Nicolas Peifer, ce grand tennisman méconnu

Nicolas Peifer handicap
Crédits : Radio Mélodie

Son nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, Nicolas Peifer est l’actuel numéro 1 mondial de tennis en double et l’un des 10 meilleurs joueurs internationaux en simple. La seule différence entre lui et Rafael Nadal, c’est qu’il joue en fauteuil roulant. Comme la plupart des athlètes handisport, il souffre de la sous-médiatisation de sa discipline.

« Le plus beau moment, ça a été la médaille d’or en double aux Jeux olympiques. » Des étoiles encore plein les yeux, le sportif de 28 ans se remémore le moment le plus important de sa carrière. « En plus, c’est moi qui fais la balle de match. » C’était le 15 septembre 2016 aux Jeux paralympiques de Rio. Ce jour-là, avec son binôme Stéphane Houdet, il décroche son premier titre olympique. Aujourd’hui, deux ans plus tard, le sportif originaire de Sarreguemines, en Moselle, est toujours au meilleur de sa forme.

Au mois d’octobre, il est devenu numéro 1 mondial en double et il occupe la 8ème place en simple. Avec de tels résultats, on imagine que les sponsors doivent être nombreux à s’intéresser au jeune homme à la barbe rousse. Pourtant, ce n’est pas si simple : “C’est très compliqué avec les sponsors. Comme c’est un sport très peu médiatisé, on apparaît peu à la télévision, alors ça ne les intéresse pas”, affirme-t-il. À cause de cette difficulté, les athlètes handisport gagnent très peu d’argent. Selon le tennisman, il n’y a que les 15 premiers mondiaux dans sa discipline qui peuvent espérer vivre de ce sport. Il est d’ailleurs très heureux d’en faire partie.

Sportif international mais star locale

Malgré son palmarès, rares sont les personnes qui ont déjà entendu le nom de Nicolas Peifer en France. Il n’y a qu’à Sarreguemines – ville où il joue depuis l’âge de 9 ans – qu’il est une véritable star locale. Là-bas, tout le monde connaît ce joyeux personnage ainsi que son histoire. Celle d’un jeune garçon atteint d’une malformation à la naissance qui a finalement perdu ses deux jambes à 6 ans. Un peu plus tard, c’est en regardant Roland-Garros à la télévision qu’il a eu envie de jouer au tennis. « Mais mon père m’a répondu que c’était impossible. »

Nicolas Peifer, un champion que rien n’arrête. Crédits : DR

Sauf que rien n’est impossible pour Nicolas. Il a finalement trouvé un club et s’est battu pendant des années pour, lui aussi, jouer sur cette fameuse terre battue. Aujourd’hui, c’est un habitué de cette compétition. Pourtant, la presse nationale a tendance à l’oublier. La preuve, cette année de nombreux médias titraient : “Plus de Français à Roland-Garros”. « Eh bien si ! », leur répondait alors le Mosellan. Il restait bien plusieurs sportifs tricolores chez les handisports. Il y a même 3 Français qui ont joué la finale du double. Un match qui s’est déroulé sur un court annexe, loin des regards du grand public. « C’est dommage », estime le champion paralympique, surtout que c’est lui qui a décroché la victoire.

La France a 10 ans de retard en matière de handicap

Pour Nicolas, le problème est français. Il ne rencontre pas toutes ces difficultés dans les autres pays dans lesquels il va jouer. « A New York, à l’US Open, les matchs sont retransmis en live à la télé et on joue sur le court central », regrette-t-il. Pour lui, la télévision doit changer en France. Mais c’est aussi toute la question du handicap qui est à revoir. « La France a 10 ans de retard en matière de handicap. L’aéroport de Paris est le seul où on ne reçoit pas nos fauteuils directement à l’arrivée. On ne voit pas ça dans les autres pays où l’on va jouer ! »

Objectif grand chelem

Nicolas Peifer ne cherche pas à être une star mondiale, que tout le monde reconnaîtrait dans la rue. Ce qu’il veut, c’est jouer au tennis et gagner des titres. Ce battant enchaîne les tournois – 24 au minimum par an – et les entraînements, tous les matins. Derrière tout ce travail se cache une motivation : gagner un grand chelem en simple. C’est le titre qui lui manque. « Ça me frustre énormément, avoue-t-il, mais je vais y arriver. » Le sportif ne cache pas non plus qu’il se verrait bien porte-drapeau aux JO de Paris en 2024. L’occasion, peut-être, de dévoiler son visage au monde entier.


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