Les Vives Voix du succès

Crédits : DR

Depuis 2002, Catherine Boni met en place des ateliers de chant lyrique pour « valoriser » des personnes autistes et atteintes de handicaps mentaux et psychiques.

En arrivant dans la salle du conservatoire de Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, à la fin du mois de septembre, les jeunes se saluent. Les uns tendent leur main timidement, les autres, le sourire ultra généreux, optent pour un check décontracté. Pas de stress apparent en vue. Certains ont même hâte de monter sur scène et de chanter. La mezzo-soprano Catherine Boni les a réunis pour préparer leur prochain concert, prévu au Musée de la Grande Guerre, à Meaux, en région parisienne. Depuis 2006, on les appelle les Vives Voix. Leur particularité : toutes et tous viennent d’instituts médicaux-éducatifs ou de foyers d’accueil médicalisés d’Île-de-France. La plupart souffrent d’autisme, vivent avec un handicap mental ou psychique. Et ils se retrouvent, le temps d’un spectacle, en haut de l’affiche, en compagnie d’éducateurs ou de musiciens professionnels.

Vives voix repetition saint cloud
Karine Ledhiec, violoniste (crédit : PL)

Pédagogue de la voix

Catherine Boni a mis sa carrière d’artiste entre parenthèses pour se consacrer presque essentiellement à ce projet solidaire. La « pédagogue de la voix » – elle préfère cette formule à « prof » – accompagne ces jeunes et moins jeunes pour leur permettre de s’exprimer… autrement. « Je leur prends la main et leur montre le chemin », nous dit-elle. Et ça fonctionne : « À un moment, je pense que les spectateurs ne savent plus qui est autiste et qui ne l’est pas. Car les personnes sont transformées. »

Langue Vives voix 2018
Au Spectacle « Désir de Paix ou le partage du chant », le 9 juin 2018 à la Ferme du buisson (Festival du Futur composé). (crédit photo : Fabre Johnson)

Régularité

« Les gamins ont beaucoup d’énergie, il faut la canaliser », explique Catherine Boni. Durant les répétitions, elle demande aux jeunes d’écouter le pianiste, de « chanter moins fort ». Ils l’entendent et recommencent. C’est mieux. « Je ne fais pas de sélection par rapport à la voix. Cela m’est égal qu’ils ne chantent pas juste, car nous ajustons. J’attends juste qu’ils soient réguliers et que tout le monde vienne aux répétitions », sourit-elle.

Cela lui a plu

Les jeunes progressent ? « Certains vont exprimer quelque chose, d’autres non, car ils ne communiquent pas beaucoup, répond Catherine Boni. Pour y voir plus clair, il faut poser la question aux éducateurs, qui connaissent mieux les jeunes. Ils disent : ‘Untel n’a pas bougé pendant une heure, donc cela lui a plu.’ Ce n’est pas parce que la personne n’a rien dit qu’elle n’apprécie pas. »

Talents insoupçonnés

Tous n’ont pas les mêmes capacités au niveau de l’articulation, tous ne chantent pas à haute voix – certains fredonnent à voix basse ou dans leur tête… Une chose est sûre : ils sont tous là, au moins pour soutenir le ou la voisine. « Cela les valorise ! Les concerts leur permettent d’être reconnus comme chanteurs et non autistes. » A chaque répét’, à chaque date, « on découvre des talents insoupçonnés ; au départ, ils ont du mal à communiquer, mais ils sont tellement généreux sur scène, c’est fantastique ».

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