Moussa Camara a trouvé sa place avec l’entreprenariat


Moussa Camara est l’heureux fondateur d’une association qui fait du bien aux quartiers : Les Déterminés. La structure accompagne les jeunes à créer leur entreprise, et être acteurs de leurs vies. Rencontre.

« Quand j’étais ado, je voulais être maçon ». L’été de ses 12 ans, Moussa l’a passé avec ses potes dans sa banlieue de Cergy. Entre ennui et envie d’ailleurs, ils tombent au détour d’une barre d’immeuble sur un chantier. Curieux, les ados un peu désœuvrés s’attroupent autour des ouvriers, les observent couler du béton et manier le marteau-piqueur.

Les jours suivants, ils reviennent, et de fil en aiguille, entament la conversation avec les travailleurs. « Ils ont pris le temps de nous raconter leur métier et de nous expliquer comment utiliser leurs outils, démo à l’appui. Ils étaient les seuls à s’intéresser à nous, et ils m’ont donné l’envie de construire des choses », se souvient Moussa. Cette impulsion, on la retrouvera en filigrane dans tous les gestes de Moussa, jusqu’au lancement des Déterminés en 2015, une association qui forme des jeunes (mais pas que !) à l’entrepreneuriat.

De Dragon Ball Z à Danton

Turbulent à l’école, Moussa est renvoyé de quatre collèges et passe par plusieurs conseils de disciplines. « J’avais du mal à me contenir, je n’aimais pas la discipline et les codes. » Si l’école n’est pas forcément sa priorité, le jeune garçon reste néanmoins très attaché à l’étude de certaines matières… Quand il ne feuillette pas l’un des 42 tomes de Dragon Ball Z, ce fan de Son Goku dévore les livres et les reportages d’Histoire. Incollable sur la Révolution Française, Moussa a fièrement conservé tous ses bulletins scolaires attestant de ses bonnes notes.

Avec ses parents maliens, Moussa file droit à la maison. Son papa, employé de mairie, et sa maman, femme de ménage, l’ont bien à l’œil. « Je ne faisais pas ce que je voulais ! », s’esclaffe le jeune homme, chez qui transpire un profond respect et une grande admiration pour sa famille et ses proches. Sa bonne éducation ne l’empêche pas pour autant de regarder bien en face les problèmes de son quartier, entre chômage, violences familiales et flics omniprésents. « Petit, je voyais les grands se faire contrôler dans la rue. Plus tard cela a été moi. C’était un éternel recommencement. Quand tu vis là, tu es obligé d’avoir un contact avec la police. Puis on grandit et on se forge. On arrête d’être une victime et on passe à autre chose. Mais ce n’est pas un environnement qui favorise la réussite, ça c’est sur ! », affirme le trentenaire.

Débrouille, Franprix et pompes à vélo.

Mais Moussa est résilient. Pour ne pas craquer, il a quelques combines dans la poche : « Je trouvais des astuces, pour m’occuper, me donner un cap et gagner de l’argent… ». Après leurs courses, faute de voitures, les habitants du quartier utilisent les caddies des grandes surfaces pour ramener leurs paquets jusqu’à chez eux avant de les abandonner devant leur porte d’entrée.

A 14 ans, le jeune garçon réussit à convaincre Thierry, le gérant du Franprix de sa rue, de l’embaucher tous les dimanches lui et ses amis pour ramener les caddies éparpillés aux quatre coins de Cergy. Pendant deux ans, Moussa met de l’argent de côté (un peu), aide ses parents (beaucoup), et se fait plaisir en s’achetant de temps à autre un survêt’ ou une paire de baskets. En complément, Moussa se fait connaître en tant que réparateur de vélos, qu’il bidouille pour dépanner ses voisins en échange de quelques euros. « Cela a été mon premier rapport au travail, qui m’a rendu plus débrouillard et responsable ».

Après d’un bac pro en logistique, l’entrepreneur en herbe se met à son compte en tant que technicien dans les télécommunications. Sa petite entreprise marche bien, et Moussa embauche même quelques copains. « L’entreprenariat, cela a été un vrai déclic, un moyen de prendre le contrôle de ma vie ».

Le vent se lève

Ce déclic, Moussa a eu envie de l’insuffler à d’autres. A 32 ans, Moussa peut s’enorgueillir d’avoir aidé plus d’une quarantaine de jeunes à lancer leur propre projet dans des secteurs aussi variés que la tech, la restauration, ou les services à la personne. Sa plus grosse fierté : avoir accompagné plus de femmes que d’hommes. « Ce sont elles qui souffrent le plus dans ces quartiers. Les aider par l’entrepreneuriat, cela a valeur d’exemple, pour leurs enfants et les habitants. Cela leur donne un cap », se réjouit Moussa. A titre d’exemple, il cite Seiba Tandia, qui a monté une plateforme pour favoriser les cours de cuisine à domicile entre particuliers.

Toujours curieux et volontaire, Moussa a même testé les Ateliers Culinaires : « Je ne savais vraiment rien faire et j’ai appris à préparer un tagine et des pastels ».


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