Call me Femcee: 15 Rappeuses face à l’industrie

Callme femcee
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15 rappeuses de 11 pays différents réunies sur un projet, ça donne Call me Femcee. Prenant le contre-pied d’un rap cliché aux élans machistes, elles imposent leur identité à coup de lyrics.

Médusa donne le ton: « On attend une action des hommes, des maisons de disques, des labels, mais il ne faut pas attendre »Call me Femcee, c’est avant tout des femmes qui disent ce qu’elles pensent.

Sur Call me Femcee, elles sont 15, originaires de France, du Sénégal, de l’Italie, de la Roumanie, du Danemark, de la Suisse, de la Tunisie, des Etats-Unis, de l’Angleterre, du Mexique ou encore de la Mongolie. Elles ne se connaissaient pas toutes, avant d’être liées par le projet. Chacune amène son vécu, son contexte de vie, son flow, sa langue pour offrir un mélange hétéroclite. Certaines ont construit des liens au-delà de la musique. Medusa (Tunisie) et Audry Funk (Mexique) se sont rencontrées lors d’une scène dans le New-Jersey : « C’était comme si on se connaissait depuis toujours, on a les même histoires, les même galères ».

C’est sur le banc de la cour du théâtre Le Vent se lève, dans le 19ème arrondissement de Paris, que je retrouve Medusa, la rappeuse tunisienne de 27 ans au sourire cerné de rouge à lèvres violet, me raconte ses premiers pas dans le Hip-Hop. Elle a d’abord pratiqué le Breakdance et écrit des poèmes à Nabeul en Tunisie.

On nous disait, c’est pas pour les filles, c’est pour les garçons, c’est Haram ! C’est contre la religion

Call me femcee rap
Le rap tout sourires. Crédits : Vee D

17 ans plus tard, Médusa est toujours active dans le rap à défaut de nombreuses de ses collègues tunisiennes. Il a fallu s’accrocher, aller à contre-sens de la morale collective. À 27 ans, elle est aujourd’hui installée en France, et donne tout pour sa passion : Elle a quitté son travail d’ingénieur informatique pour s’y consacrer.

Le rap c’est pas pour la fortune qu’elles le font. Oubliez richesse et décadence quand vous êtes une Femcee underground. S’il existe une économie parallèle aux Etats-Unis pour un rap non commercial, en Europe et particulièrement en France, elle est inexistante, nous explique Kwezi, autre membre du collectif. Pour les femmes, précisément, conquérir un public est une tâche difficile. En France, seule Diam’s a réussi à obtenir un disque de diamant, en 2006. Pourtant, c’est sur scène que les artistes de Callme Femcee impressionnent le plus, là ou elles arrivent à percer les esprits étriqués.

Des rappeuses loin des concurrences

Nous discutons avec Kwezi un midi, alors qu’elle a un peu de temps libre entre ces nombreuses activités : danse, rap, animation d’atelier d’écriture. Cette femme de 38 ans, originaire du Congo, est arrivée à Gagny, en Seine Saint Denis à l’âge de 8 ans. C’est en traduisant les lyrics de Shyheim, membre du Wu Tang Klan, qu’elle se découvre une appétence pour l’écriture. Elle fait ses débuts dans le rap fin 1995 suite à une audition pour la compilation Tuer n’est pas jouer. Elle qui rêve de voir émerger une scène rap féminine, doit sa collaboration avec Callme Femcee à une rencontre avec le fondateur, lors d’une émission radio en 2015.

« Mettre en avant une femme, c’est toute une histoire », précise Kwezi. En plus d’une d’hypersexualisation des rappeuses dans les clips et les paroles, l’industrie de la musique, les médias et les labels mettent en concurrence les musiciennes entre elles. « On s’est rendu compte que les femmes étaient très peu représentées dans ce milieu (rap) là, qu’elles avaient beaucoup de talents. Je me suis dit “tiens, y’a un truc à faire” » , dit le fondateur.

A travers des rencontres lors d’événements organisés par l’association ou à l’occasion de festivals, et des contacts pris via les réseaux sociaux, l’idée de la compilation prend forme en 2016. 50 % des enregistrements ont eu lieu en France, dans un studio du Val d’Oise pour le reste, les rappeuses ont enregistré leur voix dans leur pays. Chacune a sélectionné un beat réalisé par DJ Okrim, producteur de l’album.

Cette compilation, c’est la vitrine du projet initial : promouvoir le rap féminin au tra-vers de la scène. Les fonds de l’association permettent de faire venir que 3 ou 4 rappeuses en même temps . Le but ultime serait de rassembler les 15. “Je rêve du jour où l’on sera toutes réunies sur scène” dit Médusa, avec les yeux qui brillent.


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