Lujza Richter et Marthe Chabrol : une immersion sur le chemin de l’exil

Association Imagine Exil
Crédits : DR

Des sons, des dessins, des peintures, des tentes… Il ne s’agit pas d’un campement de migrants, mais du Consulat, lieu éphémère du 14e arrondissement. L’exposition « Personne est invisible » vient de sa clore sa première présentation, mais n’a pas laissé le public indemne.

Construite à quatre mains par Lujza Richter et Marthe Chabrol, de l’association Imagine, elles l’ont imaginées comme un espace de réflexion, suite au démantèlement de la jungle de Calais en 2016. Des ateliers d’arts plastiques qu’elles ont animés, elles en ont rapporté de nombreuses créations, de leur expérience de plusieurs mois dans la jungle elles en sont ressorties avec une volonté d’agir. Rencontre avec ces deux jeunes femmes qui nous entraînent à explorer l’invisible.

Que pouvez-nous dire de la genèse de ce projet ?
Lujza : Nous étions professeurs pour la Jungle Books Librairy, une des plus importantes écoles de fortune, avec celle des Dunes. Nous donnions des cours de français le matin, et l’après-midi nous installions des ateliers d’arts plastiques. Ce n’était pas des cours, mais plutôt de l’expression. Nous ne sommes pas plasticiennes, difficile de donner des conseils techniques.

Marthe : C’était vraiment improvisé et informel.

Crédits : Association Imagine

Proposer des ateliers d’arts plastiques a-t-il été facile ?
Lujza : La Jungle Books, se situait dans la partie sud du camp, démantelée une semaine avant notre arrivée. Il restait seulement la jungle érythréenne, notre école et celle des Dunes. Venir était un chemin, un filtre en quelque sorte. Ils étaient donc tous volontaires, avec l’envie d’être proactifs.

Marthe : Au début, ils ne venaient pas pour les ateliers, mais plutôt pour lire, converser, apprendre. A partir du moment où ça s’est su, alors ils venaient exprès.

Comment est née l’exposition ?
Lujza : Les ateliers étaient la première partie du projet . Ensuite, nous avons souhaité transformer les oeuvres produites en cartes postales et en calendriers, les vendre et générer de l’argent pour payer une connexion wifi. L’école n’en avait pas, alors que c’est précieux, presque vital. Mais la jungle a été démantelée fin octobre. Nous ne pouvions plus effectuer la deuxième partie du projet.

Exposer est comme un devoir de mémoire

L’idée d’une exposition immersive, est-elle arrivée immédiatement ?
Lujza : D’abord, nous avons commencé par simplement exposer les oeuvres sur place, c’était important.

Marthe : Lorsque l’exposition s’est déplacée, nous avons tout de suite souhaité quelque chose d’immersif, qui permette de restituer l’atmosphère et le contexte.

Lujza : Ce sont des objets témoins et très symboliques. Exposer est comme un devoir de mémoire, pour tenter de limiter le risque de refaire les même erreurs. Un acte de militantisme, qui va à l’encontre d’un gouvernement qui souhaite effacer les traces et ne plus parler de Calais.

L’exposition est construite comme un chemin …
Marthe : Elle est conçue en trois parties. La première est le couloir de la prise de conscience : témoignage audio dans lequel Lujza raconte comment elle s’est engagée. Ensuite, le couloir de l’exil, qui retrace, à travers des oeuvres, le parcours de ces hommes, femmes et familles depuis leur pays d’origine, jusqu’à leur arrivée en France. Ainsi, l’exposition se termine par « Et si c’était nous », qui invite le visiteur à imaginer ce qu’il se passerait s’il devait partir de chez lui. Un panneau en plusieurs langues évoque ce qu’attendent les exilés en arrivant en France et en Europe. La différence entre leurs espoirs et la réalité, alors que nous avons beaucoup entendu que nous étions le pays de la liberté, de la solidarité, d’une bonne éducation.

L’exposition vient de se terminer au Consulat, quel est son avenir ?
Lujza : C’était sa première installation. Nous espérons qu’elle tourne à l’avenir. Nous oeuvrons pour essayer de trouver des locaux pour l’accueillir en 2019. Il y a quelques pistes, mais rien n’est encore concret.

Espérons que cette exposition indispensable trouve un lieu d’accueil et ne reste pas en exil.


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