Christine, militante pour la liberté de faire l’amour

APPAS_accompagnement_sexe
Crédits : Éloïse Bartoli

Ancienne employée de banque et représentante syndicale, manifestante anti-Bush et championne de judo, Christine a vécu mille vies avant de devenir accompagnante sexuelle il y a plus d’un an. Aujourd’hui, elle permet, à travers l’association APPAS, L’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel, à des personnes en situation de handicap d’avoir des rapports sensuels, intimes et sexuels tarifés.

Dans son carnet de notes orange, Christine répertorie méticuleusement des moments de vies, des dates, des phrases entendues. Ses expériences d’accompagnante sexuelle y figurent aussi. Cette matière brute se racontera un jour, peut-être, en un livre autobiographique, comme témoignage d’une vie hors normes.

C’est au détour d’une librairie que le chapitre d’accompagnante sexuelle de sa vie a commencé. « J’ai vu un livre, sur la couverture il était écrit « Je veux faire l’amour ». Cela m’a intéressée, parce que moi aussi, je veux faire l’amour » sourit-elle, les mains nerveusement coincées sous son jean sombre. Ce livre, c’est celui de Marcel Nuss, président et fondateur de l’association APPAS, qui promeut l’accompagnement sexuel pour les personnes en situation de handicap.

Une nouvelle manière de militer

Alors, tout s’enchaîne pour Christine. Convaincue par cet ouvrage, elle participe à une formation pour les accompagnant.e.s sexuelles de l’APPAS à Strasbourg. Durant trois jours, les formateurs balaient les enjeux juridiques et pratiques de l’accompagnement. La chaleureuse quinquagénaire y découvre une nouvelle manière de militer. « J’ai rempli toute ma vie des dossiers de CAF ou des demandes d’asile pour les autres, là j’engage mon propre rapport au corps. » Ce corps vif, affûté, consolidé par la pratique de 38 ans de judo qui ne la trahit jamais au quotidien.

En un an et demi, Christine a rencontré 16 personnes en situation de handicap, des hommes uniquement, pour un entretien préalable dans un lieu « neutre ». Elle a accompagné sensuellement et/ou sexuellement à quatre reprises, en échange de rémunération allant de 120 à 150 euros. Pour caresser un membre valide ou pratiquer des actes sexuels considérés comme plus classiques, c’est toujours avant tout une rencontre entre deux individus, explique-t-elle. « Les personnes en situation de handicap qui contactent l’association arrivent avec des fantasmes et des attentes, et puis, dans la réalité, ce n’est pas toujours possible ». Sans tabou, Christine résume : « J’ai un ami, infirme moteur cérébral (IMC) qui se nomme Incapable de se Masturber Correctement . »
.

La lumière en amour

Son engagement est avant tout militant: « Faire l’amour, c’est notre seule vraie liberté, être accompagnante sexuelle, c’est justement défendre cette liberté pour tout le monde ». martèle t-elle dans son cachemire orange. Après avoir survécu à un cancer, le besoin de mettre du lumineux dans sa vie la pousse à porter cette couleur au quotidien. « Je trouvais le rouge trop agressif » .

Parfois, Christine endosse le rôle de catalyseur pour sortir les personnes de la solitude. « J’ai rencontré un jeune homme qui m’a confié être intéressé par une fille de son entourage, je l’ai poussé à lui dire ce qu’il ressentait. J’ai eu des nouvelles quelques semaines plus tard, il m’annonçait que cela avait fonctionné. » se réjouit-elle, touchée par l’isolement affectif qu’elle décèle chez certains clients.

Aujourd’hui, le cancer a été vaincu, mais Christine est restée une battante pour elle-même, pour les autres et toujours dans son costume flamboyant.


Autre article de Eloïse Bartoli

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.