ne pas rester dans la communauté. Au Sénégal, j’entendais beaucoup de choses sur la France et je voulais me faire ma propre opinion. Je voulais voir », énonce-t-il avec un ton posé. Accueilli par la communauté chrétienne des Yvelines, il travaille, pendant ses études dans un établissement catholique, Saint-Exupéry à Montigny-le-bretonneux, comme surveillant. C’est en 1989. Cette même année, dans le cadre de cet établissement, il participe à un atelier interconfessionnel au Journées Mondiales de la Jeunesse de Jambville. Il y rencontre un juif, un athée, un chrétien et de cette rencontre interconfessionnelle naîtra le GIAP : le Groupe Pour La Paix.

La parole et le lien interconfessionnel pour rétablir la vérité

« J’étais préparé à la différence culturelle avec la France. Après tout, le Sénégal est un pays à 90% musulman, mais dirigé par un chrétien », avertit Yaya. Et, rapidement, il a découvert qu’il avait des méconnaissances graves sur de nombreux sujets en rapports avec l’Islam. Les interdits alimentaires comme la proscription du porc, le port du voile, le mélange entre les hommes et les femmes… Autant de sujets polémiques depuis plus de trente ans, sur lesquels Yaya Dianka tente de rétablir, « à sa manière, la vérité, tout en essayant de comprendre l’origine de cette gêne ».
S’agissant de l’exemple du port du voile, Yaya Dianka va toujours expliquer l’origine de cet habit et ce, sans détour.

« En se fiant aux hadiths, les paroles du prophète, Bilal le Muezzin de Mahomet reçoit des plaintes de femmes, qui se font emmerder par des hommes aux mains baladeuses sur le chemin de la mosquée lors des prières du matin et du soir. Mahomet, pour donner suite aux plaintes, demande alors aux femmes de s’habiller de la tête aux pieds pour que les hommes, dans la nuit ne puissent pas discerner les hommes des femmes », raconte ainsi Yaya. « C’est une explication plus que possible. Et l’instar de Balance ton porc (le mouvement féministe dénonçant les hommes auteurs d’agressions sexuelles et de viols sur les réseaux sociaux, NDLR), le voile est une résultante du mauvais comportement des hommes », conclut Yaya.

L’intégration est davantage une question culturelle que religieuse

Devant toujours rectifier les clichés et les préjugés, parfois même racistes, Yaya lance avec les amis et les collègues du GIAP, une idée. Celle sur le projet de faire de la sensibilisation autour du dialogue interculturel et interconfessionnel. Plus particulièrement dans les collèges et les lycées publics. Le recteur refuse en raison du fait que la religion allait être traitée par ses conférences, chose contraire au principe de laïcité. La copie est revue : le thème sera la laïcité, donc les religions. Le projet est validé. Après avoir déjà investi plusieurs collèges et lycées privés, Yaya et les membres du GIAP commencent enfin dans les établissements publics.

Dans un climat tendu, quelques semaines après le 11 septembre 2001, Yaya lutte contre les amalgames. Il poursuit sa lutte pour le vivre ensemble. Il multiplie les interventions, d’un projet déjà vieux de douze ans, tout en poursuivant son intégration. Et pour cause, en 2003, il est enfin naturalisé. Soit 10 ans après avoir été l’objet d’un avis d’expulsion signé des mains du préfet des Yvelines de l’époque : Claude Erignac. C’est grâce à la mobilisation de la comunauté chrétienne des bassins de Mantes-la-Jolie et de Saint-Quentin en Yvelines que Yaya pourra renouveler son titre de séjour et son autorisation de travail. Cinq ans plus tard, Yaya Dianka est approché par Michel Laugier, tête de liste pour la mairie de Montigny-le-bretonneux. Yaya est ainsi conseiller municipal et poursuit son engagement à l’échelle de la ville et auprès des jeunes du Foyer pour Jeunes Travailleurs (FJT) des Sept Mares à Elancourt.

L’homme est un remède pour l’homme

Ainsi, pour matérialiser davantage encore, Yaya Dianka s’est attelé en 2003 à l’écriture d’un ouvrage sur sa vie. Sa naissance à Ourossougui, au Nord-Est du Sénégal jusqu’à son arrivée en France. De l’intégration à la naturalisation. De citoyen à élu de la République. En 2013, Un petit baobab pour vivre ensemble paraît chez l’Harmatan. Un vent que connaît bien Yaya, dans les plaines du Sénégal. Au service de la compréhension de l’autre, Yaya garde toujours en tête « la crise de valeur que traverse l’Humanité, non pas pour stigmatiser, mais pour comprendre l’autre ». Yaya a souvent été approché par des personnes qui souhaitaient se convertir à l’Islam. A l’aide de plusieurs mois de discussions, d’échanges et d’écoutes, nombreuses d’entre elles sont revenues sur cette envie. Yaya poursuit l’effort, le 12 novembre, il a animé une conférence au lycée Emilie de Breteuil à Montigny-le-bretonneux (Yvelines).


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